Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les LGBTphobies, Olga Kokorina, cofondatrice de Russie-Libertés, est intervenue au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. À l’occasion de cette journée mondiale de solidarité, nous avons uni nos voix pour rappeler une vérité fondamentale : les droits humains ne peuvent pas être «traditionnels» ou «non traditionnels».
Aujourd’hui, en Russie, les personnes LGBTQIA+ ne sont plus simplement confrontées à des discriminations : elles sont progressivement transformées en « menace intérieure ». Après la décision de la Cour suprême russe de 2023 qualifiant le prétendu « mouvement international LGBT » d’ « organisation extrémiste », l’État a mis en place un système répressif : descentes de police, poursuites pénales, amendes, fermeture d’organisations, censure de livres, de films, de plateformes, et criminalisation des formes les plus ordinaires de communication et de vie sociale. Selon ILGA-Europe, cette logique a permis, dès 2025, de transformer ce qui relevait auparavant de la « propagande » administrative en accusations pénales d’ « extrémisme », passibles de peines pouvant aller jusqu’à 12 ans de prison.
Les organisations LGBTQIA+ russes elles-mêmes décrivent une situation où la peur envahie désormais la vie quotidienne. Elles reçoivent régulièrement des témoignages de personnes menacées de poursuites pour « extrémisme LGBT » ou « propagande LGBT », ainsi que des demandes d’aide de personnes qui ne savent plus si leur simple existence dans l’espace public, leur travail dans une organisation LGBTQIA+, leur participation à des discussions, à des rencontres ou leur recours à une aide psychologique ou juridique peuvent être interprétés comme des activités extrémistes.
Aujourd’hui, les répressions ne touchent plus uniquement les personnalités publiques et les militant·es. Elles pénètrent dans les clubs, les appartements, les groupes Telegram, les bibliothèques, les maisons d’édition, les plateformes culturelles, ainsi que dans les groupes de soutien psychologique et juridique.
Amnesty International souligne qu’à la fin de l’année 2025, au moins 23 affaires pénales liées à des accusations « d’extrémisme » visant des activités LGBTQIA+ avaient déjà été ouvertes.

Au printemps 2026, la répression est entrée dans une nouvelle phase : les tribunaux russes ont commencé à interdire systématiquement les organisations LGBTQIA+. Toutes les principales structures de défense des droits LGBTQIA+ ont été déclarées « extrémistes » par décision de justice.
Il est particulièrement inquiétant de constater que l’État utilise aujourd’hui l’argument de la « sécurité nationale » pour détruire les réseaux d’entraide. Sont visés : l’accompagnement juridique, le soutien psychologique, la prévention du VIH, la culture queer, les livres, les projections, les soirées, les discussions, les groupes de soutien et les liens entre personnes isolées.
Sous couvert de défendre les « valeurs traditionnelles » et de lutter contre « l’extrémisme », les autorités russes criminalisent la vulnérabilité, la solidarité et jusqu’à la possibilité même, pour les personnes LGBTQIA+, de se rencontrer et de se soutenir mutuellement.
Il est également impossible de ne pas mentionner le climat social créé par cette propagande homophobe d’État, qui transforme les personnes LGBTQIA+ en cibles pour toutes les formes de violence au sein de la société.
Et pourtant, malgré les interdictions, les organisations continuent d’aider, de documenter et d’informer — souvent depuis l’exil et sous menace directe.
Les droits des personnes LGBTQIA+ ne sont ni une « question privée » ni une « idéologie ». Il s’agit de savoir si une personne peut vivre sans peur. Si elle peut parler, aimer, chercher du soutien et ne pas être punie pour cela.
Lorsqu’un État intervient agressivement dans la vie privée des individus, cela ne concerne plus seulement les personnes LGBTQIA+ : cela remet en cause les principes fondamentaux de liberté et d’expression de chacun d’entre nous.
La reconnaissance des droits des personnes LGBTQIA+, comme celle des droits des autres minorités, constitue une étape essentielle vers une société véritablement démocratique en Russie, où chaque personne, indépendamment de son origine, de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, pourra se sentir protégée et égale devant la loi.
Aujourd’hui, nous ne parlons pas seulement de justice sociale, mais aussi de la manière dont nous imaginons l’avenir de notre pays.
Il est important d’appeler les choses par leur nom.
Il est important de ne pas détourner le regard.
Il est important de rester du côté de l’humain.

