« Ne pas manifester tout seul »
Après les manifestations classiques, Moscou interdit les manifestations « système D » : finis les manifestations individuelles et les défilés de voitures aux couleurs de l’opposition en ville.
La Douma de la ville de Moscou vient d’adopt
er
une loi, qui interdit
de facto
, à partir du 1 er janvier 2013, toute activité de protestation non-autorisée, y compris les séries de manifestations individuelles et les défilés de voitures aux couleurs de l’opposition. Seule concession, apparente, le Parc Gorky et la station de métro Sokolniki sont censés, selon cette même loi, devenir deux lieux de manifestations sans autorisation préalable; en pratique l’opposition ne pourrait pas y compter sur la liberté de rassemblement.
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Manifestations individuelles devant la Douma contre l’adoption de la loi “Dima Yakovlev”. Source photo mn.ru Depuis l’adoption de la loi imposant des amendes astronomiques à ceux qui participent à des manifestations non-autorisées et punissant sévèrement les protestataires en cas de troubles à l’ordre public, le dernier recours pour l’opposition était l’organisation de séries des manifestations individuelles. Elles se tiennent devant les tribunaux pendant les procès politiques ou devant des lieux symboliques comme le siège du FSB ou encore la Douma. La seule restriction officielle prévue à ce type de manifestation était jusqu’alors le respect d’une distance d’au moins 50 mètres entre les participants. Dorénavant, la nouvelle loi interdit les séries de manifestations individuelles « ayant le même organisateur et le même objectif », et prévoit jusqu’à 600 000 roubles (15 000 euros) d’amende pour ceux qui l’enfreindraient.
Les courses automobiles sont devenues pendant ces dernières années un important moyen d’expression politique. C’est le cas en particulier des actions de l’association des Petits sceaux bleus qui dénonce notamment l’usage abusif des gyrophares par certains hauts fonctionnaires. Ainsi, en février 2012 une défilés de voitures décorées de rubans blancs symbole de l’opposition était venue compléter le « cercle blanc », la fameuse flash-mob sous forme de chaîne humaine qui s’était tenue tout le long du « Cercle des Jardins » (cercle de plus de 15 km de longueur qui entoure le centre de Moscou). Désormais, la circulation au volant d’une voiture arborant les signes extérieurs de l’opposition, même s’il s’agit d’un seul véhicule, est interdite dans les limites de ce périmètre. Pendant ce temps, bien sûr, les véhicules « patriotiques » avec des drapeaux officiels peuvent toujours circuler sans restriction.
La nouvelle loi prévoit certes deux lieux pour les manifestations sans autorisation préalable : les parcs Gorky et Sokolniki. Cependant, les organisateurs resteront obligés d’informer la mairie sur la tenue de rassemblement et la procédure n’est pas plus simple que la demande d’autorisation ailleurs en ville. Qui plus est, le nombre de participants y sera limité à 2000 personnes au parc Gorky et à 2500 personnes à Sokolniki.
La loi restreint d’avantage les rassemblements dans les lieux publics en les chassant dans des « lieux réservés », pour rendre les actions d’opposition presque invisibles. Des lois imposant de nouvelles restrictions sur les manifestations ont déjà été initiées dans plusieurs régions de la Russie, notamment en Tchouvachie où il est en pratique impossible de manifester en ville. Toutes ces initiatives bafouent la liberté de rassemblement prévue par la Constitution de la Russie.
L’association Russie-Libertés dénonce l’adoption de cette loi moscovite hypocrite, qui prévoit deux lieux de rassemblements « libres » qui ne le seront pas en pratique et prive les citoyens de leurs derniers moyens d’expression d’opinions civiques et politiques.