La répression en Russie en 2025 : un système de gouvernance par la peur

The English version follows below

Criminalisation systématique de la dissidence

En 2025, la répression politique en Russie s’est institutionnalisée comme un outil central de gouvernance. Toute opposition est criminalisée, et les autorités utilisent des poursuites pénales, des peines de prison prolongées, l’intimidation, la torture et les mauvais traitements pour réduire au silence toute critique de la guerre ou du régime.

  • 4 686 personnes incarcérées pour des motifs politiques, dont 1 465 en 2025.
  • Des peines de 8 ans en moyenne pour des actes, des mots, des likes sur les réseaux sociaux anti-guerre ou anti-régime.
  • Les “appels au terrorisme” sont devenus l’accusation politique la plus fréquente.
  • 5 500 affaires administratives pour l’usage de symboles interdits (dont les symboles liés au Fond anti-corruption de Navalny, symboles LGBT, et ukrainiens).
  • 1 123 personnes/entités désignées « agents étrangers ».
  • 291 ONG classées « indésirables », toute collaboration avec elles est passible de 6 ans de prison.

Exemple concret : En décembre 2025, trois défenseurs des droits humains d’Ekaterinbourg (Aleksei Sokolov, Larissa Zakharova, Roman Kachanov) ont été arrêtés pour « organisation d’activités d’une organisation indésirable ». Larissa Zakharova et Roman Kachanov risquent jusqu’à 6 ans de prison pour leur coopération avec le Comité Helsinki de Norvège et la National Endowment for Democracy, tous deux désignés « indésirables » en Russie. Aleksei Sokolov, lui, est également poursuivi pour trahison d’Etat, un chef d’accusation passible de 12 à 20 ans de prison.

Utilisation abusive des lois anti-terroristes et anti-espionnage

Les articles du Code pénal sur la trahison, l’espionnage, et la collaboration avec un État étranger sont devenus des outils de répression massive. Selon Parubets Analytics (décembre 2025) :

  • 468 condamnations en 2025 (record absolu), avec une médiane de 15 ans de prison (contre 12 ans en 2024). Dans 35% des cas, les condamnations portent sur des ukrainiens souvent accusés de « collaboration » avec Kiev sur les territoires occupés.
  • 4 peines de prison à perpétuité en 2025, et des peines allant jusqu’à 27 ans pour des civils ukrainiens.
  • Enfants ciblés : Plus de 350 mineurs inscrits sur les listes d’ »extrémistes » ou « terroristes ».

Cas emblématiques :

  • Nadine Gueisler, condamnée à 22 ans de prison en juin 2025 pour « trahison » et « terrorisme » après avoir fourni une aide humanitaire à des civils ukrainiens.
  • Arina Ivanova (Novokouznetsk), condamnée à 5 ans de prison pour un post sur VKontakte dénonçant les crimes russes à Boutcha.

Torture systématique – Impunité quasi totale.

  • Prison SIZO-2 de Taganrog : Un des centres les plus violents, où les détenus subissent famine, passages à tabac, noyades simulées, décharges électriques (y compris sur les parties génitales), viols et humiliations sexualisées.
  • Prisonniers ukrainiens : les prisonniers de guerre et civils ukrainiens subissent des violences généralisées. On compte pas moins de 16 000 civils disparus ou détenus illégalement par la Russie (ONU).

Censure numérique et contrôle de l’information

  • Blocage massif : Plus de 1,2 million de ressources Internet bloquées en 2025, détruisant l’espace numérique indépendant.
    • YouTube, Facebook, Instagram, X : Totalement bloqués.
    • Restrictions sur Apple : Suppression de contenus de médias indépendants et de musiques d’artistes désignés « extrémistes ».
    • Blocage des appels via Google Meet, FaceTime, WhatsApp, remplacé par la messagerie d’État Max.
    • Censure normalisée : Autocensure généralisée parmi les artistes, écrivains, blogueurs, et metteurs en scène.
  • Loi de juillet 2025 : Criminalisation des recherches en ligne de contenus « extrémistes ».
  • Et criminalisation indirecte de l’usage des VPN : l’utilisation d’un VPN/proxy peut être retenue comme circonstance aggravante.

Répression transnationale et pression sur les exilés

Les opposants en exil sont ciblés, et leurs familles en Russie sont harcelées.

  • Poursuites contre les opposants en exil : Alexeï Nesterenko, président de Rusos Libres (Espagne), condamné par contumace à 24 ans de prison pour « soutien au terrorisme » après avoir organisé des manifestations anti-guerre et collecté des dons pour l’Ukraine. Sa famille en Russie est harcelée (perquisitions, convocations au tribunal).
  • Des pays comme la Turquie extradient des exilés russes vers la Russie sur demande du Kremlin

Torture et « Assauts de viande » dans l’armée russe

Les « Assauts de viande » : Assauts frontaux suicidaires où des soldats (conscrits, prisonniers, contractuels) sont envoyés sans soutien pour épuiser les défenses ukrainiennes. Témoignage :
« On nous a dit : ‘Courez vers les tranchées ukrainiennes. Ceux qui reculeront seront abattus.’ Sur 200, 12 sont revenus. » (source : Verstka).

Les « Trous » : Torture et élimination

  • Pratique de l’« obnoulenie » (« annulation »), où des soldats sont torturés ou tués par leurs supérieurs pour punir, intimider ou éliminer. Des fosses de 2 mètres de profondeur (« trous ») sont utilisées pour noyer ou affamer les victimes.
    • 12 sites identifiés, avec des dizaines à centaines de victimes par site. À Taganrog, une fosse contenait 47 corps (dont des soldats encore en vie au moment de l’ensevelissement) — témoignage d’un médecin militaire (Rapport « Les Annulateurs » de Verstka).
    • 1 000+ cas de tortures avérées (rapport ONU).
      « On jetait les déserteurs dans des fosses avec de la chaux vive. Certains étaient encore en vie. » (Médecin militaire anonyme – Rapport « Les Annulateurs »).

Autres tortures systématiques

  • Passages à tabac, électrocutions (fil sur les parties génitales), noyades, viols collectifs, castrations.
  • Exécutions sommaires (balle dans la nuque).

Les prisonniers de guerre ukrainiens sont les premières cibles et subissent des tortures généralisées.

Groupes vulnérables et idéologie d’État

  • Violences domestiques : Doublées depuis 2022, souvent commises par des militaires revenus du front. Exemple : En octobre 2025, un soldat russe revenu d’Ukraine a tué sa femme et ses deux enfants à Rostov-sur-le-Don.
  • Répression anti-LGBT : Le « mouvement LGBT international » déclaré « extrémiste ». 221 affaires ouvertes pour « propagande LGBT », y compris pour l’affichage de drapeaux arc-en-ciel.
  • Fermeture du Musée du Goulag, retrait des livres de Svetlana Alexievitch des programmes scolaires.
  • Loi contre la « propagande childfree » : Interdiction des discussions publiques sur la contraception et l’avortement.
  • Idéologie patriarcale : Promue par l’État et l’Église orthodoxe, qui justifie la domination masculine et la soumission des femmes.
  • Militarisation de la société : Les valeurs de « virilité » et de « sacrifice » sont exaltées, légitimant les violences contre les femmes et les minorités.

Un climat de terreur généralisée

  • Contrôle social total : La surveillance de masse, la censure, et l’autocensure ont créé un climat de peur généralisée.
  • Culture et éducation : Condamnations d’artistes (ex. : Evgenia Berkovich et Svetlana Petriichuk, 7 ans de prison pour une pièce de théâtre) et d’enseignants (ex. : Natalia Taranushenko, 7 ans pour avoir évoqué Boutcha en classe).
  • Tchétchénie : Climat de peur extrême, marqué par la torture et les exécutions extrajudiciaires.
  • Torture et impunité : La torture est généralisée dans les prisons et l’armée, avec une impunité quasi totale pour les auteurs.

Sources :

English version :

Repression in Russia in 2025: a system of governance through fear

Systematic criminalization of dissent

In 2025, political repression in Russia has become fully institutionalized as a central tool of governance. Any form of opposition is criminalized, and the authorities use criminal prosecutions, long prison sentences, intimidation, torture, and ill-treatment to silence any criticism of the war or the regime.

  • 4,686 people imprisoned for political reasons (Memorial), including 1,465 in 2025 alone.
  • Average sentences of 8 years for actions, words, or even likes on social media expressing anti-war or anti-regime views.
  • “Calls to terrorism” have become the most common political charge.
  • 5,500 administrative cases for the use of prohibited symbols (including symbols linked to Navalny’s Anti-Corruption Foundation, LGBT symbols, and Ukrainian symbols).
  • 1,123 individuals/entities designated as “foreign agents.”
  • 291 NGOs classified as “undesirable”; any cooperation with them is punishable by up to 6 years in prison.

Concrete example:
In December 2025, three human rights defenders from Yekaterinburg (Aleksei Sokolov, Larissa Zakharova, Roman Kachanov) were arrested for “organizing the activities of an undesirable organization.” Larissa Zakharova and Roman Kachanov face up to 6 years in prison for cooperating with the Norwegian Helsinki Committee and the National Endowment for Democracy, both designated “undesirable” in Russia. Aleksei Sokolov is also charged with high treason, an offense punishable by 12 to 20 years in prison.

Abuse of anti-terrorism and anti-espionage laws

Articles of the Criminal Code on treason, espionage, and cooperation with a foreign state have become tools of mass repression. According to Parubets Analytics (December 2025):

  • 468 convictions in 2025 (an all-time record), with a median sentence of 15 years (up from 12 years in 2024).
  • In 35% of cases, those convicted are Ukrainians, often accused of “collaboration” with Kyiv in occupied territories.
  • 4 life sentences in 2025, and prison terms of up to 27 years for Ukrainian civilians.

Children targeted:
More than 350 minors have been placed on lists of “extremists” or “terrorists.”

Emblematic cases:

  • Nadine Gueisler, sentenced to 22 years in prison in June 2025 for “treason” and “terrorism” after providing humanitarian aid to Ukrainian civilians.
  • Arina Ivanova (Novokuznetsk), sentenced to 5 years in prison for a VKontakte post denouncing Russian crimes in Bucha.

Systematic torture – near-total impunity

SIZO-2 prison in Taganrog:
One of the most violent detention centers, where prisoners are subjected to starvation, beatings, simulated drowning, electric shocks (including to the genitals), rape, and sexualized humiliation.

Ukrainian prisoners:
Prisoners of war and Ukrainian civilians are subjected to widespread violence. At least 16,000 civilians are reported missing or illegally detained by Russia (UN).

Digital censorship and control of information

  • Mass blocking: Over 1.2 million online resources blocked in 2025, destroying the independent digital space.
  • YouTube, Facebook, Instagram, X: Completely blocked.
  • Restrictions on Apple: Removal of content from independent media and music by artists designated as “extremists.”
  • Blocking of calls via Google Meet, FaceTime, WhatsApp, replaced by the state messaging service Max.
  • Normalized censorship: Widespread self-censorship among artists, writers, bloggers, and theater directors.
  • July 2025 law: Criminalization of online searches for “extremist” content.
  • Indirect criminalization of VPN use: The use of a VPN/proxy can be treated as an aggravating circumstance.

Transnational repression and pressure on exiles

Opponents in exile are targeted, and their families in Russia are harassed.

  • Prosecutions in absentia:
    Alexei Nesterenko, president of Rusos Libres (Spain), was sentenced in absentia to 24 years in prison for “supporting terrorism” after organizing anti-war demonstrations and collecting donations for Ukraine. His family in Russia is harassed (searches, court summons).
  • Extraditions:
    Countries such as Turkey extradite Russian exiles to Russia at the Kremlin’s request.

Torture and “meat assaults” in the Russian army

“Meat assaults”:
Suicidal frontal attacks in which soldiers (conscripts, prisoners, contract soldiers) are sent without support to exhaust Ukrainian defenses. Testimony:

“We were told: ‘Run toward the Ukrainian trenches. Those who retreat will be shot.’ Out of 200, 12 returned.” (source: Verstka)

“The pits”: torture and elimination
The practice of “obnulenie” (“nullification”), where soldiers are tortured or killed by their superiors to punish, intimidate, or eliminate them. Two-meter-deep pits (“holes”) are used to drown or starve victims.

  • 12 identified sites, with dozens to hundreds of victims per site.
  • In Taganrog, one pit contained 47 bodies (some soldiers were still alive when buried) — testimony of a military doctor (Verstka report “The Nullifiers”).
  • 1,000+ documented cases of torture (UN report).

“They threw deserters into pits with quicklime. Some were still alive.”
(Anonymous military doctor – Verstka report “The Nullifiers”)

Other systematic abuses:
Beatings, electrocution (wires on genitals), drowning, gang rape, castration.
Summary executions (shot in the back of the head).
Ukrainian prisoners of war suffer torture systematically.

Vulnerable groups and state ideology

  • Domestic violence: Doubled since 2022, often committed by soldiers returning from the front.
    Example: In October 2025, a Russian soldier back from Ukraine killed his wife and two children in Rostov-on-Don.
  • Anti-LGBT repression: The “international LGBT movement” declared “extremist.” 221 cases opened for “LGBT propaganda,” including for displaying rainbow flags.
  • Closure of the Gulag Museum, removal of Svetlana Alexievich’s books from school curricula.
  • Law against “childfree propaganda”: Ban on public discussions of contraception and abortion.
  • Patriarchal ideology: Promoted by the state and the Orthodox Church, justifying male dominance and women’s submission.
  • Militarization of society: Values of “virility” and “sacrifice” are glorified, legitimizing violence against women and minorities.

A climate of generalized terror

  • Total social control: Mass surveillance, censorship, and self-censorship have created a pervasive climate of fear.
  • Culture and education: Convictions of artists (e.g. Evgenia Berkovich and Svetlana Petriichuk, 7 years in prison for a theater play) and teachers (e.g. Natalia Taranushenko, 7 years for mentioning Bucha in class).
  • Chechnya: An extreme climate of fear marked by torture and extrajudicial executions.
  • Torture and impunity: Torture is widespread in prisons and the army, with near-total impunity for perpetrators.

Sources

Обнулители  (Les Annulateurs) : quand l’armée russe torture et tue ses propres soldats

10 décembre 2025 — Journée des droits humains

En cette journée des droits de l’homme, nous souhaitons mettre en lumière un fait peu connu du public : les tortures dans l’armée russe. 

En Russie, un mot terrible résume l’horreur qui règne au sein de l’armée : « обнуление » — l’«annulation». Il désigne l’assassinat, la torture ou l’envoi délibéré à une mort certaine de soldats russes… par leurs propres camarades ou supérieurs. Ce n’est pas une exception, mais une pratique systématique, documentée par le média indépendant Verstka dans sa récente enquête « Обнулители » (« Les Annulateurs »). Plus de 100 militaires y sont identifiés comme bourreaux, transformant leurs unités en machines à broyer des vies.


L’enfer des « obnulitel » : tuer pour punir, pour l’exemple, ou par sadisme

Les méthodes sont d’une brutalité inouïe :

  • « On a cogné la tête d’un gars contre le sol jusqu’à ce qu’il meure. » Un soldat raconte comment un jeune conscrit a été battu à mort pour avoir bu de la vodka après des semaines de combat sans ravitaillement, dormant dans la boue et l’eau croupie. « Il agonisait, de la mousse lui sortait de la bouche, il avait des convulsions. On nous a ordonné de l’achever. »
  • Les « trous » : des fosses de deux mètres de profondeur, recouvertes d’une grille. Les victimes y sont jetées, puis noyées à l’eau glacée pendant des heures. « Tu finis par attraper une pneumonie, tes reins lâchent… et tu meurs. » Certains y sont laissés sans nourriture ni eau, battus quotidiennement. « Si tu veux sortir, bats-toi à mort contre les autres. »
  • Les « appâts » : des soldats envoyés en première ligne sans arme ni gilet pare-balles, servant d’appâts. « Tu cours vers une mort certaine. Derrière toi, un détachement t’empêche de reculer. Ton seul espoir : être blessé et fait prisonnier. » Ceux qui refusent sont exécutés sur place.

Un système de terreur institutionnalisé

Ces crimes ne sont pas l’œuvre de soldats isolés, mais d’une chaîne de commandement complice :

  • Les commandants vendent la vie de leurs hommes : ils exigent des pots-de-vin pour éviter les missions suicidaires, volent les salaires des contractuels, et éliminent ceux qui résistent.
  • Les corps des victimes sont cachés : enterrés en forêt, abandonnés sur le champ de bataille, ou même détruits à la grenade pour effacer les traces de torture. « On l’a habillé avec un vieux gilet pare-balles, on a posé deux grenades sous lui, et on a tout fait sauter. Ensuite, on a laissé son corps pourrir au soleil pendant des jours. »

Un piège légal : l’enrôlement forcé et l’impossibilité de fuir

Depuis septembre 2022, le décret sur la mobilisation, toujours en vigueur, a plongé des centaines de milliers de Russes dans un cauchemar sans issue :

  • Tous les contrats militaires ont été prolongés indéfiniment jusqu’à la fin de la « période de mobilisation » — une formule floue qui permet à l’État de maintenir les soldats sous les drapeaux jusqu’à 65 ans, sauf en cas d’invalidité totale ou d’emprisonnement.
  • Aucune démission n’est possible : même les contractuels, engagés pour une durée déterminée, se retrouvent piégés. Ceux qui refusent de combattre ou tentent de quitter leur unité risquent jusqu’à 10 ans de prison, selon la loi n° 365-ФЗ (2023), qui a durci le Code pénal, l’envoi dans les unités d’assaut les plus dangereuses et la torture.
  • La reddition est devenue un crime durement puni : depuis mai 2023, un soldat capturé doit prouver qu’il a résisté physiquement pour éviter d’être condamné à son retour. Sinon, il encourt 10 ans de prison pour « trahison ». 

Des chiffres qui accusent

  • Plus de 150 000 morts dans l’armée russe et 70 000 déserteurs — des chiffres des médias d’investigation et des défenseurs des droits humains qui révèlent l’ampleur de la répression interne.
  • 6 000 soldats aidés à déserter par des ONG comme « Идите Лесом » (« Fuir par la forêt »).
  • Plus de 100 000 demandes d’aide enregistrées par les défenseurs des droits humains depuis 2022 pour éviter l’enrôlement militaire, déserter ou se rendre.

Pourquoi en parler le 10 décembre ?

Parce que ces crimes sont une attaque frontale contre l’humanité elle-même. L’armée russe ne se contente pas de tuer en Ukraine : elle détruit ses propres soldats, les réduisant à l’état de chair à canon et la valeur de leurs vies à néant. Les « обнулители » sont le visage d’un régime qui a fait de la violence son seul langage.

Aujourd’hui, Journée des droits humains, nous refusons de détourner les yeux. Nous exigeons que ces crimes soient documentés, que leurs auteurs soient jugés, et que les victimes — celles qui ont survécu — trouvent refuge et justice.

Une collecte de dons est organisée en faveur des déserteurs et objecteurs de conscience, qui ont une position anti-guerre publique et ouverte, que nous soutenons. Vous pouvez lire leurs histoires sur notre site: https://russie-libertes.org/2024-04-24-il-faut-sauver-le-deserteur-ryan/ et aussi les aider par un don :  https://www.helloasso.com/associations/russie-libertes/collectes/il-faut-sauver-le-deserteur-ryan 

#StopTorture #Nonàlatorture #DroitsHumains #HumanRights

L’action des sociétés civiles russes et ukrainiennes face à la déportation des enfants d’Ukraine – Fabrique de la Diplomatie, 7 septembre 2025, Paris

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, la déportation forcée d’enfants ukrainiens vers la Russie est devenue une réalité documentée et condamnée par la communauté internationale. Selon les dernières estimations, entre 19 546 enfants officiellement identifiés par Kiev et jusqu’à 300 000 selon certaines ONG, ont été déplacés, souvent dans le cadre d’un système organisé de russification et d’adoption. Face à cette crise humanitaire, les ONG russes et internationales ont développé trois approches principales : la recherche sur le terrain, l’enquête sur les réseaux de déportation, et le plaidoyer juridique auprès de la Cour pénale internationale (CPI).

1. La recherche sur le terrain : retrouver les enfants et documenter les crimes

Des journalistes et militants russes, souvent au péril de leur liberté, mènent un travail minutieux de documentation et d’identification des enfants déportés. Dès les premiers mois de la guerre d’invasion, le média indépendant russe Verstka a mené la première enquête sur le sujet dirigée par Anna Ryzhkova. Ses révélations ont joué un rôle pionnier en mettant en lumière l’existence de hubs de déportation dans les régions de Lougansk et Donetsk, ainsi que dans des villes russes comme Taganrog et Koursk. Grâce à des dizaines d’enquêtes, de recoupements de photos d’orphelinats, de bases de données ukrainiennes et russes (comme Усыновите.ру), et de témoignages, Verstka a pu identifier 285 enfants ukrainiens non adoptés mais placés dans des institutions russes, et partager ces informations avec les autorités ukrainiennes et la CPI. Une autre initiative de militants russes s’intitulant Kidmapping a permis d’identifier 260 centres où ont été placés près de 3000 enfants ukrainiens. Une carte interactive permet de visualiser la géographie de ce réseau : KIDMAPPING

Ces enquêtes ont aussi mis en lumière les méthodes de russification : changement de nom, de date de naissance, endoctrinement idéologique dès l’âge de 3 ans, et formation militaire (sources : 1, 2, 3).

Cependant, ce travail est extrêmement risqué : en Russie, transmettre des informations à des ONG ukrainiennes ou au gouvernement ukrainien est considéré comme de la « haute trahison », passible de 25 ans de prison. Des cas comme celui de Nadine Gueissler, condamnée à 22 ans de prison pour avoir aidé des Ukrainiens, illustrent la répression qui pèse sur les militants.

La tâche est d’autant plus complexe que les enfants grandissent et que leur situation évolue rapidement. Les autorités russes aggravent cette difficulté en modifiant systématiquement leur nom, leur date et leur lieu de naissance, effaçant ainsi toute trace de leur identité ukrainienne.

2. L’enquête sur les organisateurs : démanteler les réseaux de déportation

Les ONG et associations, comme « Pour l’Ukraine, leur liberté et la nôtre ! » en collaboration avec Russie-Libertés, ont étendu leurs investigations pour identifier les responsables des déportations. Leurs rapports ont permis d’établir que Maria Lvova-Belova, commissaire russe aux droits de l’enfant, est une figure centrale de ce système. Sous son égide, des milliers d’enfants ont été transférés vers des camps de « rééducation » ou adoptés par des familles russes, avec pour objectif avoué de les « russifier » et de les couper de leur identité ukrainienne. La CPI a d’ailleurs émis des mandats d’arrêt contre Lvova-Belova et Vladimir Poutine en mars 2023 pour « déportation illégale de population » et « transfert illégal d’enfants ».

En septembre 2024, une seconde communication a été adressée à la CPI pour étendre les poursuites aux organisateurs locaux et aux politiques russes du parti Russie Unie impliqués dans ces crimes. Les ONG demandent aussi l’ouverture d’une enquête pour « génocide », arguant que ces déportations visent à détruire l’identité nationale ukrainienne sur plusieurs générations.

3. Le plaidoyer juridique : saisir la justice internationale

La Coalition internationale pour le rapatriement des enfants ukrainiens, lancée en février 2024, coordonne les efforts pour partager des informations entre Kiev, les États partenaires et les mécanismes judiciaires internationaux. Les preuves recueillies (photos, témoignages, bases de données) sont transmises à la CPI, qui a déjà émis des mandats d’arrêt et continue d’enquêter sur ces crimes de guerre. Les ONG ukrainiennes, comme Save Ukraine ou Bring Kids Back UA, utilisent aussi des outils technologiques (reconnaissance faciale, intelligence artificielle) pour retrouver les enfants et faciliter leur rapatriement. Une campagne internationale initiée par Mémorial et le Centre des Libertés Civiles (deux ONGs russes et ukrainiennes) a également été lancé pour exiger la libération de tous les otages de la guerre (prisonniers de guerre, otages civiles, prisonniers politiques russes et enfants ukrainiens) : People First !

Malgré ces efforts, le retour des enfants reste exceptionnel : seulement 388 ont été rapatriés à ce jour, souvent grâce à des négociations discrètes. La Russie, quant à elle, continue de nier les déportations forcées et de présenter ces transferts comme des « sauvetages humanitaires ».

La déportation des enfants ukrainiens est un crime de guerre systématique, documenté par des ONG russes et internationales malgré les risques encourus. Leur travail de recherche, d’enquête et de plaidoyer est essentiel pour faire pression sur le Kremlin, soutenir les familles ukrainiennes et obtenir justice devant la CPI. Cependant, l’ampleur du phénomène et la résistance du régime poutinien rendent la tâche immense, et la communauté internationale est appelée à renforcer son soutien aux initiatives de rapatriement et de protection des victimes.

Résultats du Forum 2025 – Un Forum mobilisateur pour une Russie libre et une paix juste en Ukraine

Le Forum Russie-Libertés 2025, organisé par l’association française Russie-Libertés, s’est tenu le samedi 11 octobre 2025 à Paris, en présence de personnalités politiques, d’experts internationaux et de représentants de la société civile russe et ukrainienne. 

Sous le thème « Les sociétés face à la guerre », cet événement a réuni plus de 300 participants pour analyser les défis actuels de la société russe, les voies vers la paix en Ukraine et les moyens de contrer la désinformation.

Nicolaï Kobliakov, président de Russie-Libertés, a rappelé dans son discours d’ouverture la mission de l’association : « Porter la voix de la société civile russe en France, soutenir les mouvements anti-guerre et œuvrer pour une Russie démocratique et pacifique. » 

Depuis 2014, l’association se tient aux côtés du peuple ukrainien et soutient tous les peuples opprimés par le régime de Poutine.

Olga Prokopieva, directrice de Russie-Libertés, a souligné l’urgence de la situation : « Trois ans et sept mois après l’invasion massive de l’Ukraine, des milliers d’ukrainiens ont peri sous les bombes ou subissent la torture dans les prisons du Kremlin. Cette guerre extérieure s’accompagne d’une répression intérieure toujours plus brutale et institutionnalisée. Plus de 3 000 prisonniers politiques croupissent dans les geôles du Kremlin. »

REPLAY DE L’OUVERTURE DU FORUM : RU / FR

Points forts du Forum

Le Forum s’est ouvert avec une performance de Monetochka, icône de la pop russe engagée, qui a souligné le pouvoir de la musique comme dernier refuge de la résistance quand tous les autres moyens sont muselés.

«La guerre, c’est le chagrin et la cruauté. La jeunesse russe grandit dans une normalisation de la guerre.»

REPLAY DE L’OUVERTURE MUSICALE : RU / FR

La première table ronde, « Militarisation et Société – Les Russes sous Poutine » (modérée par Elsa Vidal, journaliste et écrivain française, spécialiste de la Russie, éditorialiste chez BFMTV ), a mis en lumière l’impact de la militarisation sur la société russe. Les intervenants ont analysé la violence engendrée par le retour des soldats du front, la répression croissante et le soutien réel à Poutine. Les experts ont insisté sur la peur croissante au sein même des élites, les difficultés économiques et de mobilisation dans l’armée qui freinent les appétits du Kremlin.

  • Serguey Krivenko (directeur de Citoyen. Armée. Loi.) a expliqué qu’il n’y a aucun départ volontaire d’hommes russes pour la guerre en Ukraine. Il est soit motivé par l’argent soit par la pression physique et psychologique. « Le nombre de ceux qui refusent de participer à la guerre augmente. Entre l’emprisonnement et l’enrôlement, de plus en plus de gens choisissent le premier. »

« La deuxième grande vague de mobilisation peut être annoncée à tout moment. Cependant, le gouvernement russe a peur de le faire, car le début de mobilisation en 2022 a été très mal perçu par la société russe ». 

  • Ksenia Fadeeva (ancienne prisonnière politique) « En Russie, faire de la politique normalement est devenu totalement impossible depuis 2021. L’opposition est criminalisée, mais la majorité des opposants restent en Russie, malgré les risques. »
  • Arnold Khatchaturov (Novaya Gazeta Europe) a présenté plusieurs études qui ont notamment révélé que malgré la baisse des protestations politiques en Russie, 40 000 actes de contestation depuis le début de la guerre massive ont été répertoriés – c’est environ 30 actes de protestation par jour.

Il a également alerté sur la hausse de la criminalité dans la société russe engendrée par le retour des hommes du front – « Plus de 3 500 sentences ont été prononcées contre d’anciens combattants, responsables de crimes graves. »

  • Andreï Pertsev (Meduza) « La Russie manque d’argent. Les budgets régionaux sont en déficit, et la population est fatiguée de la guerre. Pourtant, les élites russes, déçues par les espoirs de négociations avec Trump, restent passives. »
  • Farida R. (Faridaily) « Les purges au sein des élites russes se multiplient. Les élites vivent dans la peur et l’attente. Les règles du jeu ont changé, les anciens accords avec le régime ne fonctionnent plus. »

REPLAY DE LA TABLE RONDE 1 : RU / FR

La deuxième table ronde, « Justice et voie vers la Paix – Les conditions de l’acceptable » (modérée par Ekaterina Oleinikova, avocate, membre du conseil consultatif de l’association Russie-Libertés), a réuni des juristes, diplomates et défenseurs des droits humains. Les intervenants ont souligné la nécessité de mécanismes juridiques pour traduire en justice les crimes de guerre russes.

  • Florence Hartmann (association “Pour l’Ukraine, pour votre liberté et la nôtre!”) « Si l’impunité devient la norme, ce sera la victoire totale de ceux qui tuent. Les citoyens doivent préserver le droit international. »
  • Oleksandra Romantsova (Centre pour les Libertés Civiles, Ukraine) « Les conditions d’une paix ne sont tout simplement pas compatibles avec le régime poutinien puisque cela signifie respecter les êtres humains et la vie humaine. La Russie doit changer. »
  • Jeanne Sulzer (avocate, responsable de la commission justice internationale Amnesty France) « La CPI a ouvert une enquête dès 2022, soutenue par plus de 50 pays. L’Ukraine a elle-même ouvert 140 000 dossiers pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. »
  • Sergei Golubok (juriste spécialisé en droit de l’homme) a rappelé un principe simple « Pas de paix sans justice » et a appelé à davantage d’audace et de créativité dans l’application du droit international ainsi que dans l’évolution des sanctions. « Les avoirs russes gelés en Europe pourraient financer les réparations pour l’Ukraine. »
  • Pitt Sietzen (Service européen pour l’action extérieure) « L’UE soutiendra l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire. La paix ne peut advenir sans le respect de la souveraineté ukrainienne. »

REPLAY DE LA TABLE RONDE 2 : RU / FR

La troisième table ronde, « Propagande et guerre : Comment percer la bulle de la désinformation ? » (modérée par Sergey Parkhomenko, éditeur et journaliste russe, cofondateur du prix Redkollegia), a exploré les moyens de contourner la censure en Russie. Même si les stratégies pour atteindre les Russes s’amenuisent, les médias indépendants redoublent d’efforts pour contourner les blocages et atteindre le public russe.

La table ronde a été ouverte par Brice Roquefeuil (Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères). “Je veux souligner le rôle de Russie-Libertés, et de vous toutes et tous qui réfléchissez à l’avenir de la Russie libre. Nous soutenons les médias indépendants et la société civile russe. Nous accueillons 150 000 Russes par an — pour le tourisme, pour se former, et on assume. Il est important de garder un contact avec la société russe.”

  • Elena Kostuchenko (Novaya Gazeta) « Informer pendant la guerre est une bataille. Le gouvernement russe consacre 1,5 milliard de dollars par an à la propagande. Les journalistes indépendants sont criminalisés, mais nous continuons à documenter les crimes de guerre. »
  • Semyon Kotchkine (média “La Tchouvachie en colère”) « Nous parlons des problèmes locaux pour renforcer l’identité culturelle. Nos lecteurs se sentent soutenus, ce qui nous motive à continuer. »
  • Pavel Kanyguine (To Be Continued) « Les Russes s’intéressent à des sujets qui leur offrent un échappatoire. Nous misons sur des contenus contextuels et historiques pour parler de l’actualité. »
  • Sarkis Darbinyan (RosKomSvoboda) « Les VPN sont une arme de résistance. 30 à 40 millions de Russes les utilisent pour contourner la censure. »
  • Jim Philipoff (RSF) « Le satellite Svoboda permet de diffuser des chaînes indépendantes en Russie, un trou dans l’espace médiatique de Poutine. »

REPLAY DE LA TABLE RONDE 3: RU / FR

Enfin, deux projets médiatiques francophones ont été présentés par Arnold Khatchaturov (Novaya Gazeta Europe) et Petr Mironenko (The Bell Pro). Ces initiatives illustrent l’apport précieux des journalistes russes en exil, qui mettent leur expertise au service de la compréhension de la Russie en France. Leur objectif : éclairer les autorités et le public français sur les réalités russes, tout en démantelant les récits propagandistes du Kremlin diffusés sur le territoire. La session a été modérée par Olga Prokopieva, directrice de Russie-Libertés.

Newsletter française de Novaya Gazeta Europe : s’abonner.
Newsletter française de The Bell Pro : s’abonner.

REPLAY DE LA PRÉSENTATION : RU / FR

Le Forum s’est achevé sur deux temps forts :

  • l’intervention de François Vauglin, maire du 11ᵉ arrondissement, réaffirmant l’engagement de Paris aux côtés de la société civile russe,
  • et le discours vibrant de Yulia Navalnaya, figure de l’opposition russe et veuve d’Alexeï Navalny.

Devant les militants russes réunis à la Salle des Fêtes, son allocution, à la fois combative et porteuse d’espoir, a redonné force et conviction à tous ceux qui luttent pour le changement.

 Ne lâchez rien. Ne baissez pas les bras. Ne rendez pas ce service à Poutine ! Chaque activiste, chaque projet, chaque initiative qui frappe le régime sous un angle différent multiplie nos chances de trouver sa faille. Et quand nous l’aurons trouvée — ce jour viendra — nous ferons ce que nous attendons depuis trop longtemps : Nous reviendrons en Russie. Nous mettrons notre force et notre énergie à déblayer les ruines que Poutine et ses complices ont accumulées. Et ensemble, nous construirons un pays pacifique, européen et heureux.”

REPLAY DU DISCOURS DE YULIA NAVALNAYA : RU / FR

Le Forum a également été l’occasion de :

  • Collecter 1 400 euros pour la campagne « Energy for Life », soutenant les Ukrainiens privés d’électricité.
  • Accueillir 25 militants venus d’Europe et de Russie pour des sessions de travail en marge du Forum et une rencontre au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

« Ces échanges sont essentiels pour renforcer les liens entre les activistes en exil et ceux restés en Russie. Ensemble, nous construisons une alternative à la dictature. »Olga Kokorina, directrice de l’Espace Libertés | Reforum Space Paris.

Russie-Libertés tient à remercier ses partenaires : la Mairie de Paris, la Mairie du 11ᵉ arrondissement, l’Institut Français, Amnesty International France, le Gouvernement du Canada, Reporters Sans Frontières, l’association « Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! », la Plateforme des initiatives civiques et anti-guerre, ainsi que l’Espace Libertés | Reforum Space.

« Ce Forum confirme que la société civile russe, malgré la répression, reste un acteur clé pour la paix et la démocratie. Nous continuerons à amplifier ces voix en France et en Europe. »Olga Prokopieva.

L’ONU : En Russie, la répression est devenue un système de contrôle de la société

Le 22 septembre 2025, lors d’une réunion du Conseil des droits de l’homme à Genève, la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Russie, Mariana Katsarova, a présenté un nouveau rapport glaçant. Le rapport constate une dynamique inquiétante : si, dans les premières années de la guerre, on parlait de « serrage de vis», les répressions sont désormais devenues un système établi de violence politique, intégré au modèle même du pouvoir.

“Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, les autorités russes ont intensifié le recours à des poursuites pénales, à des peines de prison de longue durée, à l’intimidation, à la torture et aux mauvais traitements pour réduire au silence l’opposition à la guerre,” écrit Mariana Katsarova.

Nous publions ici quelques extraits de ce rapport essentiel pour comprendre l’ampleur des répressions en Russie. Le rapport est à télécharger dans son intégralité sur le site du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme : télécharger.

Agents étrangers

1 040 personnes et organisations désignées « agents étrangers ». Depuis janvier 2025, 133 nouveaux acteurs de la société civile ont reçu ce statut injuste.

Désormais, les « agents étrangers » sont obligés d’ouvrir des comptes bancaires spéciaux : tous les flux financiers y sont bloqués tant que la personne ou l’organisation n’a pas été retirée du registre. Le pouvoir obtient ainsi un contrôle total sur les ressources financières et la possibilité de paralyser l’activité.

Organisations indésirables

245 ONG classées « organisations indésirables » (dont Russie-Libertés). Le statut « indésirable » rend impossible toute activité sur le territoire russe, et toute collaboration avec ces organisations est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 6 ans d’emprisonnement.

Journalistes et médias

Depuis 2022, les autorités ont inscrit 247 journalistes et médias sur la liste des « agents étrangers »195 médias sont désignés comme « indésirables ». Des journalistes sont condamnés pour «fake news», pour le simple exercice de leur métier, avec des peines extrêmmement lourdes :

  • Sergey Mikhailov : 8 ans de prison
  • Antonina Favorskaya : 5,5 ans de prison
  • Olga Komleva : 12 ans de prison

Ces condamnations sont devenues un symbole de la pression exercée sur la presse indépendante en Russie.

Censure numérique

En 2025, plus de 1,2 million de ressources Internet ont été bloquées en Russie. Cette offensive massive contre la liberté numérique détruit pratiquement l’espace Internet indépendant à l’intérieur du pays.

Prisonniers politiques

Actuellement, 3 850 personnes sont poursuivies pénalement en Russie pour des raisons politiques. Plus de 3000 se trouvent en détention. 60 nouvelles affaires par mois en moyenne sont ouvertes contre des femmes, hommes et enfants ordinaires opposés à la guerre et au régime poutinien. Les prisonniers politiques représentent entre 20 à 30% de toutes les personnes détenues en détention provisoire, ce qui illustre l’ampleur de l’utilisation du système pénal pour réprimer la dissidence.

Torture

Entre 2024 et 2025, au moins 258 cas de torture ont été documentés. Mais seulement 10 auteurs de torture ont été condamnés avec sursis. Cela démontre l’impunité quasi totale des forces de l’ordre.

La torture est massivement infligée aux détenus ukrainiens. La prison SIZO-2 de Taganrog est l’un des centres de détention les plus violents : famine, passages à tabac, quasi-noyades, décharges électriques (y compris sur les parties génitales), humiliations sexualisées, viols.

“Terrorisme et extrémisme”

Les autorités russes détournent les accusations de « terrorisme » pour criminaliser tout soutien à l’Ukraine. En juin 2025, Nadin Gueisler, qui fournissait de l’aide humanitaire à des civils ukrainiens, a été condamnée à 22 ans de prison pour « trahison » et « terrorisme ».

Le ciblage des enfants pour « terrorisme » et « extrémisme » reste profondément alarmant. Plus de 150 mineurs âgés de 14 à 17 ans ont été inscrits sur la liste des « extrémistes » et « terroristes ». Des cas ont également été signalés où des enfants ont été accusés de « trahison » et soumis à la torture pour obtenir des aveux.

Armé et Mobilisation

Depuis le début de l’invasion à grande échelle, la Russie utilise activement les prisonniers comme « ressource » pour le front. Désormais la loi permet d’annuler les peines des condamnés s’ils s’engagent dans l’armée. Environ 200 000 détenus ont été enrôlés et la police est payée pour chaque engagement.

En juillet 2025, 80 prisons sur 900 ont été fermées — le système pénitentiaire est littéralement vidé en raison du recrutement massif.

Le ministère de la Défense recrute intensivement des étrangers, dont des victimes de trafic humain en provenance du Népal et du Sri Lanka, en les forçant sous la torture et les menaces à signer des contrats militaires. 80 000 nouveaux détenteurs de la nationalité russe, principalement originaires d’Asie centrale, ont également été obligés de s’enrôler. 

Des conscrits russes sont contraints, par la torture et la tromperie, à signer des contrats les envoyant au front. Dans au moins un cas, une personne a été abattue pour avoir refusé de signer.

La Croix-Rouge a enregistré 110 000 cas de soldats russes portés disparus, et plus de 50 000 cas de désertion ont été signalés depuis le début de la guerre à grande échelle. La désertion est devenue l’une des principales voies pour celles et ceux qui cherchent à éviter de participer à la guerre.

Groupes vulnérables

L’expansion de l’idéologie nationaliste soutenue par l’État a banalisé les discriminations et les violences fondées sur l’identité, notamment à l’encontre des femmes et des filles, des personnes LGBT+, des peuples autochtones, des minorités ethniques et des migrant·e·s.

Depuis 2022, le nombre de cas de violences domestiques impliquant des militaires a presque doublé. Des violeurs et meurtriers, revenus du front, tuent leurs épouses, violent des enfants. Selon des enquêtes journalistiques, des vétérans de guerre en Russie ont commis des crimes contre des civils, entraînant plus de 750 morts ou blessés.

En 2025, les autorités ont adopté une nouvelle loi contre la « propagande childfree », interdisant toute discussion en publique sur la contraception et l’avortement.

Depuis la qualification du « mouvement LGBT international » comme « extrémiste », la répression étatique s’est intensifiée : 

  • Fermeture d’organisations et initiatives LGBT
  • Descentes contre des lieux fréquentés par des personnes queer, entraînant des arrestations et des convocations pour la mobilisation militaire
  • 221 affaires ont été ouvertes pour « propagande LGBT », y compris pour l’affichage de symboles comme le drapeau arc-en-ciel

Les répressions en Russie ne sont pas de simples abus, mais constituent une politique d’État délibérée. Les autorités ignorent volontairement les obligations internationales en matière de droits humains. Le niveau de contrôle idéologique est désormais comparable à celui de la fin de l’ère soviétique, mais les méthodes sont beaucoup plus sévères.

Le rapport souligne que la répression traverse aujourd’hui toutes les sphères de la vie en Russie. Dans le domaine culturel, les réalisatrices Evgenia Berkovich et Svetlana Petriichuk ont été condamnées à de réelles peines de prison pour « terrorisme » en lien avec des productions théâtrales.

Dans le domaine éducatif, les livres de Svetlana Alexievitch ont été retirés du programme scolaire et le Musée de l’histoire du Goulag a été fermé, tandis que la pression s’intensifie sur les enseignants et étudiants : ainsi, l’enseignante Natalia Taranushenko a été condamnée à 7 ans de prison pour avoir évoqué devant ses élèves les massacres de Boutcha.

Un chapitre distinct du rapport décrit le climat psychologique où la peur, l’autocensure et l’épuisement deviennent une composante quotidienne. En Tchétchénie, on observe un climat de peur profondément enraciné, marqué par la torture et les exécutions extrajudiciaires.

Enfin, le rapport met en lumière le rôle essentiel de la société civile en exil : même hors de Russie, les activistes poursuivent leur travail, maintiennent le lien avec la population et résistent à l’isolement. En 2025, six organisations créées par des Russes à l’étranger ont été déclarées « indésirables », y compris l’Institut Andreï Sakharov et le mouvement « Paix. Progrès. Droits humains » en France. Des défenseurs des droits humains, tels que Sergey Lukashevsky (ancien directeur du Centre Sakharov) et Sergey Davidis, ont été condamnés par contumace pour avoir poursuivi leur activité depuis l’étranger.

Ce rapport constitue un outil de pression internationale essentiel : il documente les violations et offre aux victimes ainsi qu’à la société russe une reconnaissance — le monde voit ce qui se passe.

L’ONU a reconnu l’évidence : en Russie, une véritable machine d’État de répression a été mise en place. Pourtant, le rapport rappelle avec force que la société civile est vivante et qu’elle doit être soutenue.

Chaque publication, chaque action, chaque diffusion de la vérité devient alors un acte de résistance.

Source photo : AFP

Les Russes sous une chape de plombe. De nouvelles lois de censure sont entrées en vigueur en Russie.

À partir du 1er septembre – plus de 750 nouvelles lois et actes entrent en vigueur.

Dès la rentrée, la Russie connaîtra une vague sans précédent de changements législatifs. Plus de 750 nouvelles dispositions seront mises en place, touchant presque tous les domaines de la vie quotidienne : l’internet, les médias, l’éducation et même la communication personnelle.

L’objectif principal : limiter encore davantage l’accès des citoyens aux sources d’information alternatives et renforcer le contrôle de l’État sur la société.

Amendes pour « extrémisme » – même pour une recherche

Désormais, la sanction ne s’applique pas seulement à la publication, mais aussi au simple fait de rechercher une « information extrémiste ». Les formulations sont floues : ce sont les autorités qui décideront s’il y avait « intention ». Cela rend toute recherche en ligne potentiellement dangereuse.

Loi fédérale n° 281-FZ du 31 juillet 2025 :

  • Amendes jusqu’à ≈50 € pour « recherche intentionnelle » sur Internet
  • Renforcement des sanctions pour la publicité de services VPN

Contrôle total des communications

  • Installation obligatoire de RuStore (équivalent de Google Play) et du messanger d’État Max sur tous les appareils
  • Amende de ≈ 2 000 € pour la transmission d’une carte SIM à une autre personne
  • Amende de ≈ 5 000 € pour l’organisation d’un VPN (qui permet d’accéder aux réseaux sociaux et sites censurés par le Kremlin)

Ces mesures suppriment l’anonymat en ligne et exposent les échanges privés, donnant aux autorités un accès illimité aux communications des citoyens.

Renforcement de la propagande

Parallèlement au durcissement de la censure et à la restriction de l’accès à l’information libre, le Kremlin renforce sa propagande — dans les médias, mais aussi dans la culture et l’éducation. Depuis le 1er septembre, les « conversations sur l’essentiel », qui inculquent aux enfants la propagande de la guerre et du régime de Poutine, sont devenues obligatoires même dans les jardins d’enfants — dès l’âge de trois ans.

Nouvelles interdictions pour les “agents étrangers”

Les ONG et les particuliers ayant le statut « d’agent étranger » ne peuvent plus mener d’activités éducatives ou de sensibilisation. Cela prive la société d’une source essentielle d´apprentissages indépendants et d’idées alternatives.

Loi fédérale n° 72-FZ du 7 avril 2025 :

  • Interdiction des activités éducatives des « agents étrangers »
  • Interdiction de la publicité sur les ressources « indésirables » et « extrémistes » (désignations largement utilisées par le Kremlin contre les organisations de la société civile).

Résultat : encore plus d’isolement. Toutes ces nouvelles lois visent à restreindre la liberté de choix et d’information, et à donner à l’État un contrôle total sur ce que les gens lisent, regardent et discutent.

Que peut-on faire ?

Il est possible de soutenir les médias indépendants travaillant depuis l’étranger, car leur rôle reste essentiel pour garantir aux citoyens russes un accès à une information libre et pluraliste. On peut également contribuer à la diffusion d’informations issues de sources indépendantes du Kremlin, afin de briser l’isolement informationnel et de permettre aux gens de comparer les faits par eux-mêmes.

Aujourd’hui, les médias indépendants demeurent l’un des rares canaux permettant aux Russes d’accéder à une information objective, et leur survie dépend directement de la solidarité et du soutien de ceux qui croient en la liberté d’expression.

Forum Russie-Libertés : Les sociétés face à la guerre

Samedi 11 octobre 2025, de 10h à 19h30. Mairie du 11ème arrondissement de Paris.

Comme chaque année, le Forum organisé par l’association française Russie-Libertés réunit et favorise les échanges entre les personnalités politiques et publiques françaises et européennes et les représentants des forces démocratiques et de la société civile de Russie.

Cette année, le Forum se concentrera sur trois aspects principaux. D’une part, nous analyserons l’état actuel de la société russe et l’impact de sa militarisation et de la propagande. D’autre part, le Forum servira de plateforme pour réfléchir aux voies possibles de fin de la guerre en Ukraine, de rétablissement de la paix sur le continent européen et de l’avenir d’une Russie libre. Enfin, les experts échangeront sur les moyens de percer la bulle de la désinformation dans la société russe.

PROGRAMME

10h00-12h00

Ouverture du Forum

· La résistance par la musique : Rencontre avec la chanteuse Monetochka
· Ouverture musicale

12h30-14h00

 Table ronde 1 : Militarisation et Société – Les Russes sous Poutine

Cette table ronde explorera l’état actuel de la société russe et l’impact de sa militarisation. Les discussions incluront la violence engendrée par le retour des hommes du front, les répressions, ainsi que les conséquences de la guerre sur les différentes régions de Russie. De plus, cette table ronde analysera le sentiment et le réel soutien à Poutine dans la société russe, en évaluant les difficultés de mobilisation dans l’armée et la capacité de Poutine à maintenir et augmenter son soutien militaire au sein de la population, ainsi que l’existence d’un potentiel de contestation. 

Intervenants confirmés : Sergey Krivenko (directeur de Citoyen. Armée. Loi. et Membre du conseil de Mémorial International), Ksenia Fadeeva (ancienne prisonnière politique et membre de l’équipe Navalny), Arnold Khatchaturov (journaliste et sociologue, rédacteur en chef adjoint – Novaya Gazeta Europe), Andreï Pertsev (journaliste, chroniqueur politique à Meduza, contributeur régulier de Carnegie et de Ridl), Farida R. (journaliste politique, fondatrice du média Faridaily).

Modération : Elsa Vidal, journaliste et écrivain française, spécialiste de la Russie, éditorialiste chez BFMTV

14h20-15h50

Table Ronde 2 : Justice et voie vers la Paix – Les conditions de l’acceptable

Cette table ronde vise à définir les contours d’une paix acceptable pour les Ukrainiens, fondée sur la justice, la sécurité et la reconnaissance des droits fondamentaux.
La discussion portera sur les conditions nécessaires à la fin de la guerre en Ukraine : les mécanismes juridiques et politiques permettant de traduire en justice les responsables du régime russe pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité ; les efforts internationaux pour la libération de tous les otages civils et militaires détenus par le Kremlin ; l’efficacité des régimes de sanctions en place et les perspectives de leur renforcement ; et enfin, les conditions d’une paix juste et durable.

Intervenants confirmés : Sergey Golubok (docteur en droit international et consultant indépendant en affaires juridiques), Jeanne Sulzer (avocate au barreau de Paris, conseillère auprès de la CPI et responsable de la commission justice d’Amnesty), Oleksandra Romantsova (directrice exécutive du Centre des Libertés Civiles – Ukraine), Florence Hartmann (porte-parole et conseillère du procureur des Tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, membre du conseil d’administration de l’association “Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre!”), Pitt Sietzen (policy officer au Service européen pour l’action extérieure de l’Union Européenne)

Modération : Ekaterina Oleinikova, avocate, membre du conseil consultatif de l’association Russie-Libertés

16h10-16h20

Intervention introductive

Brice Roquefeuil, Directeur de l’Europe continentale, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

16h20-17h50

Table ronde 3 : Propagande et guerre : Comment percer la bulle de la désinformation dans la société russe 


La quasi-totalité des médias russes sont sous contrôle du Kremlin et la propagande est partout. Les médias indépendants sont en exil et tentent d’atteindre leurs publics par les réseaux sociaux qui sont de plus en plus difficilement accessibles depuis la Russie. Dans ce contexte, quels sont les meilleurs moyens pour tenter d’arriver à l’oreille des Russes et comment y parvenir?

Intervenants confirmés : Elena Kostuchenko (journaliste indépendante – Novaya Gazeta, Meduza), Jim Philipoff (directeur du projet Svoboda satellite de RSF), Sarkis Darbinyan (cofondateur et directeur juridique de RosKomSvoboda), Semen Kotchkine (activiste et journaliste régional de la Tchouvachie), Pavel Kanyguine (rédacteur en chef du média Prodolzheniye Sleduyet – To Be Continued).

Modérateur : Sergey Parkhomenko, éditeur et journaliste russe, cofondateur du prix Redkollegia

17h50-18h20

Présentation : L’expertise des médias indépendants russes en France – l’exemple de Novaya Gazeta Europe et The Bell Pro

Intervenants confirmés : Arnold Khatchaturov (journaliste et sociologue, rédacteur en chef adjoint – Novaya Gazeta Europe) et Petr Mironenko (cofondateur et rédacteur en chef adjoint – The Bell)
Modération : Olga Prokopieva, directrice de Russie-Libertés

18h40-18h50

Mot d’accueil

François Vauglin, Maire du 11ème arrondissement de Paris

18h50-19h20

Keynote speaker

Yulia Navalnaya, femme politique russe et épouse du défunt Alexeï Navalny

19h20-19h30

Mot de clôture

Benjamin Haddad, ancien ministre chargé de l’Europe, Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères

Le Forum se tiendra en langues russe et française.

Nous remercions les partenaires et soutiens du Forum : Mairie de Paris, Institut Français, Amnesty International France, le Gouvernement du Canada, Reporters Sans Frontières, “Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre!, la Plateforme des initiatives civiques et anti-guerre et l’Espace Libertés | Reforum Space Paris.

Alaska 2025

 L’Alaska 2025 ne doit pas devenir Munich 1938, ni Yalta 1945 / Alaska 2025 must not become Munich 1938, nor Yalta 1945

We publish an open letter in Le Monde to urge the leaders of Europe and the world ahead of the upcoming meeting between Trump and Putin.

The appeal is signed by leading human rights defenders, civil society representatives, and intellectuals from Europe, Russia, Ukraine, and around the world. 

FR

Aux dirigeant·es de l’Europe et du monde,

Nous, représentant·es de la société civile mondiale, réfugié·es politiques, militant·es démocratiques et défenseur·ses de la paix et des droits humains, vous adressons ce message avec une profonde inquiétude.

Nous observons avec une grande appréhension la rencontre prévue à la fin de cette semaine en Alaska entre le président américain Donald Trump et Vladimir Poutine. Nous craignons que cet entretien n’aboutisse à un accord tactique de court terme susceptible de causer des dommages irréparables à l’Ukraine, à l’Europe et à la sécurité internationale. L’Alaska 2025 ne doit pas devenir Munich 1938, ni Yalta 1945 !

Nos inquiétudes portent notamment sur la possibilité qu’un accord vienne légitimer l’occupation illégale par la Russie de territoires ukrainiens et la recomposition par la force des frontières établies en 1991. Nous redoutons également un assouplissement, voire une levée des sanctions contre le régime de Poutine, permettant son retour dans des enceintes internationales comme le G7, ainsi que sa participation à des événements sportifs et culturels — ce qui ne ferait que légitimer sa dictature. Nous redoutons également que l’Ukraine subisse des pressions sans précédent pour l’obliger à accepter un accord imposé et profondément injuste, accompagné d’une offensive diplomatique mondiale de Poutine visant à en justifier et à en promouvoir les conditions.

Nous exhortons les dirigeant·es des nations européennes et de la communauté internationale à veiller à ce qu’aucun accord ne soit conclu sans la participation et le consentement directs de l’Ukraine et de l’Europe. Il est crucial de ne reconnaître ni soutenir aucune décision qui aboutirait à légitimer une occupation illégale issue d’une agression brutale de la part du régime de Poutine. Les sanctions contre ce régime doivent être maintenues et renforcées jusqu’à la cessation complète de l’agression, la libération des territoires occupés, la libération de tous les prisonniers politiques ainsi que des civils et militaires ukrainiens captifs, et la traduction en justice des responsables. Il faut également empêcher le retour de la Russie dans les organisations et événements internationaux tant qu’elle n’aura pas respecté ses obligations en vertu du droit international.

Nous proposons la mise en place d’un Bouclier européen pour la démocratie, doté des moyens nécessaires pour protéger les valeurs et institutions démocratiques sur l’ensemble du continent. Il est également essentiel de renforcer la coopération européenne en matière de défense pour garantir la sécurité collective et dissuader tout agresseur potentiel. Un renforcement de la solidarité internationale au sein de la « Coalition des volontaires » est indispensable pour soutenir les pays qui résistent à l’autoritarisme et à l’agression. Nous appelons particulièrement le Brésil, l’Inde, la Chine, l’Australie et le Canada à s’abstenir de soutenir l’accord d’Alaska, à défendre le droit et la justice internationaux et à œuvrer à une paix juste.

Tout « accord » fondé sur des concessions injustes faites à un agresseur ne peut pas apporter une paix durable. Il ne fera que perpétuer l’impunité et instaurer un dangereux précédent pour le monde, menaçant nos intérêts et notre sécurité communs.

Nous vous appelons à faire preuve de fermeté et de principes. Seule une position unie et intransigeante de la communauté internationale en défense du droit et de la justice peut stopper l’escalade et poursuivre la lutte pour la paix et la justice.

ENG

To the leaders of Europe and the World,

We, representatives of global civil society, political refugees, democratic activists, and advocates for peace and human rights, address you with urgent concern.

With deep apprehension, we observe the upcoming meeting between U.S. President Donald Trump and Vladimir Putin, scheduled for the end of this week in Alaska. We fear that this meeting could result in a tactical short term agreement that may cause irreparable damage to Ukraine, Europe and international security. Alaska 2025 must not become Munich 1938, nor Yalta 1945 !

Our concerns include the possibility of concluding a deal that would legitimize Russia’s illegal occupation of Ukrainian territories and recomposition of 1991 borders by force. We are also worried about the potential easing or lifting of sanctions against Putin’s regime, allowing its return to international forums such as the G7, and participation in sports and cultural events, which would only serve to legitimize Putin’s dictatorship. Additionally, we fear unprecedented pressure on Ukraine to force it into acceptance of an imposed and unfair agreement, and Putin’s international campaign to support this disgraceful deal.

We urge you, the leaders of European nations and the global community, to ensure that no agreements are made without the direct participation and consent of Ukraine and Europe. It is crucial not to recognize or support any decisions that could bring to the legitimization of illegal occupation following a brutal aggression by Putin’s regime. We must maintain and strengthen sanctions against the Russian regime until there is a complete cessation of aggression, liberation of occupied territories, release of all political prisoners and Ukrainian civilian and military captives, and those responsible are brought to justice. Furthermore, we must prevent Russia’s return to international organizations and events until it fulfills its obligations under international law.

We propose establishing a strong European Democracy Shield with capacities to protect democratic values and institutions across Europe. Strengthening European defense cooperation is also essential to ensure collective security and deter potential aggressors. Increasing international solidarity with the Coalition of the Willing will support nations resisting authoritarianism and aggression. We particularly call upon Brazil, India, China, Australia and Canada to refrain from supporting the Alaska deal and to uphold international law and justice, and build a fair peace. 

Any « deal » built on unfair concessions to the aggressor will not bring lasting peace. It will only perpetuate impunity and set a dangerous precedent for the world, threatening our common global interests and security. 

We call on you to demonstrate firmness and principle. Only a united and uncompromising stance by the global community in defense of international law and justice can halt further escalation and continue the struggle for peace and justice.

Open letter signed by

  • Olga Kokorina, Espace Libertés / Reforum Space Paris, Director, France
  • Olga Prokopieva, Russie-Libertés, Director, France
  • Oleg Orlov, Co-Chair of Human Rights Defense Center Memorial, former political prisoner
  • Sergei Davidis, Co-Chair of HRDC Memorial, Head of « Political Prisoners Support. Memorial » Human Rights Project
  • Natalia Morozova, Co-Chair of Human Rights Defense Center Memorial
  • Alexander Cherkasov, Member of the Council of the Human Rights Defense Center Memorial
  • Yevgeniy Zakharov, director of the Kharkiv Human Rights Protection Group, Ukraine
  • Oleh Tsvilyi, Protection for Prisoners of Ukraine, Director, Ukraine
  • Hugues de Suremain, défenseur des droits humains, directeur juridique du European Prison Litigation Network, France
  • Alexey Nesterenko, La Asociación de Rusos Libres, President, Spain
  • Oleg Mikhajlov, Future Russia, Executive Board Member, Switzerland
  • Vera Ammer, Memorial Deutschland, Germany
  • Natalia Arno, President, Free Russia Foundation, USA
  • Anne Le Huerou, Paris Nanterre University, France
  • Nata Lyubavskaya, Help for Political Prisoners, Founder 
  • Ksenia Maximova, Russian Democratic Society, Founder, UK
  • Yuri Dzhibladze, Freedom Files, Deputy Chair of the Board, Poland
  • Antiwar Serbia Community
  • Svetlana Lana KOSHKAREVA, Nuremberg Trials 2.0, Director, Canada
  • Olga Babina, Russian Canadian Democratic Alliance, Co-founder
  • Viktoriia Kokareva, Russi Contro La Guerra, Italia
  • Eleonora Mongelli, FIDU – Italian Federation for Human Rights, Vice-chairman
  • Antonio Stango, FIDU, President
  • Florian Irminger, President, Progress & Change Action Lab, Switzerland
  • Lev Ponomarev, Institut  Andrei Sakharov, Président, France
  • Sergey Krivenko, Director of the Human rights group « Citizen. Army. Low », Russia
  • Andrea Gullotta, Memorial Italy, Vice-president and Associate Professor at the University of Palermo
  • Irina Shcherbakova, Board member of the International « Memorial » Association
  • Ekaterina Margolis, Artist
  • Inna Berezkina, Head of programmes, School of Civic Education, Lithuania
  • Michel Eltchaninoff, Editor-in-Chief of Philosophie magazine, and specialist in the history of Russian thought
  • Victoria Ivleva, journalist, photographer
  • Mikhail Lotman, Professor emeritus Tallinn University and visiting professor University of Tartu
  • Mikhail Shishkin, writer
  • Jonathan Littell, writer
  • Andrey Kurkov, writer
  • Ludmila Ulitskaya, writer
  • Elena Kostioukovitch, writer
  • Jan Balbierz, Jagiellonian University
  • Maksim Reznik, European Petersbourg movement and Russian Antiwar committee 
  • Anastasia Shevchenko, Russian Antiwar committee
  • Yuriy Nikitine, Freies Russland NRW, President, Germany
  • Tatiana Yankelevich Bonner, Center Associate & Director of Andrei Sakharov Program on Human Rights (2004-2009) at Davis Center for Russian and Eurasian Studies, Harvard University
  • Rev. Valerian Dunin-Barkovskiy, Friede Allen e. V. (“Peace to all”), Head of Board
  • Vadim Prokhorov, lawyer, Centre de la Protection Internationale, Strasbourg
  • Irina Vesikko, Democratic community of Russian speakers in Finland, Founder and Chairperson
  • Arndt Freytag von Loringhoven, Diplomat, Germany

RÉSULTATS DU FESTIVAL QUEER RUSSE À PARIS « LA RÉSISTANCE »

Du 25 au 27 juin 2025, plus de 500 personnes — artistes, militant·es, exilé·es et allié·es — se sont rassemblées à Paris pour la première édition du Queer Festival Russe. Organisé par l’Espace Libertés I Reforum Space Paris, Russie-Libertés et le Centre T, avec le soutien de la Mairie du 11ᵉ arrondissement, de l’Hôtel de Ville de Paris et d’Inter-LGBT, l’événement a proposé trois jours de performances, expositions, projections et discussions autour des réalités LGBTQIA+ en Russie, en exil et dans d’autres contextes autoritaires. Plus de 120 œuvres d’art ont été présentées sous le signe de la résistance, et quatre tables rondes ont permis d’approfondir les enjeux contemporains du militantisme queer, tout en créant un espace d’échange et de solidarité transnationale.

Le 25 juin, le festival s’est ouvert avec Coming In / Coming Out, une performance poignante de la drag-queen Lola Camomilla, qui a incarné, sur le parvis de la Mairie du 11ᵉ, les blessures identitaires des personnes queer russes en exil. Entre cri politique et vulnérabilité intime, cette œuvre a posé le ton du festival : une exploration des fractures entre répression en Russie et exil en Europe.

La cérémonie d’ouverture s’est poursuivie avec des prises de parole engagées des organisateur·ices, rappelant que « nos droits ne sont jamais définitivement acquis » et soulignant l’urgence de créer des espaces de mémoire et de résistance. François Vauglin, maire du 11ᵉ arrondissement, a exprimé son soutien aux personnes persécutées et réaffirmé l’engagement de Paris en faveur d’un accueil digne.

Table ronde d’ouverture – Que signifie vivre en Russie en 2025 ?

La première discussion du Queer Festival Russe a réuni Evi Chayka (EQUAL PostOst), Darya Yakovleva (Feminitive) et Georgy Kalakutskii (Vykhod) autour d’un état des lieux alarmant de la situation LGBTQIA+ et féministe en Russie.

Depuis 2013, la répression s’intensifie : lois anti-LGBT+, interdiction du changement de genre, criminalisation des mouvements queer. La désignation du « mouvement LGBT international » comme entité extrémiste a entraîné des poursuites judiciaires, des censures, et des formes d’exclusion extrême. Mais face à cette violence, les acteur·ices continuent à agir : consultations en ligne, documentation des violations, réseaux de solidarité.

Les intervenant·es ont souligné l’importance de maintenir des liens entre les personnes restées en Russie et celles exilées, malgré les difficultés. Créer des espaces d’écoute, de coopération et de résistance reste possible.

Présentation du projet “Sous interdiction” – Centre T

Le Centre T, partenaire et coorganisateur du festival, a présenté Sous interdiction, une brochure rassemblant des témoignages de personnes trans en Russie. Le projet met en lumière l’impact direct de l’interdiction du parcours de transition : impossibilité d’accéder aux soins, précarité, discriminations systémiques.

Certain·es vivent en stealth avec la peur constante d’être outé·es ; d’autres subissent des refus de soins, de travail, ou même de services essentiels. L’exclusion s’intensifie, mais des formes de soutien existent : entraide locale, figures trans visibles, shelters. Le Centre T rappelle qu’un petit geste de solidarité peut déjà sauver des vies.

La deuxième journée du festival a exploré les résistances queer en Russie et dans d’autres régimes autoritaires. Animée par Pasha Andreev (Quarteera), la discussion a réuni Masha Latsinskaya (LesbiySkoye Lobby), David (Centre T) et Vika Privalova (FAS).

Dès le début, une question posée au public, « Qui a déjà renoncé à s’exprimer ouvertement en tant que personne queer ? », a illustré l’ampleur de l’autocensure. Pour Masha, la solidarité entre pairs est la première forme de résistance. Vika a rappelé que « parfois, résister, c’est juste survivre ». David a parlé de la création de structures parallèles en exil.

Les intervenant·es ont aussi souligné l’importance de la sécurité numérique, de la circulation des savoirs et de la solidarité transnationale. Enfin, ils ont appelé à des gestes simples mais essentiels : s’abonner, donner, relayer, parler.

La journée s’est poursuivie avec un atelier de Sasha Kazantceva, éducatrice LGBTQ+ et activiste médiatique basée en Lituanie, et une performance de Boginia.

Performance immersive Fils d’identité par Boginya

Présentée lors de la deuxième journée du festival, la performance immersive de BoginyaFils d’identité, a marqué les esprits. Munis d’écouteurs, les spectateur·ices suivaient l’artiste dans un parcours intime, guidé·es par une voix douce qui livrait un récit à la fois personnel et politique.

Par son langage corporel précis et une présence intense, Boginya a incarné les réalités de l’effacement, du contrôle, mais aussi la force de la dignité queer. Ce moment a suspendu le temps. Le silence du public, les regards figés, les larmes de certain·es : tout témoignait de l’impact profond de cette œuvre, qui restera comme un geste artistique et politique d’une rare intensité.

Table ronde internationale : résistances LGBTQIA+ en Iran, en Turquie et dans la communauté ouïghoure

Cette table ronde a ouvert un espace rare de dialogue entre militant·es LGBTQIA+ confronté·es à des régimes autoritaires. Les intervenant·es ont partagé des réalités marquées par la violence d’État, la censure et l’invisibilisation.

En Iran, les femmes trans et queer font face à des violences systémiques : contrôle social, agressions sexuelles, réassignations médicales forcées. En Turquie, la répression s’intensifie avec une propagande d’État ciblant les identités non conformes. Quant aux personnes LGBTQIA+ ouïghoures, leur existence même est niée : les données manquent, la répression est totale, et le risque d’outing dans les camps de « rééducation » est vital.

Malgré tout, les intervenant·es ont souligné le rôle crucial de la solidarité internationale et des réseaux transfrontaliers pour faire circuler les récits, documenter les violences et bâtir des résistances collectives.

Clôture musicale festive

La deuxième journée du festival s’est terminée par un concert festif réunissant quatre artistes queer aux univers puissants. Igor Levchenko, musicien ukrainien et ex-prisonnier politique, a bouleversé le public avec ses ballades indie-pop marquées par l’exil. HRISTÏN a livré un set électro-pop poétique sur le désir et l’amour queer. Kamilla Crazy White a enflammé la scène avec une performance drag satirique et glamour, avant que Miss Tizzy ne clôture la soirée dans une ambiance radicale mêlant horreur et burlesque.

La dernière journée du Queer Festival Russe s’est déroulée à l’Auditorium de l’Hôtel de Ville de Paris, consacrée aux récits d’exil, de reconstruction et de solidarité.

La matinée a débuté avec une sélection de courts-métrages, dont celui de Lüba, artiste et activiste, qui a présenté un film autobiographique émouvant. À travers une narration intime, elle y évoque la vulnérabilité queer, la peur, mais aussi la douceur, la solidarité invisible et la force de l’amour dans le contexte de l’exil.

Un moment fort de la journée : la prise de parole de Mikhail Lobanov, figure de l’opposition de gauche russe, universitaire et militant. Sa solidarité avec les activistes queer, qu’ils soient en Russie ou en exil, a été saluée avec émotion.

Table ronde:  “La vie en exil.”

La table ronde forte et incarnée. Animée par Olga Kokorina (Russie-Libertés / Espace Libertés), la discussion a réuni Polya, artiste queer et décoloniale d’origine bouriate et tchouvache installée en Pologne, Sasha Kazantceva, éducatrice LGBTQ+ et activiste, et Anatoly Fedorov, chimiste exilé accueilli en France.

Anatoly Fedorov, Sasha Kazantceva, Polya

Les intervenant·es ont partagé leurs expériences de la migration forcée : perte de repères, reconstruction, accès aux droits, recherche de sécurité. Pour Polya, l’exil est aussi une déconnexion violente d’un territoire colonisé, qui oblige à repenser l’identité et la transmission. Sasha a parlé des réseaux de solidarité queer à distance, comme formes de soin. Anatoly a évoqué les difficultés à se reconstruire dans des institutions où les réalités LGBTQIA+ sont souvent invisibilisées.

Tous·tes ont insisté sur la nécessité de préserver un espace intérieur à soi, de se soutenir mutuellement, et de transmettre aux générations futures les récits de résistance.

La discussion a été suivie d’une séquence de prises de parole officielles, introduite par un message vidéo de Jean-Luc Romero-Michel, adjoint à la Maire de Paris, envoyé depuis Budapest. Jean-Marc Berthon, Ambassadeur pour les droits LGBTQIA+, a rappelé l’engagement de la France en faveur des personnes persécutées. Benoît Cascade, directeur de la Fondation Le Refuge, a souligné l’importance d’un accueil spécifique pour les personnes LGBTQ+ exilées. Jérôme Gleizes, élu parisien écologiste, a conclu par un message politique fort, réaffirmant l’importance d’un engagement à long terme pour l’égalité.

Soutien à l’exil queer : quatre initiatives engagées

Lors de la clôture du festival, quatre initiatives ont présenté leur soutien aux personnes LGBTQIA+ exilées, notamment venues de Russie.

Matvei (CaVa) accompagne les exilé·es russophones en France dans leurs démarches administratives et sociales, créant un lien de confiance essentiel; Yan Dvorkin (Centre T) a expliqué que, contraint à la fermeture en Russie, le centre a ouvert un refuge en Arménie pour les personnes trans en danger et organise des évacuations d’urgence; Evi Chaika (EQUAL PostOst) finance jusqu’à deux semaines de logement d’urgence pour les demandeur·euses d’asile LGBTQIA+ en Europe, un délai crucial avant la prise en charge par les dispositifs publics; Olga Kokorina (Russie-Libertés / Espace Libertés) a présenté un centre à Paris offrant accompagnement juridique, psychologique, cours de français et espaces pour artistes exilé·es.

Queendom

La projection du documentaire Queendom d’Agnia Galdanova, sur la performeuse queer Gena Marvin, a clôturé le festival. Ce portrait intime et radical suit le parcours de Gena, qui fait de son corps et de l’espace public un manifeste vivant. À la fin du film, Gena Marvin est apparue dans la salle, accueillie par une standing ovation, offrant un moment de rencontre puissant entre artiste, œuvre et public.

Gena Marvin

La soirée s’est terminée autour d’un buffet partagé, avec des échanges chaleureux et la signature collective de l’affiche du festival, symbole de trois jours d’intensité, de lutte et d’espoir.

Le Queer Festival Russe à Paris 2025 n’aurait pas été possible sans l’engagement et le soutien précieux de nos partenaires institutionnels et associatifs. Nous remercions chaleureusement la Ville de Paris, l’Ambassadeur aux droits LGBTQIA+, la Fondation Le Refuge, ainsi qu’Inter-LGBT, dont l’appui a été essentiel pour faire de cet événement un espace de dialogue, de création et de solidarité.

Une image contenant habits, personnes, groupe, chaussures

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Nous exprimons également notre profonde gratitude aux artistes, activistes, bénévoles et participant·es qui ont rendu ce festival vivant, puissant et porteur d’espoir.

Alors que nous tournons la page de cette première édition, nous restons déterminé·es à poursuivre ce travail de résistance et de visibilité, en construisant ensemble des ponts entre les communautés queer exilées et celles qui les soutiennent en France et ailleurs.

Rendez-vous l’année prochaine pour continuer à faire vivre ces voix dissidentes, leurs luttes et leurs rêves !

« Pas de retour vers la répression : Protéger les militants anti-guerre et LGBTQI russes en Europe » Table-ronde du 3 juin 2025 au Parlement Européen

“Construisons des ponts, pas des murs !”, Kevin Lick, ancien prisonnier politique russe.


Le 3 juin 2025, le Parlement européen à Bruxelles a accueilli une discussion cruciale sur les défis auxquels sont confrontés les Russes anti-guerre et les personnes LGBTQI fuyant les persécutions politiques et la guerre. Initiée par les députés européens Sergey Lagodinsky et Andrei Kovatchev, ainsi que par l’ancien prisonnier politique Ilya Yashine, l’événement a mis en lumière les difficultés rencontrées par les demandeurs d’asile russes dans l’UE.

Des rapports ont été présentés par Ilya Nuzov, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale à la Fédération internationale pour les droits humains, sur les répressions en Russie, estimant qu’entre 3 000 et 5 200 personnes sont privées de liberté pour des raisons politiques. Olga Prokopieva, directrice de Russie-Libertés, a expliqué les difficultés rencontrées par les militants anti-guerre et LGBTQI russes cherchant une protection internationale dans l’UE. Sara Prestianni, directrice du plaidoyer à Euromed Rights, a souligné les dangers de la réforme du Pacte pour la migration et l’asile, exhortant les députés européens à prioriser la protection et l’intégration dans les politiques de l’UE.

Les intervenants ont souligné la nécessité pour l’UE de soutenir les réfugiés, notant que seulement 2 % des demandeurs d’asile dans l’UE sont russes. La discussion a appelé à une volonté politique unifiée pour aider les Russes anti-guerre, qui partagent les valeurs européennes et sont des alliés dans la lutte pour la démocratie et les droits humains.

Problèmes spécifiques rencontrés par les ressortissants russes fuyant les répressions pour motifs politiques : 

  • Fermeture des frontières : Certains pays comme la Finlande et les États baltes ont presque complètement fermé leurs frontières aux Russes, ce qui est contraire à la Charte des droits fondamentaux de l’UE.
  • Conditions de détention : Les conditions de détention, particulièrement pour les personnes LGBTQI+, sont inadéquates et exacerbent leur vulnérabilité.
  • Situation en Croatie : La Croatie est un des points d’entrée principal pour les Russes fuyant les répressions (notamment pour ceux qui ne correspondent pas aux critères des visas humanitaires), mais elle rejette systématiquement les demandes d’asile. En 2023, seulement 23 des 8 507 demandeurs d’asile russes ont été acceptés (moins de 1%).

Violations des droits humains en Croatie

  • Traitements inhumains : Placement dans des centres de détention pour migrants semblables à des prisons, interrogatoires forcés, et pressions psychologiques.
  • Renonciation forcée à l’asile : Les demandeurs sont forcés de signer des documents renonçant à leur demande d’asile sous la menace ou l’intimidation.
  • Manque de garanties procédurales : Les pratiques en Croatie sont incompatibles avec les normes internationales des droits humains et de la protection des réfugiés.

Problèmes avec le Règlement de Dublin

  • Transfert des demandeurs d’asile : Les demandeurs d’asile sont souvent transférés vers le premier pays de l’UE où ils ont été enregistrés, même si ce pays ne peut garantir leur sécurité et leur dignité.
  • Exception humanitaire : Chaque État membre peut décider de ne pas transférer les demandeurs d’asile sous le Règlement de Dublin pour des raisons humanitaires.
  • Certains pays (Pays Baltes, Croatie, Finlande) cultivent un sentiment de méfiance envers les Russes s’opposant à la guerre en Ukraine, ce qui biaise le jugement de leurs demandes d’asile, révélant une défaillance systémique des systèmes d’asile.
  • Il est crucial d’assouplir le Règlement de Dublin pour des cas spécifiques d’activistes russes, de déserteurs et de journalistes entrant par certains pays de l’UE comme la Croatie et les États baltes.

Déportations

  • Dangers des déportations : Les demandeurs d’asile qui s’opposent à la guerre et au régime russe sont souvent en danger de répression transnationale et deviennent des cibles faciles pour le Kremlin s’ils sont déportés en Russie ou vers des pays de l’Europe sympathisants avec le régime poutinien.
  • Pays dangereux : L’Arménie et le Kazakhstan, accessibles pour les Russes ne détenant pas de passeports internationaux, sont particulièrement dangereux pour les activistes politiques et les déserteurs russes.
  • Il est crucial de créer des mécanismes de protection légalement accessibles pour les objecteurs de conscience et les déserteurs de l’armée russe idéologiquement et publiquement opposés à la guerre en Ukraine.

Chiffres clés de 2023

  • Demandeurs d’asile : Sur un total de plus d’1 million de demandeurs d’asile dans l’UE, seulement environ 19 000 étaient russes (moins de 2%).
    Les déserteurs et objecteurs de conscience russes représentent seulement 0,6 % du nombre total de demandeurs d’asile dans l’UE.
  • Taux de protection : Le taux global de protection dans l’UE est de 52,78 %, mais pour les Russes, ce taux est beaucoup plus bas : 16,3 % (3 075 personnes) – 19 % en France, 6 % en Allemagne, 40 % en Espagne.

Il est important de ne pas perdre contact avec ceux qui s’opposent au régime, car ces personnes construiront la Russie de demain, une Russie qui ne menacera pas l’Europe et deviendra un jour un voisin démocratique et pacifique.

“Certains pays de l’UE expliquent leur politique vis-à-vis des ressortissants russes par la menace pour leur sécurité nationale. Mais si vous avez peur des provocateurs et des agents du Kremlin, renforcez les contrôles ! Mais ne fermez pas complètement les portes aux militants anti-guerre russes. Construire des murs est contre-productif, car cela aide Poutine à maintenir le peuple russe en otage, renforce l’armée russe et n’aide pas la résistance ukrainienne.”

Intervention d’Olga Prokopieva, directrice de Russie-Libertés (ENG) :

Dear Members of the European Parliament, thank you for the opportunity to address you today and for your interest in the Russian asylum seekers. I am the director of Russie-Libertés, an organization based in France that supports Russian civil society, Ukrainian resistance and all those forced to flee repression by the Kremlin. We are member of several networks of Russian anti-war movements all around the world and human rights organizations helping Russians to flee persecutions.

Firstly, I would like to thank the European countries that continue to grant refugee status to Russians as well as issue various types of visas. Your support is crucial for those fleeing repression and war.

However, systemic issues seem to exist in some EU countries regarding asylum procedures and the reception of refugees from Russia and could be considered as violations of the European human rights charter.

Today, there are three major categories of Russians applying for asylum: LGBTQI+ individuals, those fleeing the army and all the other kinds of political repression due to an anti war or anti regime position. Each of these categories faces specific obstacles and problems.

I would like to highlight several issues and points for improvement:

  • One of the major problems is that some countries, particularly those bordering Russia such as Finland and the Baltic states, have almost completely closed their borders to Russians. This approach is contrary to the principles of the EU Charter of Fundamental Rights, which prohibits any discrimination based on nationality. Beyond being contrary to EU values, this deliberate policy by these countries only increases migratory pressure on other EU countries. It also encourages illegal means of entry and subsistence for Russians in need of international protection. The number of applicants does not decrease, but control and pressure shift from one country to another. This opens the door to uncontrolled networks that also benefit Kremlin agents and spies.

So, it seems to me that it is in the EU’s interest to have controlled immigration and forbidden entrance to almost all Russians is definitely not a solution.

  • Then, many issues are reported on the Detention Conditions of Vulnerable Groups : indeed, There have been numerous reports of inadequate detention conditions particularly of LGBTQI+ people. These groups are often placed in environments that do not consider their specific needs, exacerbating their vulnerability and distress.

Transgender individuals are housed far from medical centers where they need hormonal therapy and in dormitories with other refugees whose culture may not be tolerant of transgender people. However, they do not have the possibility to hide their gender identity and face violence. Cases of suicide have even been reported. A 17-year-old transgender Russian woman died in April at a refugee camp in the Netherlands.

  • Then, I would like to draw attention to the particularly concerning situation in Croatia, which remains one of the primary entry points for Russians fleeing repressions. This is especially relevant for Russian conscientious objectors and deserters, who have very limited protection options in Europe compared to other asylum seekers.

Refusing to fight for an aggressor nation and not wanting to commit war crimes, they actively oppose this unjust war, putting their lives and those of their loved ones at risk. It is important do remind that in Russia, deserters face severe persecution, including up to 15 years in prison or being sent to torture camps before being deployed to the most dangerous front-line assault units. Already 50 000 criminal cases are opened on those who abandoned military units. 

Some of these men opposed ideologically to the war want to join safe EU countries but they don’t have the possibility to ask for humanitarian visas or other types of visas still existing for Russians. Croatia is one of the few legal entry points into the EU via the border with Bosnia.

However, Croatia systematically rejects asylum applications from Russian deserters. Out of 8,507 Russian asylum seekers in Croatia in 2023, only 23 were approved, an unprecedented and extremely low approval rate (less than 1%) compared to other EU countries (Data provided by inTransit; Source : https://asylumineurope.org/reports/country/croatia/statistics/). This forces many into illegal migration routes within the EU.

Deserters are often perceived not as legitimate asylum seekers but as potential criminals or hostile agents. 

The reported cases highlight that Croatia does not provide a safe environment for these individuals, violating fundamental principles of the Geneva Convention and the EU Charter of Fundamental Rights. During the processing of their cases, asylum seekers in Croatia are placed in prison-like detention centers with conditions described as worse than those in Russian prisons. The Croatian Security Service (SOA) blocks the examination of deserters’ applications, subjecting them to threats of forced deportation and pressures to abandon their asylum claims. 

Cases, such as those of Ruslan Abassov and Vladislav Arinichev, confirm systemic violations of asylum seekers’ rights. Both were recognized as political prisoners by the human rights organization « Memorial » and faced unjust threat of deportation and imprisonment despite their legitimate claims for protection.

The testimonies collected by our colleagues from the german organization inTransit reveal practices incompatible with international standards of human rights and refugee protection. Among these practices:

  • Inhumane and humiliating treatments: Detention in migratory prisons, forceful interrogations, and psychological pressure exerted by local authorities. 
  • Forced renunciation of asylum: in several cases, deserters were forced to sign documents renouncing their asylum application under threat or intimidation.
  • Lack of procedural guarantees.

This situation raises questions about Croatia’s compliance with its European and international obligations. 

When these men are unable to have protection in Croatia, they try to ask asylum in other EU countries but are transferred back to Croatia. Indeed, the Dublin Regulation allows the transfer of asylum seekers to the first EU country where they were registered.

If you can’t change Croatian policy regarding Russian asylum seekers at least, each member state with a more humane policy towards immigrants can freely decide to not transfer under Dublin regulation. Indeed, this regulation includes a humanitarian exception when the country in question is unable to guarantee the safety and dignity of the asylum seeker.

  • The Dublin issue is not limited to Croatia. There are also Dublin issues in the case of journalists, for example: Some independent Russian journalists residing in the Baltic countries found themselves without work following the cessation of American funding, and their residence permits are not being renewed. These journalists cannot apply for asylum elsewhere, in countries more favorable to their situation, due to the Dublin Regulation.

We have observed in these countries a sense of distrust towards Russians opposing the war in Ukraine that biases the judgment of their asylum applications, revealing a systemic failure of asylum systems similar to that observed in Croatia.

  • It is crucial to ease the Dublin Regulation for specific cases of Russian activists, deserters and journalists entering through some EU countries such as Croatia and Baltic States. This regulation is too strict and needs to be relaxed regarding countries where there is a systemic failure of asylum systems towards Russians. 
  • Lastly, I would like to address the issue of deportations of Russian asylum seekers who oppose the war and the regime. 

It should be noted that asylum seekers are often willing to publicize their identity and give interviews in international media in the hope that it will help obtain refugee status, which puts them in danger of transnational repression and if they are ultimately deported to Russia they become an easy target for the Kremlin. Deportations still occur in some EU countries for instance Cyprus and the Netherlands. But also France in cases of Russians from Chechnya. 

Sometimes, deportation happens to countries such as Armenia and Kazakhstan.

But Staying in Armenia and Kazakhstan is particularly dangerous for Russian political activists and deserters. Cases of kidnappings have occurred due to the presence of Russian military bases in these countries. Deserters under Russian search warrants are often arrested by local authorities. Neither Armenia nor Kazakhstan grants refugee status. Deserters live in constant fear and hide.

So, to summarize, we ask to avoid deportation of asylum seekers to countries where they risk being persecuted, even if it ‘s not Russia. And of course not deporting directly to Russia.

  • In conclusion, I would like to provide some key figures:

In 2023, the total number of asylum seekers in the European Union was just over 1 million people, of whom only about 19,000 were Russians, it’s less than 2% of the total. The overall protection rate in the EU is 52.78%, but for Russians, this rate is much lower: 16,3% (3 075 people) – 19% in France, 6% in Germany, 40% in Spain. 

Russian deserters and conscientious objectors represent only 0.6% of the total number of asylum seekers in the EU. (Data provided by our data analyst, Kirill Parubets. Source : https://ec.europa.eu/eurostat/data/database) 

A small number for the EU but a significant potential to weaken the Russian army! 

Deserting the Russian army is often a political act, an act of opposition to the war that also influences the Kremlin’s military capabilities. Legally accessible protection mechanisms should be created for conscientious objectors and deserters from the Russian army.

More generally, closing the door to almost all Russians, as some EU countries do, is counterproductive, as it helps Putin keep the Russian people hostage, strengthen the Russian army and doesn’t help Ukrainian resistance.

Some EU countries explain their policy by the threat for national security. But If you are afraid of provocateurs and Kremlin agents – Strengthen the checks! Rely on anti-war organizations like ours, which have already implemented a strict verification system. But do not completely close the doors to Russian anti-war activists.

Russia will not disappear and will remain your neighbor. We have lost our country now, but we hope and believe in the future democratization of Russia, and we must not lose contact with those opposing the regime because these people will build tomorrow’s Russia, a Russia that will not threaten Europe and will one day become a peaceful neighbor.

Thank you for your attention.

(Report based on data and information gathered together with colleagues from the Human rights anti-war coalition and the Consuls project of the Antiwar committee.) 


*photos by MEP Sebastian Tynkkynen’s office

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