Résultats du Forum Russie-Libertés 2026 : « Le monde d’après ? »

Résultats du Forum Russie-Libertés 2026 : « Le monde d’après ? »

Photo par Denis Galitsyn

Construire les réponses à la guerre, à l’autoritarisme et aux défis de demain

Le samedi 3 octobre 2026, la Mairie du 11ᵉ arrondissement de Paris a accueilli le Forum annuel de Russie-Libertés, intitulé cette année « Le monde d’après ? ». L’événement a réuni les forces démocratiques de l’opposition russe, des experts internationaux et des représentants de la société civile pour échanger sur l’avenir de la démocratie et la sécurité européenne.

Après plus de quatre années de guerre à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine, le Forum a proposé une réflexion collective sur les conditions d’une paix juste et durable, l’avenir démocratique de la Russie et les défis auxquels l’Europe est confrontée.

Photo par Denis Galitsyn

Dans son discours d’ouverture, Zalina Stève, présidente de Russie-Libertés, est revenue sur le sens du titre du Forum, « Le monde d’après ? » :

« Le point d’interrogation dans le titre de notre forum n’est pas le signe d’une incertitude. C’est une invitation à penser aux conséquences. »

Elle a souligné que les conditions de la fin de la guerre contre l’Ukraine détermineront durablement l’avenir de la sécurité européenne et a appelé les forces démocratiques russes à dépasser la seule opposition au régime pour construire une vision politique de l’avenir :

« Ce qui défend la Russie démocratique doit devenir plus important que ce contre quoi elle se bat. »

Évoquant notamment la situation dramatique des civils ukrainiens sous occupation russe à Olechky, elle a insisté sur la nécessité de transformer la connaissance des crimes et les déclarations de solidarité en actions concrètes :

« Aujourd’hui, savoir ne suffit plus. La prise de conscience doit conduire à l’action. » Photo par Nikita Mouraviev

David Belliard, maire du 11ᵉ arrondissement de Paris, accompagné de Kassim Bouhou, adjoint au maire chargé notamment des questions de mémoire, et de Paul Cruz, conseiller d’arrondissement délégué à la défense des droits humains, a salué le rôle essentiel de Russie-Libertés et de l’Espace Libertés | Reforum Space Paris dans l’accueil et l’accompagnement des exilés russes. Rappelant la tradition d’accueil des réfugiés politiques dans son arrondissement, il a réaffirmé l’engagement de la municipalité :

« Nous nous battrons et nous continuerons à nous battre de toutes nos forces […] pour créer des espaces refuge, des espaces de liberté, des espaces de discussion, des espaces d’échange, des espaces de débat. »

Points forts du Forum

Table ronde 1 : Les stratégies d’influence du Kremlin à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027

Photo par Denis Galitsyn

La première table ronde, modérée par Marie Mendras, politologue et spécialiste de la Russie, a porté sur les stratégies d’ingérence du Kremlin en Europe et les menaces qu’elles représentent pour la démocratie française à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Andreï Soldatov, journaliste d’investigation et cofondateur d’Agentura.ru, a analysé l’évolution des opérations de sabotage russes, notamment le recrutement d’intermédiaires sur Internet pour mener des actions de déstabilisation en Europe. Photo par Denis Galitsyn

« Cette série d’attaques que l’on voit, ce ne sont pas des épisodes isolés. C’est une campagne menée pour les services spéciaux à travers l’Europe, la France y compris. […] L’objectif de cette stratégie, ce n’est pas seulement l’intimidation. »

Lucas Minisini, journaliste au Monde, a évoqué ses enquêtes sur les réseaux du renseignement militaire russe et les risques d’ingérence dans le débat public français et lors de l’élection de 2027. Photo par Denis Galitsyn

« C’est un sujet qui inquiète beaucoup tous les candidats, qui est pris très au sérieux. On voit que même au niveau de l’État français, des organismes comme VIGINUM […] ne font que recruter et gagner en importance et en compétence. Donc c’est un sujet central pour cette élection. »

Marie Mendras a insisté sur la nécessité de ne pas sous-estimer la nature de cette confrontation et a appelé à renforcer la réponse européenne face aux stratégies de déstabilisation du Kremlin. Photo par Denis Galitsyn

« Nous sommes aussi dans un contexte de guerre, et tous les Européens, notamment les contribuables, participent au soutien à l’Ukraine. Il me semble donc assez urgent que nous élaborions des méthodes plus efficaces que celles qui consistent simplement à espérer qu’à un moment, ces opérations finiront par être contre-productives pour le Kremlin. »

Les participants ont appelé à renforcer la détection de ces opérations, leur exposition publique et la capacité des démocraties européennes à y répondre.

Grand Entretien avec Mikhaïl Kassianov : quels scénarios pour la Russie et l’Europe ?

Photo par Nikita Mouraviev

Lors d’un Grand Entretien animé par Denis Kataev, journaliste à TV Rain, Mikhaïl Kassianov, ancien Premier ministre de Russie, a analysé la guerre contre l’Ukraine, l’affaiblissement de l’unité transatlantique et les défis sécuritaires auxquels l’Europe est confrontée.

Appelant les dirigeants européens à maintenir leur soutien à l’Ukraine et à ne pas céder aux menaces du Kremlin, il a déclaré :

« C’est une grave erreur de la part des Européens d’avoir aussi peur de Poutine. Il n’est pas tel qu’il cherche à se présenter. Il veut donner l’impression d’être imprévisible, mais en réalité, c’est un homme cynique qui joue avec les menaces. » Photo par Denis Galitsyn

Évoquant les incursions de drones et les opérations de déstabilisation en Europe, il a dénoncé la stratégie de provocation du Kremlin :

« Poutine est un provocateur. Il n’a qu’un seul système en tête, celui qu’il a appris à l’école du KGB : la tromperie, le chantage et la provocation. Il utilise aujourd’hui ces méthodes pour tester la réaction des pays occidentaux. »

Mikhaïl Kassianov a également insisté sur la nécessité de renforcer la défense européenne en s’appuyant sur l’expérience ukrainienne, de maintenir la pression économique sur Moscou et de poursuivre les efforts diplomatiques.

Hommage à Anna Politkovskaïa : vingt ans après son assassinat

Vingt ans après l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, les participants au Forum ont observé une minute de silence en sa mémoire. Photo par Denis Galitsyn

Sa petite-fille, Anna Victoria Politkovskaïa, également militante, a rappelé qu’elle avait assisté au premier Forum Russie-Libertés avec sa mère, alors qu’elle n’avait que cinq ans. Son témoignage a souligné l’importance de transmettre l’héritage de sa grand-mère aux nouvelles générations.

Israpil Shovkhalov, journaliste tchétchène et rédacteur en chef de Dosh, média indépendant consacré à la Tchétchénie et au Caucase russe, et Abubakar Yangulbaev, défenseur tchétchène des droits humains, ont évoqué les guerres en Tchétchénie et le sort de leurs victimes, dont beaucoup restent sans aide ni soutien.

Ils ont dénoncé la vision impérialiste du pouvoir russe et l’absence d’un véritable fédéralisme, soulignant la nécessité de reconnaître les crimes commis en Tchétchénie et de lutter contre leur impunité.

Table ronde 2 : Russie 2026 - Les réalités à l’intérieur du pays

Photo par Denis Galitsyn

Modérée par Irina Borogan, journaliste d’investigation et cofondatrice d’Agentura.ru, cette table ronde a abordé la répression politique, l’état de la société russe et les perspectives des forces démocratiques.

Photo par Denis Galitsyn
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Photo par Denis Galitsyn

Boris Nadejdine, homme politique russe et candidat anti-guerre écarté de la présidentielle de 2024, a contesté les résultats officiels des élections législatives russes des 18 au 20 septembre 2026, en s’appuyant sur des analyses électorales :

« Selon les modèles mathématiques et les procès-verbaux des observateurs, le résultat réel de Russie unie se situe entre 30 et 35 %. Si l’on tient compte de la participation réelle, cela signifie que ce parti bénéficie du soutien de 20 % de la population au maximum. »

David Isteev, représentant de North Caucasus SOS, a dénoncé les persécutions visant les personnes LGBT+, les femmes et les militants dans le Caucase du Nord, ainsi que les difficultés à assurer leur protection. Il a souligné que les méthodes répressives observées dans cette région se sont progressivement étendues à l’ensemble de la Russie :

« Et si le Caucase du Nord n’avait pas été une exception, mais un avertissement ? Beaucoup de pratiques autrefois considérées comme propres à cette région font aujourd’hui partie de la réalité de toute la Russie. »

Photo par Denis Galitsyn
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Natalia Arno, présidente de la Free Russia Foundation et membre de la Plateforme de dialogue de l’APCE, a souligné les profondes disparités entre les régions russes face à la guerre et les conséquences de la centralisation du pouvoir à Moscou :

« Sous Poutine, le pouvoir s’est concentré à Moscou, tandis que la guerre a touché les régions de manière inégale, frappant particulièrement les républiques nationales. »

À l’issue de cette discussion, Arnaud Guillois, directeur de l’Europe continentale au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, a réaffirmé le soutien de la France à l’Ukraine et aux forces démocratiques russes, tout en soulignant l’importance de préserver les liens avec la société civile russe :

« Il ne faut pas qu’un nouveau mur de Berlin s’installe entre la Russie et l’Europe. » Photo par Denis Galitsyn

Il a également rappelé l’engagement de la France en faveur de l’accueil des journalistes, militants et défenseurs des droits humains contraints à l’exil.

Table ronde 3 : Crimes contre l’Ukraine, de l’impunité à la justice

Photo par Nikita Mouraviev

Modérée par Cyrille Amoursky, journaliste franco-russe et reporter de guerre, cette troisième table ronde a porté sur la responsabilité des crimes commis en Ukraine, le sort des civils détenus par la Russie et l’urgence de protéger les populations dans les territoires occupés.

Vera Iastrebova, avocate ukrainienne et directrice de l’Eastern Human Rights Group, a souligné les limites de la documentation des crimes en l’absence de volonté politique :

« À mon avis, le problème n’est pas de recueillir des preuves ou de documenter les crimes. Le problème, c’est la volonté politique de traduire en justice les responsables de cette guerre sanglante. »

Photo par Denis Galitsyn
Photo par Denis Galitsyn
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Photo par Denis Galitsyn

Elle a également insisté sur la nécessité de développer des moyens concrets pour protéger les habitants des territoires occupés et préparer leur réintégration.

Anastasia Shevchenko, militante russe des droits humains, ancienne prisonnière politique et fondatrice de la fondation « À travers le mur », a rappelé la responsabilité des Russes opposés à la guerre :

« Nous [les forces démocratiques russes] devons aider les Ukrainiens. C’est notre responsabilité. Sans cette responsabilité, il n’y aura pas de paix, seulement une période d’attente avant la prochaine guerre. »

Elle a appelé à poursuivre l’aide humanitaire, la défense des prisonniers ukrainiens et la lutte contre la propagande russe.

Pierre Raiman, cofondateur de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre !, a présenté la campagne « Ensemble, sauvons les otages ukrainiens », qui encourage les municipalités françaises à parrainer des civils ukrainiens détenus par la Russie. Il a souligné la situation particulièrement difficile de ces civils qui, contrairement aux prisonniers de guerre, ne bénéficient pas des mécanismes d’échange et pour lesquels il n’existe pas de procédure effective de libération :

« D’ailleurs, ils ne sont pas échangeables. Ils sont des otages. On ne peut pas échanger des otages, on peut que les libérer. »

Photo par Denis Galitsyn
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Photo par Denis Galitsyn

Les échanges ont également mis en lumière la situation humanitaire dramatique à Olechky, ville ukrainienne occupée où les habitants sont confrontés à de graves pénuries et à l’impossibilité de quitter la zone. Cyrille Amoursky a souligné l’urgence de renforcer la protection des civils ukrainiens, notamment à travers le projet SkyShield :

« Nous devons aussi envisager de protéger une partie du ciel ukrainien, notamment à travers le projet SkyShield, pour que davantage de drones et de missiles puissent être interceptés et que les Ukrainiens puissent traverser cet hiver dans de meilleures conditions. »

Les intervenants ont ainsi appelé à faire de la protection des victimes et de la lutte contre l’impunité des priorités immédiates de l’action européenne, sans attendre la fin de la guerre.

Table ronde 4 : Climat, ressources et autoritarisme, sortir de la dépendance

Photo par Nikita Mouraviev

Modérée par Jade Lindgaard, responsable du pôle Écologie de Mediapart, la dernière table ronde a exploré les liens entre l’exploitation des ressources naturelles, l’autoritarisme russe et la crise climatique. Elle a montré comment les hydrocarbures servent d’arme au Kremlin face à l’Occident et financent la guerre en Ukraine, et a abordé la dimension coloniale de cette exploitation et ses conséquences pour les peuples autochtones.

Lana Pylaeva, militante autochtone Komi et écologiste, a dénoncé l’exploitation des territoires et la centralisation des ressources au détriment des populations locales, rappelant que :

« La décolonisation est une condition nécessaire à la démocratisation de la Russie. Sans reconnaissance de nos langues et de nos droits, la Russie continuera de reproduire les mêmes mécanismes de domination. »

Photo par Denis Galitsyn
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Mikhaïl Kroutikhine, spécialiste du secteur énergétique russe, a souligné les fragilités du modèle économique fondé sur les hydrocarbures et le refus du Kremlin de développer les énergies renouvelables :

« Dans sa stratégie de sécurité énergétique, le pouvoir russe présente les énergies renouvelables comme des instruments politiques de l’Occident dirigés contre la Russie. »

« La ligne générale de la Russie, c’est de s’opposer au développement des énergies renouvelables. »

Laurent Coumel, historien à l’Inalco, a alerté sur l’accélération du réchauffement climatique en Sibérie et dans l’Arctique, tout en dénonçant le « greenwashing d’État » pratiqué par le Kremlin.

« Dans les régions arctiques, le réchauffement est trois fois plus rapide que la moyenne. Le récent déversement de pétrole à Norilsk est directement lié à ce réchauffement. »

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Les discussions ont également porté sur les conséquences environnementales de la guerre en Ukraine, notamment la destruction du barrage de Kakhovka et l’occupation de la centrale de Zaporijjia, que Jade Lindgaard a évoquée comme une situation où une installation nucléaire peut devenir une arme.

Les intervenants ont ainsi souligné que la protection de l’environnement, les droits des populations locales et la démocratisation de la Russie sont étroitement liés.

Une programmation culturelle entre art, mémoire et résistance

Le Forum s’est également enrichi d’une programmation culturelle mêlant musique, arts visuels et performance. Le public a notamment assisté à un concert du duo russo-tatar Aigel, qui affiche ouvertement son opposition à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Photo par Denis Galitsyn

Pavel Krisevich, artiste russe et ancien prisonnier politique, a proposé une performance participative au cours de laquelle il a gravé les noms de prisonniers politiques russes sur une commode ancienne, invitant chaque participant à y inscrire sa propre trace en signe de solidarité. Photo par Nikita Mouraviev

Une exposition a également réuni trois artistes aux parcours singuliers : Pavel Krisevich, dont les œuvres de « Répressionnisme » ont été réalisées en détention sur des draps de prison, à partir de son propre sang, de dentifrice et d’encre artisanale ; Kadi, artiste ukrainien-palestinienne, dont la série Autoportraits interroge l’identité, la mémoire et la perception de soi ; et Vlada MV Picture, artiste russe en exil, dont les créations explorent l’espoir, la liberté et la quête d’un nouveau foyer.

Construire le monde d’après

Le Forum Russie-Libertés 2026 a réuni des voix politiques, journalistiques, juridiques et environnementales autour d’un objectif commun : œuvrer pour une paix juste en Ukraine, une Russie démocratique et une Europe plus sûre.

Les échanges ont souligné l’importance d’une action collective face aux ingérences du Kremlin, à la répression politique et aux crimes commis en Ukraine, tout en rappelant la nécessité de soutenir les forces démocratiques et de défendre les droits humains et environnementaux.

Russie-Libertés remercie chaleureusement ses partenaires pour leur soutien et leur confiance, ainsi que l’ensemble des intervenants, bénévoles et participants qui ont contribué à la réussite de cette édition.

Parce que construire le monde d’après exige de poursuivre le dialogue et de transformer les idées en actions, Russie-Libertés continuera de porter son engagement pour une Russie libre et démocratique, une Ukraine souveraine et une paix juste et durable en Europe.

Merci à toutes et à tous, et rendez-vous en 2027 pour la prochaine édition du Forum Russie-Libertés !

Photos par Nikita Mouraviev et Denis Galitsyn.

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