Yabloko, dernier parti pour la paix, vient d'être effacé à l'approche des législatives

Alors que des élections législatives se tiendront en septembre en Russie, la Cour suprême a pris la décision, le 10 août 2026, d’annuler l’enregistrement de la liste du parti Yabloko. C’était la toute dernière formation politique légale en Russie à s’opposer ouvertement à la guerre et à réclamer un cessez-le-feu immédiat depuis 2022. En écartant ce parti à un mois du scrutin, le pouvoir prive les citoyens de tout choix démocratique sur le bulletin de vote. L’offensive contre Yabloko a été lancée par le parti pro-Kremlin Rodina et soutenue par le Parquet général. Pour valider cette disqualification, la justice s’est appuyée sur des motifs administratifs ubuesques : des accusations de violation du droit d’auteur pour l’usage d’images générées par IA ou la citation de chansons soviétiques. Les procureurs ont également qualifié la plateforme pacifiste du parti “d’activité extrémiste”.
L’éveil de la jeunesse et le phénomène de l’été
Dans un paysage politique totalement dévasté, Yabloko est vite devenu le principal point de ralliement de la société civile. Le parti a suscité un engouement massif, attirant des milliers de jeunes, d’étudiants et de citoyens opposés à la guerre. Le jour du procès, environ 500 personnes se sont rassemblées devant le tribunal sous la pression policière et les menaces de conscription. Sur place, le président du parti, Nikolaï Rybakov, a rappelé que cette candidature incarnait l’espoir d’une jeunesse refusant d’être envoyée à la mort.

30 ans d’histoire et de résistance démocratique
Yabloko n’est pas un jeune mouvement : c’est un pilier de la scène politique russe. Fondé en 1993 par Grigory Yavlinsky, le parti incarne trois décennies d’engagement pour le parlementarisme, l’État de droit et les libertés individuelles. Au fil des ans, il a servi de tremplin et de l’école politique pour de nombreuses figures majeures de l’opposition, dont Alexeï Navalny et Ilia Yashin. Il représentait le tout dernier pont institutionnel entre les citoyens et la sphère politique légale.
Rester debout malgré des années de pression
Yabloko a réussi à maintenir ses activités et à rester dans le champ politique officiel. Mais la pression n’a jamais cessé : les vice-présidents du parti, Maxim Kruglov et Lev Shlosberg, ont été directement visés. Le premier condamné à 7 ans de prison pour ses critiques sur l’armée, le second placé en détention provisoire. À leurs côtés, des figures locales comme Vasily Neustroev (membre du parti, condamné à 10 ans de prison) ou Vladimir Efimov (chef de la section régionale du parti au Kamtchatka, condamné à 2 ans de prison), ainsi que des dizaines d’autres, subissent perquisitions et lourdes peines.
Au-delà de Yabloko, le régime étouffe méthodiquement toute voix critique, comme le montre le parcours de Boris Nadejdine, ancien député au Parlement. En 2024, sa candidature à la présidentielle, portée par un programme de paix et un cessez-le-feu immédiat, avait provoqué des files d’attente inédites pour récolter des centaines de milliers de signatures, avant d’être invalidée sous prétexte de non-conformité. En 2026, alors qu’il dépose sa candidature aux élections législatives, il est désigné “agent de l’étranger”, puis condamné pour la publication d’une photo d’Alexeï Navalny au titre de “symboles extrémistes”. Menacé d’une arrestation imminente, il est finalement contraint de quitter le pays pour rejoindre la France début août 2026.

En Russie, le mot “élection” a perdu son sens. La collecte de signatures, censée valider une candidature, est devenue une barrière administrative que les autorités invalident à volonté. La presse indépendante a été muselée ou contrainte à l’exil, les réseaux sociaux sont bloqués, et le statut d‘“agent de l’étranger”, attribué de façon arbitraire et sans procès, sert désormais d’outil pour disqualifier tout candidat gênant. Le pouvoir cherche ainsi à fabriquer l’image d’une société russe totalement unanime. En autorisant d’abord la campagne de Yabloko, le Kremlin ne s’attendait pourtant pas à un tel élan citoyen pour la paix : pris de panique, il a précipité l’interdiction du parti, privant des millions de personnes de leur dernier canal légal d’expression. Cette fermeture brutale ne prouve pas la force du pouvoir, elle révèle sa crainte d’une société civile prête à s’unir. Si le régime peut neutraliser les bulletins de vote, il ne peut effacer l’aspiration à la paix et au changement.
Nous continuerons à soutenir celles et ceux qui se battent pour la liberté en Russie. Continuons ensemble à croire en la force de la société civile face à la guerre et à la dictature !
