Manifeste de solidarité avec la communauté LGBTQIA+ de Russie

Nous sommes Russes. Voici notre déclaration sur la situation des personnes LGBTQ+ en Russie et dans le monde.

Nos ami·es, nos familles, nos allié·es. Nous nous opposons à toutes les formes d’autoritarisme, d’impérialisme, de nationalisme et de xénophobie.

Aujourd’hui, en Russie, être une personne queer est dangereux.

En 2013, l’État a adopté la loi sur la «propagande des relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineur·es». Depuis, des organisations ont été fermées, des livres et des films retirés, des personnes condamnées pour le simple port de symboles arc-en-ciel. En 2022, l’interdiction a été étendue à toutes les personnes, quel que soit leur âge.

En 2017, le monde a découvert les enlèvements, les tortures et les meurtres massifs de personnes queer en Tchétchénie — détenues dans des prisons secrètes, torturées à l’électrochoc, livrées à leurs proches pour de prétendus « crimes d’honneur ». Aucune enquête sérieuse n’a été menée.

En juillet 2023, les autorités ont interdit la transition de genre, médicale et juridique. En novembre 2023, la Cour suprême a déclaré le « mouvement LGBT international » organisation extrémiste : des millions de personnes sont devenues, du jour au lendemain, passibles de poursuites pénales.

En 2024, Alekseï Kotov est mort dans un centre de détention de Moscou, accusé d’ « extrémisme ». Il n’était pas militant. Il dirigeait une agence de voyages pour une clientèle LGBTQ+. Torturé à l’électrochoc lors de son arrestation, il se serait suicidé avant son procès.

L’État russe continue de persécuter les personnes queer. Dans les prisons. Dans la rue. Chez elles.

Sous prétexte de « protéger les enfants », il rend la vie de ces mêmes enfants insupportable : isolement, dépression et pensées suicidaires chez les jeunes LGBTQ+ ne sont pas un effet secondaire de cette politique — ils en sont la conséquence directe.

Mais la Russie n’est pas le seul exemple.

En mars 2026, le Sénégal a porté la peine pour relations homosexuelles à dix ans et criminalisé pour la première fois le soutien public aux personnes LGBTQ+. En Ouganda, l’une des lois anti-LGBT les plus brutales au monde, adoptée en 2023, prévoit la peine de mort. Des mesures similaires ont suivi au Mali (2024) et au Burkina Faso (2025).

Tous ces États affirment défendre leur société contre une « influence occidentale » décadente. C’est un mensonge. Et un mensonge particulièrement cruel.

La criminalisation de l’homosexualité n’est pas une « tradition russe » : c’est Pierre le Grand qui l’a importée d’Europe occidentale dans son Code militaire de 1716, dans le cadre de son projet d’occidentalisation. Nicolas Iᵉʳ l’a étendue aux civils en 1832. Les bolcheviks l’ont abolie en 1922. Staline l’a restaurée en 1934. L’Âge d’argent — Kouzmine, Tsvetaïeva et Parnok, Diaghilev, Tchaïkovski — fait partie de l’histoire russe. Ce qui est importé d’Occident, ce n’est pas la culture queer. C’est sa criminalisation.

Quand un État affirme que les personnes queer sont une importation étrangère, il ne défend pas sa culture — il efface une partie de ses propres citoyen·nes et de sa propre histoire.

Pourtant, cette rhétorique anti-occidentale ne signifie pas qu’il n’y a pas d’acteur·ices occidentaux·les. Iels existent. Iels sont simplement du côté où beaucoup ne voudraient pas les voir.

Ces réseaux ont aussi un visage français. L’ancienne « La Manif Pour Tous », rebaptisée en 2023 « Syndicat de la famille », fait du lobbying en France, au Vatican et à l’ONU, où elle dispose d’un statut consultatif. En mai 2025, sa présidente Ludovine de la Rochère est intervenue à la Conférence panafricaine sur les « valeurs familiales » au Kenya — l’un de ces événements qui poussent à des législations anti-LGBT en Afrique. Dans le même écosystème : Alliance VITA, les Associations Familiales Catholiques et d’autres structures qui s’opposent aux droits reproductifs et aux droits LGBTQ+. Ces organisations ne sont pas marginales. L’internationale réactionnaire a des citoyen·nes français·es, et iels travaillent en ce moment même.

Beaucoup de celles et ceux qui ont fui ces régimes sont aujourd’hui ici — réfugié·es de Russie et de Tchétchénie, d’Ouganda, du Sénégal, du Mali, du Burkina Faso, d’Iran, d’Afghanistan, de dizaines d’autres pays. Iels ne sont pas venu·es chercher des privilèges. Iels sont venu·es sauver leur vie.

Et le système d’accueil français se révèle souvent non pas un·e allié·e, mais une épreuve supplémentaire. Les personnes trans se retrouvent dans des hébergements où elles sont exposées à la violence. Les traitements hormonaux s’interrompent. Les survivant·es de tortures n’accèdent pas à l’aide psychologique. L’interdiction de travailler pendant la procédure crée dépendance et exploitation. Il faut sans cesse re-raconter les violences subies, prouver son identité.

Nous exigeons un logement sûr respectueux de l’identité de genre ; un accès aux soins sans discrimination ; un accompagnement réel dans les procédures d’asile ; le droit à une vie digne ; une protection effective contre l’expulsion vers des pays où la vie des personnes queer est menacée.

Et nous nous adressons à la communauté queer française : ouvrez vos portes. Les réfugié·es sont déjà là. Iels n’ont pas besoin de pitié, mais d’allié·es et de camarades de lutte.

La lutte des personnes queer est indissociable de celle des personnes migrantes, racisées, en situation de handicap, sans papiers, vivant dans la pauvreté. Nous luttons ensemble — ou nous ne gagnons pas.

En cette cinquième année de la guerre que la Russie mène contre l’Ukraine, nous comprenons à quel point tout cela est lié. Avant une grande guerre, l’État commence toujours par se trouver un ennemi intérieur. Personnes LGBTQ+, migrant·es, minorités ethniques et religieuses : on les déclare dangereuses, on les rend invisibles. L’État teste jusqu’où il peut aller. Et s’il ne rencontre pas de résistance, il continue.

Les personnes queer sont rarement les dernières victimes de l’autoritarisme — le plus souvent, elles en sont les premières.

À toutes les personnes qui entendent aujourd’hui des paroles semblables dans leur pays :

Quand on dit vouloir « simplement protéger les enfants » — méfiez-vous.

Quand on promet que les restrictions ne concerneront « que la propagande » — méfiez-vous.

Quand on qualifie les personnes queer d’« influence étrangère » — il ne s’agit pas de défendre une culture, mais de priver la société d’une partie de sa propre histoire.

Nous avons déjà entendu ces mots. Nous savons ce qui vient ensuite.

D’abord disparaissent les mots.

Puis les livres.

Puis les organisations.

Puis les personnes.

Nous ne le savons pas par les manuels d’histoire. Nous le voyons de nos propres yeux.

La haine ne s’arrête jamais aux premières victimes.

Les artistes de rue en résistance

En Russie, le street art n’est pas un simple décor urbain mais une forme de protestation vitale, là où le dialogue public est systématiquement étouffé. Entre 2022 et 2026, sous une répression sans précédent, ce mouvement a basculé de l’expression monumentale à la clandestinité totale. Malgré les murs effacés et les artistes traqués, la « protestation des solitaires » persiste pour rendre l’invisible visible.

Ce texte, né des échanges avec Mikhaïl Oger, curateur et producteur culturel, raconte ce basculement radical : quand l’art urbain cesse d’être une esthétique pour devenir un acte de survie.

Avant 2022, l’ère de la « zone grise »

Avant l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, le street art russe fonctionnait selon un principe de tolérance stratégique : l’État utilisait les grands festivals muraux pour afficher une image de modernité internationale, tandis que les artistes en profitaient pour occuper l’espace public et tester les limites du dicible.

Les années 2010 marquent la naissance d’une véritable résistance underground pluridisciplinaire, inscrite dans une tradition bien plus ancienne et mêlant graffiti, musique, théâtre de rue et actionnisme. Comme le souligne Mikhaïl Oger, la culture urbaine en Russie a vécu au cours de cette décennie une véritable percée, portée par un sentiment de liberté, permettant aux artistes d’être reconnus bien au-delà des frontières. Une consécration historique pour la scène locale fut la venue à Moscou en 2016 de la légendaire photographe américaine Martha Cooper dans le cadre de la biennale Artmosfera.

Cette effervescence a été favorisée par une politique d’État relativement tolérante : à l’époque, le pouvoir se concentrait sur d’autres priorités, laissant le street art dans une forme d’angle mort bienveillant. M. Oger explique qu’il était alors possible de travailler de manière transparente avec les autorités, qui cherchaient à promouvoir la culture, tout en menant en parallèle des projets beaucoup plus radicaux, comme l’exposition dédiée à Oleg Navalny (frère de l’opposant russe Alexeï Navalny)(1). Ce grand écart entre soutien institutionnel et engagement politique était alors l’essence même de cette « zone grise ».

Cette dualité est illustrée, par exemple, par l’action du groupe « Voïna » (guerre) en 2010 à Saint-Pétersbourg : les artistes avaient dessiné un phallus géant sur le pont qui, une fois levé, se dressait directement face aux fenêtres du siège local du FSB, action s’inscrivant là encore dans une tradition d’actions opérées à la fin de l’ère soviétique. Malgré des arrestations et une caution (pour laquelle Banksy a aidé à récolter les fonds), l’affaire avait été classée sans suite, prouvant qu’une provocation pouvait encore déboucher sur un non-lieu.

De même, au sein de galeries d’art contemporain, les pressions sont jusqu’en 2022 restées ponctuelles, prenant souvent la forme de convocations de routine par la police. En somme, cette période n’était pas un espace de liberté pure, mais une zone de négociation constante. Les artistes pouvaient aborder des thèmes sociaux (écologie, violence policière) sans risquer la prison.

24 février 2022 : la rupture absolue

L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie a déclenché une onde de choc sans précédent. Ce n’est plus le temps des métaphores : la rue devient alors une plateforme capable de dire l’urgence. Connus ou anonymes, les artistes lancent une « mobilisation visuelle ». Partout dans les villes russes, des slogans, des colombes ensanglantées et des messages de paix apparaissent en quelques heures.

Par un geste symbolique fort, l’artiste Philippenzo scelle ce basculement : il recouvre lui-même sa fresque colorée « La Jeunesse c’est maintenant » d’un aplat argenté uniforme, sur lequel il inscrit : « La GUERRE c’est maintenant ».En effaçant sa propre création, il signifie l’impossibilité de l’art face à la tragédie. Connu pour ses œuvres radicales, l’artiste a été contraint à l’exil après l’ouverture d’une enquête pénale pour « vandalisme motivé par la haine politique ». Depuis son émigration, son engagement s’est intensifié : en 2024, il s’est rendu dans la région de Donetsk, du côté contrôlé par l’Ukraine, pour y réaliser une œuvre frappante représentant des croix funéraires marquées du symbole « Z ». Ce passage au front ukrainien illustre radicalement le destin de l’art contestataire russe, désormais banni de son propre territoire.

L’État a industrialisé la censure : les caméras à reconnaissance faciale identifient les auteurs en quelques minutes, tandis que des brigades municipales effacent toute trace de dissidence en temps réel. Ce n’est plus le vandalisme qui est pourchassé, mais l’opinion. Le gris est devenu la signature visuelle du contrôle.

L’arsenal juridique de la répression

La répression est devenue systématique et utilise plusieurs outils juridiques pour criminaliser l’expression artistique. En voici quelques exemples :

  • Discrédit de l’armée : toute œuvre évoquant la paix peut mener à des condamnations pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement. L’artiste Vladimir Ovchinnikov a été condamné à une amende pour des peintures anti-guerre, ses images ont ensuite été détruites.
  • Statut d’« agent de l’étranger » : certains artistes, comme Slava PTRK, ont été inscrits sur cette liste, entraînant l’interdiction d’exposer, la rupture de contrats avec les galeries et l’obligation de mentionner ce statut sur chaque œuvre.
  •  Vandalisme politique : des artistes comme Philippenzo ont vu leur travail considéré comme un crime politique, avec des perquisitions et des enquêtes pénales ouvertes contre eux.
  • Perquisitions et rafles de masse : en mars 2024, à une semaine de l’élection présidentielle, les forces de l’ordre ont mené des raids coordonnés visant plus d’une trentaine d’artistes dans plusieurs villes. Ces artistes ont subi des interrogatoires concernant l’affaire pénale contre Piotr Verzilov, fondateur de Mediazona et membre de Pussy Riot, accusé de haute trahison, alors même que beaucoup ne le connaissaient pas.

L’artiste Sacha Skotchilenko est devenue le symbole de cette cruauté, condamnée d’abord à sept ans de prison pour avoir remplacé des étiquettes de prix dans un supermarché par des messages dénonçant le siège de Marioupol. De même, Pavel Krissevitch a été condamné à cinq ans de prison pour une performance sur la Place Rouge. Alexeï Moskaliov a été condamné à deux ans de prison à cause d’un dessin anti-guerre réalisé à l’école par sa fille Macha (12 ans). Qu’il s’agisse de peinture, d’actionnisme ou de performance : tout geste artistique dissident est désormais traité comme un crime de droit commun.

Émigration forcée et mutation de l’art

Sous la pression, de nombreux artistes sont obligés de quitter la Russie. Ils continuent leur travail à Berlin, Tbilissi ou Paris, mais perdent leur support originel, les murs russes. Certains, ne pouvant se résoudre à l’exil, créent anonymement ou sous pseudonyme, diffusant leur art via réseaux sociaux, galeries et expositions à l’international. Cette création en exil devient un acte de résistance, portant la voix de ceux qui restent dans le pays.

L’œuvre de Slava PTRK (il réside désormais en France) illustre cette transition : lors de la mobilisation de l’automne 2022 en Russie, il a transformé un bâtiment délabré trouvé dans une forêt à Tivat (Monténégro) en une réplique d’un commissariat militaire russe : cet objet d’art prend la forme d’un bâtiment en ruines, entouré de détritus, symbolisant l’absurdité de la machine de guerre.

Que reste-t-il aujourd’hui ? 

Face à la surveillance totale, l’art urbain a muté pour devenir invisible aux algorithmes tout en restant présent pour le citoyen.

Cette transformation s’opère d’abord par une résistance capillaire : les artistes abandonnent la bombe aérosol, trop voyante, pour le crayon, le marqueur ou le petit autocollant. Ces micro-interventions investissent l’infra-ordinaire : étiquettes de supermarché, boutons d’ascenseur, sièges de métro ou toilettes de centres commerciaux, pour toucher le citoyen là où la police ne regarde pas. Parallèlement, des zones franches se créent dans l’ombre des forêts ou des usines désaffectées. L’œuvre y est installée, photographiée, puis diffusée anonymement sur des canaux.

Pour contourner la censure, les créateurs redécouvrent la langue d’Ésope, une tradition russe de métaphores et de non-dits. En parlant de sujets banals, ils dénoncent le système de manière détournée. Cette « esthétique de l’absence » utilise des ombres d’objets disparus ou des dates symboliques. C’est au spectateur de décoder le message dans son esprit.

Les réseaux sociaux ne sont plus un simple outil de partage mais un espace d’action en soi, lieu du méta-artivisme. En migrant vers le numérique, les artistes occupent des espaces où la censure n’a pas de prise directe. Le Web, tant que son accès n’est pas bloqué du moins, permet de créer des galeries virtuelles indestructibles et des projets collaboratifs entre l’exil et la Russie.

Le rêve de tout artiste de graffiti est de peindre les murs du Kremlinsouligne Mikhaïl Oger à propos du projet digital A War Is Not The Answer, dont il a été le curateur. Ce projet de méta-artivisme utilise le numérique pour contourner la censure. Il s’agit d’une Place Rouge virtuelle où les murs du Kremlin deviennent un espace d’expression libre pour des artistes engagés. Alors que toute trace de contestation est immédiatement effacée dans les rues de Moscou, cette plateforme permet au street art de documenter la résistance visuelle face à la propagande.

Un mouvement brisé mais persistant

La répression a profondément fracturé la scène urbaine russe, instaurant un climat de peur et d’autocensure qui a contraint ses figures majeures à l’exil, tandis que ceux qui demeurent actifs se réfugient dans un anonymat absolu. Entre l’intensification des arrestations et l’effacement systématique des œuvres sous le « carré gris » administratif, les réseaux de coordination autrefois vivants se sont dissous.

Pour que cette forme de résistance subsiste, le soutien international est devenu indispensable : il passe par la mise en lumière médiatique de ces créations, le soutien financier aux artistes russes anti-guerre contraints à l’exil, ainsi que par la documentation numérique rigoureuse des œuvres, avant leur disparition matérielle.

Notes :

(1) Oleg Navalny a été condamné à 3,5 ans de prison ferme dans l’affaire Yves Rocher, un verdict qualifié d’arbitraire par la CEDH et perçu comme une mesure de pression contre son frère Alexeï. En 2019, une exposition a mis en lumière son travail artistique réalisé en cellule : il créait des esquisses de tatouages pour des demandeurs du monde entier, qui les faisaient ensuite tatouer en signe de solidarité.

« PORTRAITS DE L’ÉPOQUE DE LA DICTATURE » – exposition d’Anna Neizvestnova

Lieu : Espace Libertés / Reforum Space Paris, 16 rue Oberkampf, 75011

Dates : du 4 mai au 21 juin 2024

À quoi ressemble la peur ?

Présentée du 4 mai au 21 juin 2024 à l’Espace Libertés / Reforum Space Paris, l’exposition Portraits de l’époque de la dictature de l’artiste Anna Neizvestnova rassemble une série de photographies et de témoignages réalisés en Russie entre février et mars 2024.

Le projet donne la parole à vingt personnes vivant en Russie. Chacune a été invitée à répondre à quatre questions : sa perception de la guerre en Ukraine, sa vision de son avenir personnel, son regard sur l’avenir du pays et les raisons qui la poussent à rester en Russie malgré le contexte politique actuel.

Pour des raisons de sécurité, tous les participants ont été photographiés de manière anonyme. Les visages sont cachés par les mains, les lieux restent indéterminés, les identités effacées. Ce choix n’est pas une démarche esthétique mais une nécessité imposée par le contexte.

À l’origine, le projet devait recueillir les histoires personnelles des amis et proches de l’artiste restés en Russie. Très vite, il s’est transformé en une enquête sur la peur et l’autocensure.

Pendant près de deux mois, Anna Neizvestnova a recherché des participants parmi ses connaissances, dans des réseaux artistiques et de défense des droits humains, ainsi que dans l’espace public. La majorité des personnes sollicitées ont refusé de participer, malgré l’anonymat garanti.

« Vous ne comprenez vraiment pas pourquoi nous refusons ? »

« Moi non plus, je n’ai pas envie d’aller en prison. »

« Comment expliquer à quelqu’un qui n’a jamais vécu sous une dictature que protester signifie risquer l’emprisonnement ? »

Ces refus sont devenus eux-mêmes un matériau documentaire révélant l’état de la société contemporaine.

Les vingt témoignages finalement recueillis composent un portrait collectif de personnes confrontées à la peur, à l’incertitude et à la responsabilité individuelle dans un système répressif.

Anna Neizvestnova est artiste et chercheuse en arts visuels. Son travail explore les relations entre mémoire, identité, violence politique et représentation documentaire. Portraits de l’époque de la dictature constitue l’un de ses projets les plus personnels et les plus engagés.

Alexeï Navalny aurait eu 50 ans. Le prix du courage et de la liberté en Russie

Le 4 juin 2026, Alexeï Navalny aurait eu 50 ans. Il a été assassiné le 16 février 2024, dans l’une des prisons les plus sévères de Russie. Pourtant, la stature de cet homme et la profondeur de son impact sur la politique russe demeurent une référence absolue pour tous ceux qui croient en une Russie libre et démocratique. 

Son parcours est l’histoire d’un combat personnel et d’un harcèlement judiciaire sans précédent sur plusieurs années, dont le point culminant fut son retour en Russie après avoir survécu à un empoisonnement organisé par les agents du Kremlin, un retour qui s’est soldé par son arrestation dès l’aéroport. 

L’objectif était évident : paralyser son action, lui retirer son éligibilité, le ruiner par des amendes et transformer sa vie en une succession interminable d’interrogatoires et de procès. Chaque affaire pénale était forgée de toutes pièces afin d’être activée au moment voulu et de commuer ses peines de sursis en prison ferme.

  • L’affaire « Kirovles » (2013)

Ce fut la première tentative d’envergure pour isoler Navalny. Il est accusé d’avoir détourné des fonds en servant d’intermédiaire commercial pour une exploitation forestière publique. Il a été condamné à cinq ans de prison, mais à la suite de manifestations à Moscou, la peine est commuée en sursis (ce qui lui permet de se présenter à l’élection municipale de Moscou, où il remporta le score record de 27 % malgré les falsifications). La CEDH a jugé ce procès politique et inéquitable.

  • L’affaire « Yves Rocher »

L’affaire « Yves Rocher », lancée en 2012, occupe une place centrale : c’est elle qui servira de prétexte formel, neuf ans plus tard, à son incarcération définitive.

Le dossier visait l’activité logistique commerciale de son frère, Oleg Navalny. Selon l’accusation, les deux frères auraient créé une société pour transporter des marchandises à des tarifs « surélevés », causant un prétendu préjudice. Puis, les représentants d’Yves Rocher déclarent au tribunal qu’aucun préjudice n’avait été causé.

Bien qu’il n’y ait eu aucune victime réelle, le tribunal a prononcé un verdict en décembre 2014 : Oleg Navalny a été condamné à 3,5 ans de prison, et Alexei à une peine avec sursis. La CEDH a jugé ce verdict arbitraire et infondé. La Russie a versé les indemnités requises, mais a refusé d’annuler la sentence.

Yves Rocher n’a jamais retiré sa plainte.

  • Des arrestations administratives incessantes. Navalny a passé au total des centaines de jours en centre de détention provisoire. Il était arrêté à la sortie de son domicile, lors de rassemblements pacifiques ou sur la base de procès-verbaux fabriqués de toutes pièces. Le seul but est d’isoler au moment des campagnes politiques clés.
  • Un blocus économique. Des perquisitions systématiques ont été menées dans les bureaux du FBK (la Fondation anti-corruption créée par Navalny) et de ses quartiers généraux régionaux. Les comptes bancaires de toute sa famille, y compris ceux de ses parents âgés et de ses enfants, ont été gelés, et son matériel informatique a été saisi. Le Kremlin tentait ainsi de l’asphyxier financièrement.

17 janvier 2021 : Le retour qui a tout changé

En août 2020, Alexei Navalny est victime d’une tentative d’assassinat à l’aide de l’agent toxique militaire « Novitchok ». Ayant survécu et suivi une réhabilitation en Allemagne, il annonce son retour en Russie. Pendant son séjour à l’étranger, les autorités russes atteignent le paroxysme de l’absurde et le placent sur la liste des personnes recherchées : selon leur version, alors qu’il se trouvait dans un coma, il aurait violé les conditions de sa condamnation avec sursis dans la fameuse affaire “Yves Rocher”.

Malgré la menace évidente d’une arrestation, Alexeï Navalny rentre de Berlin à Moscou le 17 janvier 2021, accompagné de son épouse Yulia.

Au contrôle des passeports, avant même qu’il ne franchisse la frontière d’État, il est interpellé par la police. Son avocate n’est pas autorisée à l’accompagner. À partir de cet instant, Alexeï Navalny ne recouvrera plus jamais la liberté.

Emprisonné, il fait face à une série de procès : en mars 2022, Navalny est condamné à 9 ans de prison pour « escroquerie », puis, en août 2023, à 19 ans de régime spécial pour « création d’une communauté extrémiste » visant le FBK.

Alexeï Navalny meurt en détention le 16 février 2024 dans l’une des colonies pénitentiaires les plus dures de l’Arctique. Alors que la propagande russe invoque des «causes naturelles» (un caillot de sang), une enquête internationale indépendante menée par le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Suède et le Pays-Bas révèle en février 2026 un empoisonnement.

Des traces d’épibatidine (un toxique rare et mortel issu de grenouilles équatoriales) ont été trouvées dans son organisme. Les experts ont conclu que la substance avait été synthétisée en laboratoire. Il s’agit d’un assassinat politique ciblé au moyen d’une arme chimique, que seul l’État russe avait la capacité technique de mettre en œuvre.

L’extension de la répression

La répression ne s’est pas arrêtée à la figure de Navalny : sa structure, le FBK, a été classée comme « organisation terroriste » par les autorités russes. Les poursuites contre les citoyens ordinaires se poursuivent aujourd’hui :

Des dizaines de citoyens ayant envoyé des donations à l’époque où l’organisation était légale écopent de peines de prison (jusqu’à 10 à 15 ans) pour « financement du terrorisme ». 

Toute mention publique du nom de Navalny, un simple « like » sur les réseaux sociaux, la possession de matériel promotionnel ou la participation à des rassemblements pacifiques à sa mémoire peuvent être qualifiés par le pouvoir de « participation aux activités d’une organisation interdite ».

– Même les avocats de Navalny (Vadim Kobzev, Igor Sergounine, Alexei Liptser) ont été incarcérés dans le cadre de leur activité professionnelle, accusés de « participation à une communauté extrémiste ».

L’anniversaire d’Alexei Navalny n’est pas seulement un jour de commémoration. C’est un rappel du sort de milliers de prisonniers politiques en Russie, qui purgent actuellement de lourdes peines de prison pour leur solidarité, leur liberté d’expression et leur soutien à ses idées.

Pour des millions de Russes qui croient en une Russie démocratique, le nom de Navalny est devenu le principal symbole de dignité et d’espoir. Malgré son assassinat, le Kremlin n’a pas réussi à détruire ses idées. La lutte pour la paix, la liberté et le changement se poursuit, tant en Russie qu’à l’étranger. Alexeï Navalny a prouvé que la peur pouvait être vaincue, et son héritage continue de vivre en chaque personne qui refuse de se résigner à la dictature poutinienne.

Free The Youth : rassemblement du 1 juin

Le 1er juin, nous étions rassemblés place du Louvre pour une nouvelle action de notre campagne Free the Youth, en soutien aux adolescents et jeunes prisonniers politiques en Russie. Merci d’avoir été si nombreux à nos côtés! 

Ensemble, nous avons mis en lumière leurs visages, raconté leurs destins brisés et rappelé l’urgence de leur combat pour la liberté.

Un immense merci à toutes les personnes présentes pour votre soutien, ainsi qu’à nos bénévoles qui ont aidé à organiser cet événement. On continue de se mobiliser ! ✊

Photos par Islam Berov

HALTE À LA PROPAGANDE DE GUERRE DU KREMLIN DANS NOS MÉDIAS. Manifestation — mercredi 3 juin 2026, 18 h

Alors que la France entre en campagne présidentielle, la Russie pratique de plus belle la manipulation de l’information comme  arme de guerre. La propagandiste en chef  Margarita Simonian le proclamait encore le 26 mai : «nous combattons contre l’ensemble de l’Europe». Ce combat-là ne se livre pas sur le front d’Ukraine, mais dans nos rédactions, sur nos plateaux, dans nos esprits.

La démonstration vient d’en être faite. Tandis qu’Édouard Philippe et Bruno Retailleau, deux candidats à la présidentielle, se rendaient à Kyiv pour y affirmer le soutien de la France à l’Ukraine, une propagandiste russe, Xenia Fedorova, leur répondait depuis le plateau de CNews.  La visite de Philippe et Retailleau enverrait, selon elle, «un message bizarre, puisqu’il faudrait dialoguer avec la Russie». Qu’une porte-voix du Kremlin prenne ainsi à partie des candidats français, en pleine campagne, en strict écho de la ligne de Moscou, n’est plus une opinion sur la guerre : c’est une ingérence dans notre débat électoral et une menace pour notre démocratie.

Xenia Fedorova est l’ancienne présidente de RT France, chaîne interdite dans l’Union européenne, une interdiction validée, quoi qu’en dise Mme Fedorova, par la Cour européenne de Justice. Elle intervient aujourd’hui sans contradiction sérieuse, et avec un pouvoir croissant, sur CNews, Europe 1 et dans le JDD, les médias du groupe Bolloré. Elle n’est pas journaliste : dépourvue de carte de presse, elle dirige, sous son ancien nom de Ksenya Borchik, une société de «conseil médias». Elle se dérobe à tout débat contradictoire. Et son emprise s’étend : éviction du général Clermont, mise à l’écart d’experts, propos de Pascal Praud imputant à l’OTAN la responsabilité de la guerre. Formée par Simonian, qui l’a fait venir en France, elle est l’instrument assumé de la guerre cognitive d’un État agresseur.

L’interview complaisante et navrante de Sergueï Lavrov par Léa Salamé sur France-Télévisions — aussitôt exploitée par l’appareil de propagande du Kremlin, en France, en Russie et à l’échelle internationale — a montré, jusque sur le service public, à quel point la propagande de Poutine vise la France.

Les autorités françaises ne peuvent rester inertes. Nous demandons :

  1. à l’Arcom, d’examiner sans délai les signalements et témoignages visant Mme Fedorova et de contrôler le respect, par CNews et Europe 1, de l’honnêteté de l’information et du pluralisme sur l’agression russe ;
  2. au gouvernement, d’examiner, dans le cadre des instruments juridiques disponibles au niveau national et européen, les mesures susceptibles d’être appliquées à Mme Fedorova, à raison de son rôle dans la diffusion de récits alignés sur les positions du Kremlin et des questions légitimes que soulèvent ses activités au regard de l’ordre public. 

En particulier, le gouvernement doit examiner la possibilité

  • de proposer l’inscription de Mme Fedorova sur la liste des personnes sanctionnées au titre du règlement (UE) 2024/2642 concernant les activités déstabilisatrices menées par la Russie ;
  • de réexaminer sa situation au regard du droit au séjour, dans le respect des garanties applicables.

Que nul ne s’y trompe : ces demandes ne portent aucune atteinte à la liberté d’expression. Chacun demeure libre de ses opinions ; mais personne n’a le droit de mettre un média national au service de la propagande de guerre d’un État étranger. La France a d’ailleurs souscrit, par l’article 20 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, au principe selon lequel «toute propagande en faveur de la guerre est interdite par la loi». Il est temps qu’elle en tire les conséquences.

MANIFESTATION LE MERCREDI 3 JUIN À 18 HEURES

Angle rue des Cévennes/Balard

VENEZ NOMBREUX !

Organisateurs (par ordre alphabétique) : Agir Ensemble Pour l’Ukraine · Alliance des femmes pour la démocratie · Association des Femmes ukrainiennes de France · Comité Diderot · Cyrille Amoursky · Géorgie vue de France · Kalyna · Mémorial 98 · Nos étudiants en France · Perspectives ukrainiennes · Pour l’Ukraine, pour leur Liberté et la Nôtre ! · Réseau européen de solidarité avec l’Ukraine (RESU) · Russie-Libertés · Ukraine Comb’Art · Union des Ukrainiens de France.

Russie-Libertés à la Conférence antiguerre russe à Strasbourg

Les 21 et 22 avril 2026, Russie-Libertés a participé à la Conférence du comité antiguerre russe à Strasbourg, un rassemblement régulier pour la résistance russe et la solidarité européenne.

L’événement a été ouvert par des discours inspirants de Petra Bayr (présidente de l’APCE), Ville Niinistö (Président de la Délégation du Parlement européen pour les relations avec la Russie) et Sergey Lagodinskiy (Eurodéputé). Ce dernier a lancé aux participants russes : « Vous êtes les restes de la conscience de l’empire du mal. »

Pendant deux jours, nous avons abordé des enjeux vitaux : briser le monopole de Poutine sur l’image de la Russie, comme l’a souligné Mikhail Khodorkovski : « Notre tâche est d’empêcher Poutine de monopoliser l’image de notre pays. » Il a également été question de construire des institutions démocratiques pour une Russie post-autoritaire et de soutenir l’Ukraine sans concession. Mikhail Kasyanov a plaidé avec force : « Les négociations de paix ne doivent porter que sur la cessation des hostilités. Ne cédons pas à la tentation de relier les relations économiques avec le Kremlin. L’Europe a tout pour arrêter la guerre : il manque la volonté politique. » Il a en outre insisté sur la nécessité de regrouper l’armée européenne aux frontières de l’Ukraine comme force de dissuasion immédiate face au Kremlin. Enfin, la protection de l’émigration russe et des déserteurs, voix essentielles de l’opposition, a été au cœur des débats, tandis que le témoignage d’Igor Schetko, déserteur, a marqué les esprits : « Le vrai ennemi du soldat russe, c’est son commandement. La peur des siens dépasse celle des Ukrainiens. »

17 mai : Journée internationale de lutte contre l’homophobie

Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, Olga Kokorina, cofondatrice de Russie-Libertés, est intervenue au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. À l’occasion de cette journée mondiale de solidarité, nous avons uni nos voix pour rappeler une vérité fondamentale : les droits humains ne peuvent pas être «traditionnels» ou «non traditionnels».

Aujourd’hui, en Russie, les personnes LGBTQIA+ ne sont plus simplement confrontées à des discriminations : elles sont progressivement transformées en « menace intérieure ». Après la décision de la Cour suprême russe de 2023 qualifiant le prétendu « mouvement international LGBT » d’ « organisation extrémiste », l’État a mis en place un système répressif : descentes de police, poursuites pénales, amendes, fermeture d’organisations, censure de livres, de films, de plateformes, et criminalisation des formes les plus ordinaires de communication et de vie sociale. Selon ILGA-Europe, cette logique a permis, dès 2025, de transformer ce qui relevait auparavant de la « propagande » administrative en accusations pénales d’ « extrémisme », passibles de peines pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison.

Les organisations LGBTQIA+ russes elles-mêmes décrivent une situation où la peur envahie désormais la vie quotidienne. Elles reçoivent régulièrement des témoignages de personnes menacées de poursuites pour « extrémisme LGBT » ou « propagande LGBT », ainsi que des demandes d’aide de personnes qui ne savent plus si leur simple existence dans l’espace public, leur travail dans une organisation LGBTQIA+, leur participation à des discussions, à des rencontres ou leur recours à une aide psychologique ou juridique peuvent être interprétés comme des activités extrémistes.

Aujourd’hui, les répressions ne touchent plus uniquement les personnalités publiques et les militant·es. Elles pénètrent dans les clubs, les appartements, les groupes Telegram, les bibliothèques, les maisons d’édition, les plateformes culturelles, ainsi que dans les groupes de soutien psychologique et juridique.

Amnesty International souligne qu’à la fin de l’année 2025, au moins 23 affaires pénales liées à des accusations « d’extrémisme » visant des activités LGBTQIA+ avaient déjà été ouvertes.

Au printemps 2026, la répression est entrée dans une nouvelle phase : les tribunaux russes ont commencé à interdire systématiquement les organisations LGBTQIA+. Toutes les principales structures de défense des droits LGBTQIA+ ont été déclarées « extrémistes » par décision de justice.

Il est particulièrement inquiétant de constater que l’État utilise aujourd’hui l’argument de la « sécurité nationale » pour détruire les réseaux d’entraide. Sont visés : l’accompagnement juridique, le soutien psychologique, la prévention du VIH, la culture queer, les livres, les projections, les soirées, les discussions, les groupes de soutien et les liens entre personnes isolées.

Sous couvert de défendre les « valeurs traditionnelles » et de lutter contre « l’extrémisme », les autorités russes criminalisent la vulnérabilité, la solidarité et jusqu’à la possibilité même, pour les personnes LGBTQIA+, de se rencontrer et de se soutenir mutuellement.

Il est également impossible de ne pas mentionner le climat social créé par cette propagande homophobe d’État, qui transforme les personnes LGBTQIA+ en cibles pour toutes les formes de violence au sein de la société.

Et pourtant, malgré les interdictions, les organisations continuent d’aider, de documenter et d’informer — souvent depuis l’exil et sous menace directe.

Les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont ni une « question privée » ni une « idéologie ». Il s’agit de savoir si une personne peut vivre sans peur. Si elle peut parler, aimer, chercher du soutien et ne pas être punie pour cela.

Lorsqu’un État intervient agressivement dans la vie privée des individus, cela ne concerne plus seulement les personnes LGBTQIA+ : cela remet en cause les principes fondamentaux de liberté et d’expression de chacun d’entre nous.

La reconnaissance des droits des personnes LGBTQIA+, comme celle des droits des autres minorités, constitue une étape essentielle vers une société véritablement démocratique en Russie, où chaque personne, indépendamment de son origine, de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, pourra se sentir protégée et égale devant la loi.

Aujourd’hui, nous ne parlons pas seulement de justice sociale, mais aussi de la manière dont nous imaginons l’avenir de notre pays.

Il est important d’appeler les choses par leur nom.
Il est important de ne pas détourner le regard.
Il est important de rester du côté de l’humain.

CONTRE LA NOMINATION DU MÉTROPOLITE PRO-GUERRE MARC (GOLOVKOV) COMME EXARQUE D’EUROPE OCCIDENTALE

Nous, les associations «Russie-Libertés» (France), «Rusos Libres» (Espagne) et «Friede Allen e.V.)» (Allemagne), exprimons notre profonde préoccupation à la suite de la nomination du métropolite Marc (Golovkov) à un ministère en France.

Conformément à la décision du Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe du 12 mars 2026, le métropolite Marc a été nommé à la tête de l’Exarchat patriarcal d’Europe occidentale, qui regroupe les diocèses et paroisses du Patriarcat de Moscou sur les territoires de l’Andorre, de la Belgique, du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l’Espagne, de l’Italie, du Liechtenstein, du Luxembourg, de Monaco, des Pays-Bas, du Portugal, de la France, et de la Suisse.

Cette nomination suscite chez nous non seulement une indignation morale, mais également une vive inquiétude publique.

Alors qu’il se trouvait en Russie, le métropolite Marc a, à plusieurs reprises, manifesté publiquement son soutien à la guerre déclenchée par la Fédération de Russie contre l’Ukraine. Il est établi de manière fiable qu’il a participé à des cérémonies de bénédiction de matériel militaire avant son envoi au front. En particulier, en bénissant des armements destinés à être utilisés dans des opérations de combat, le métropolite Marc a déclaré :

«Aujourd’hui, nous avons célébré la Divine Liturgie, nous avons prié à genoux pour notre armée et, enfin, nous avons béni le matériel rassemblé et préparé pour nos soldats… L’Église est toujours là où se trouve le peuple, là où un soutien est nécessaire, là où il est important de renforcer l’unité du peuple.»

Ces propos ne laissent place à aucune ambiguïté d’interprétation. Il ne s’agit pas d’un simple soutien pastoral à des personnes confrontées à la guerre, mais d’une justification religieuse directe de la violence armée, d’une sacralisation de la guerre et d’une bénédiction d’armes qui apportent mort, destruction et souffrance dans le cadre d’une agression militaire.

En outre, le métropolite Marc a envoyé du clergé pour assurer l’accompagnement spirituel des militaires russes combattant sur les territoires occupés de l’Ukraine, ainsi que pour apporter un soutien aux citoyens russes mobilisés de force pour le front. Dans le diocèse de Riazan qu’il dirigeait, comme dans d’autres diocèses de l’Église orthodoxe russe en Russie, les membres du clergé sont de facto contraints de participer à la légitimation religieuse publique de la guerre, notamment à travers des prières pour la victoire de l’armée russe.

Une telle pratique ne constitue pas une simple position politique privée, mais un usage systématique de l’autorité religieuse pour justifier l’agression et promouvoir une propagande militariste.

Une inquiétude particulière suscite également la rhétorique publique du métropolite Marc à l’égard des Russes opposés à la guerre. Après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, il a qualifié de manière méprisante les personnes ayant quitté la Russie de «génération d’assistés». Or, ce sont précisément ces personnes — journalistes, défenseurs des droits humains, membres du clergé, militants ayant refusé de soutenir la guerre — qui constituent une part importante de ceux qui ont été contraints de chercher refuge dans les pays européens, y compris en France, pour échapper aux répressions, aux poursuites pénales et aux pressions politiques.

La nomination d’une personne ayant publiquement soutenu l’invasion de l’Ukraine et manifesté du mépris envers les Russes aux opinions divergentes à un ministère ecclésiastique en France soulève inévitablement la question suivante : dans quelle mesure la présence d’une telle figure est-elle acceptable dans l’espace public et religieux européen ?

Nous rappelons également les conclusions figurant dans le document de la Commission européenne «Orientations stratégiques de l’UE pour la prévention de la radicalisation 2024–2026», préparé par la Direction générale de la migration et des affaires intérieures.

Ce document souligne explicitement que, parmi d’autres formes d’extrémisme, la diffusion de la propagande et de la désinformation russes suscite une vive préoccupation parmi les États membres de l’Union européenne, notamment dans le contexte de la guerre contre l’Ukraine.

Dans ce contexte, l’activité de responsables religieux soutenant ouvertement une guerre d’agression et la justifiant par le langage d’une mission spirituelle ne peut être examinée indépendamment de la question plus large de la diffusion d’une idéologie qui mine les fondements de la sécurité européenne, de la solidarité et de l’État de droit.

En conséquence, nous appelons les autorités françaises à :

— évaluer sur le plan juridique les motifs du séjour du métropolite Mark en France, en mettant particulièrement l’accent sur les risques potentiels que sa présence pourrait représenter pour l’ordre public.

— prendre en compte son rôle dans la diffusion d’une idéologie justifiant la guerre et conférant une légitimation religieuse à la violence, lors de l’examen de la possibilité d’appliquer les mesures restrictives en vigueur.

Nous appelons également les chrétiens de toutes confessions, ainsi que les représentants des communautés religieuses et de la société civile en Europe, à prêter attention à cette nomination.

L’Église orthodoxe russe en Europe occidentale est désormais représentée par une personne qui non seulement ne s’est pas distanciée de la guerre, mais a publiquement contribué à sa justification en utilisant le langage de l’Église, l’autorité religieuse et le pouvoir spirituel.

Nous sommes convaincus que le témoignage chrétien ne peut servir de couverture à la propagande de guerre, et que le ministère ecclésiastique ne peut être un instrument de justification de la violence.

C’est pourquoi cette nomination ne doit pas rester sans une évaluation publique, morale et juridique.


РУССКАЯ ВЕРСИЯ

Мы, ассоциации Russie-Libertés (Франция), Rusos Libres (Испания), и Мир Всем (Friede Allen e.V.) (Германия), выражаем глубокую обеспокоенность в связи с назначением митрополита Марка (Головкова) на служение во Францию.

Согласно решению Священного Синода Русской Православной Церкви от 12 марта 2026 года, митрополит Марк назначен главой Патриаршего экзархата Западной Европы, объединяющего епархии и приходы Московского патриархата на территории Андорры, Бельгии, Великобритании, Ирландии, Испании, Италии, Лихтенштейна, Люксембурга, Монако, Нидерландов, Португалии, Франции, и Швейцарии.

Это назначение вызывает у нас не только нравственное возмущение, но и серьезную общественную тревогу.

Находясь в России, митрополит Марк неоднократно публично демонстрировал поддержку войны, развязанной Российской Федерацией против Украины. Достоверно известно, что он участвовал в церемониях освящения военной техники перед ее отправкой на фронт. В частности, благословляя вооружение, предназначенное для участия в боевых действиях, митрополит Марк заявил:

«Мы сегодня совершили Божественную Литургию, на коленях молились за наше воинство и, наконец, благословили собранную и подготовленную для наших воинов технику… Церковь всегда там, где народ, там, где нужна поддержка, там, где важно укреплять народное единство».

Эти слова не оставляют пространства для двусмысленного толкования. Речь идет не о пастырской поддержке людей, оказавшихся на войне, а о прямом религиозном оправдании вооруженного насилия, о сакрализации войны и благословении оружия, которое приносит смерть, разрушение и страдание в ходе военной агрессии.

Кроме того, митрополит Марк направлял духовенство для окормления российских военнослужащих, воюющих на оккупированных территориях Украины, а также для напутствия граждан России, принудительно мобилизованных на фронт. В возглавляемой им Рязанской епархии, как и в других епархиях Русской Православной Церкви в России, священнослужители фактически вынуждены участвовать в публичной религиозной легитимации войны, через молитвы о победе российской армии.

Подобная практика представляет собой не частную политическую позицию, а систематическое использование религиозного авторитета для оправдания агрессии и милитаристской пропаганды.

Особую тревогу вызывает и публичная риторика митрополита Марка в отношении антивоенных россиян. После начала полномасштабного вторжения в Украину он уничижительно назвал покинувших Россию людей «поколением иждивенцев». Между тем именно эти люди — журналисты, правозащитники, священнослужители, активисты, отказавшиеся поддерживать войну, — составляют значительную часть тех, кто был вынужден искать убежище в странах Европы, в том числе во Франции, спасаясь от репрессий, уголовного преследования и политического давления.

Назначение человека, публично поддержавшего вторжение в Украину и продемонстрировавшего презрение к иноакомыслящим россиянам, на церковное служение во Франции неизбежно вызывает вопрос: насколько допустимо присутствие подобной фигуры в европейском общественном и религиозном пространстве?

Мы также напоминаем о выводах, содержащихся в документе Европейской комиссии «Стратегические ориентиры ЕС по предотвращению радикализации на 2024–2026 годы», подготовленном Генеральным директоратом по миграции и внутренним делам. В документе прямо указывается, что, помимо иных форм экстремизма, серьезную обеспокоенность государств — членов ЕС вызывает распространение российской пропаганды и дезинформации, в том числе в контексте войны против Украины.

В этом контексте деятельность религиозных деятелей, открыто поддерживающих агрессивную войну и оправдывающих ее языком духовной миссии, не может рассматриваться вне более широкого вопроса о распространении идеологии, подрывающей основы европейской безопасности, солидарности и правопорядка.

В связи с этим мы призываем французские власти:

— провести правовую оценку оснований пребывания митрополита Марка во Франции, с особым акцентом на возможные риски, которые его присутствие может представлять для общественного порядка. 

— учесть его роль в распространении идеологии, оправдывающей войну и придающей насилию религиозное обоснование, при рассмотрении вопроса о возможности применения действующих ограничительных мер. 

Мы также обращаемся к христианам всех конфессий, к представителям религиозных общин и гражданского общества Европы с призывом обратить внимание на это назначение.

Русскую Православную Церковь в Западной Европе отныне представляет человек, который не просто не дистанцировался от войны, но публично содействовал ее оправданию, используя для этого язык Церкви, религиозный авторитет и духовную власть.

Мы убеждены, что христианское свидетельство не может служить прикрытием для пропаганды войны, а церковное служение не может быть инструментом оправдания насилия.

Именно поэтому это назначение не должно остаться без общественной, нравственной и правовой оценки.

Free The Youth – Soutenez des jeunes prisonniers politiques !

Les organisations de la diaspora, anti-guerre et de défense des droits de l’homme, en collaboration avec la fondation « À travers le mur » (Through the Wall), lancent une campagne de soutien aux adolescents prisonniers politiques !

Aujourd’hui, en Russie, des centaines d’adolescents sont des prisonniers politiques. Des jeunes qui devraient commencer à vivre, à étudier, à tomber amoureux et à faire des projets. Au lieu de cela, ils connaissent les cellules, l’isolement et la séparation d’avec leurs proches. Le bal de promo se passe en centre de détention provisoire. La majorité, en colonie pénitentiaire.

Derrière les termes juridiques froids ne se cachent pas des « dossiers » criminels, mais des vies brisées. Une peur qu’on ne peut pas montrer. Une solitude qui s’étire jour et nuit. Une incertitude qui empêche de respirer. Les lettres deviennent l’unique lien avec le monde, la preuve qu’on n’a pas disparu, que l’on ne nous oublie pas. Au lieu des cours, les interrogatoires. Au lieu des promenades, la cellule. Pendant que leurs camarades choisissent leurs universités, ces adolescents apprennent à survivre en prison.

La campagne Free the Youth est une action internationale visant à soutenir les jeunes prisonniers du régime de Poutine. Nous racontons leurs destins au monde entier et nous vous appelons à les soutenir par la diffusion d’informations ou par un don ! Avocats, colis alimentaires, maintien du lien avec les familles, soutien psychologique : tout cela est ce qui leur permet de tenir le coup.

Dans la majorité des cas, ces jeunes sont condamnés sous l’étiquette de « terrorisme » et sont détenus dans des conditions particulièrement difficiles, tant morales que physiques, dans la solitude et le froid. Selon les estimations de Parubets Analytics d’avril 2026, sur plus de 5400 personnes emprisonnées pour des motifs politiques, au moins 348 jeunes sont privés de liberté ou persécutés en Russie.

Vous pouvez les aider ! Même une petite contribution est un signal : « Tu n’es pas seul ». C’est une chaleur humaine là où il n’en reste presque plus. C’est de ces petits pas que naît la force qui les aide à ne pas s’effondrer.

Soutenez les jeunes prisonniers du régime de Poutine ! Partagez l’information et faites un don : 

Ensemble, nous sommes une force !

#FreeTheYouth #FreeRussianPoliticalPrisoners

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