Communiqué de presse. Pression contre les ONG russes : Mémorial qualifié d’ « agent étranger »

Le parquet russe a ouvert un procès, pour l’instant administratif, contre le centre de défense des droits de l’homme “Mémorial”, basé à Saint-Pétersbourg.

Cette organisation se voit accusée de violation de la loi sur les ONG adoptée en juillet 2012. Cette loi oblige toute ONG russe à s’enregistrer en tant qu’« agent étranger » s’il se trouve qu’elle exerce une activité politique et reçoit des financements de l’étranger.

Or, le parquet a établi que Mémorial a reçu plus de 7,3 millions de roubles (plus de 180 000 euros) de diverses organisations internationales et, ne s’étant pas enregistrée en tant qu’« agent étranger », doit payer jusqu’à 500 000 roubles (12 000 euros) d’amende, selon le code administratif. Potentiellement, l’organisation peut se voir accusée d’extrémisme, et donc impliquée dans une affaire criminelle, car l’enquête a mis en évidence, d’après les rapports, « des indices d’incitation à la résistance contre le pouvoir actuel et les structures gouvernementales » (voir ci-dessous).

Plus d’une dizaine d’ONG russes se trouvent dans une situation semblable, y compris le Parc naturel pour la protection des Grues situé dans la région d’Amour, Extrême-Orient. L’association GOLOS se voit obligée de payer une amende de 300 000 roubles (7 300 euros). Cette association compte faire appel. Beaucoup d’autres ONGs ont reçus des « avertissements ».

Le pouvoir russe tente d’opprimer tout travail associatif « politique ». Cependant, il qualifie de « politique » non seulement la lutte pour le pouvoir, mais aussi la lutte pour les droits civiques basiques, tels que le droit à la santé, le droit à l’information, le droit d’association, la liberté d’expression, mais aussi la défense de l’environnement. Et ce, alors même que la défense de ces droits et libertés relève de la responsabilité de tout État démocratique digne de ce nom.

L’association Russie Libertés condamne cette pression sans précédent exercée contre les ONG russes et exige le retrait des accusations du parquet, ainsi que l’abrogation de cette loi honteuse et anti-citoyenne. --------------------------------------------------------------------------------------

La brochure « Tsiganes, migrants, activistes : victimes de l’arbitraire policier », publiée en 2012, a servi de base pour l’enquête. Cette brochure est un rapport présenté avec le soutien à la FIDH au Comité contre la torture de l’ONU. Ci-dessous, quelques résultats de l’enquête.

“L’étude de la brochure, rapport « Tsiganes, migrants, activistes : victimes de l’arbitraire policier » a établi que ses matériaux contiennent des indices d’incitation à la résistance contre le pouvoir actuel et les structures gouvernementales, plus précisément :

D’après les résultats de l’enquête administrative diligentée par le parquet sur la base de ce rapport, Mémorial qualifie la législation russe « de législation qui soutient le recours illégal à la force, qui ignore toutes les normes ». Les pratiques policières sont jugées « illégales » par Mémorial.

Les enquêteurs du parquet considèrent que les propos des auteurs du rapport de l’ONG « s’appuient sur du vide ». « Les cas de violations possibles, par les policiers, de la législation actuelle, sont des racontars de représentants des minorités tsiganes. Ces données ne constituent pas un fondement suffisamment solide pour porter une appréciation valable d’un point de vue juridique des actions des policiers », selon les enquêteurs.

L’étude a établi également que les auteurs de la brochure “ font des recommandations pour modifier la législation actuelle, plus précisément :

L’enquête se conclue par l’affirmation que “ l’Organisation et ses membres propagent au sein des couches sociales leur opinion sur l’inefficacité supposée de la législation actuelle russe. Non content de diffuser cette opinion, ces activistes réclament soit l’abrogation soit une modification radicale de cette législation”.