Russie : Un opposant kidnappé, torturé et poussé à l’aveu
Russie-Libertés
Un opposant kidnappé, torturé et poussé à l’aveu
Léonid Razvozzhaev, activiste du Front de gauche russe et conseiller d’Ilya Ponomarev, député d’opposition dans la Douma, a été kidnappé à Kiev le 19 octobre par des hommes en civil et amené de force à Moscou. A la sortie du tribunal le 21 octobre M. Razvozzhaev a déclaré qu’il avait été torturé. Le même jour le Conseil d’Investigation a indiqué qu’il aurait déposé une autodénonciation. Il aurait ainsi confirmé sa participation à l’« organisation de troubles de masse » sur le territoire de la Russie, y compris à Moscou le 6 mai 2012. Cette dernière aurait été financée par Guivi Targamadzé, ex-chef du Comité de Défense du Parlement de la Géorgie, allié du président géorgien Mikhaïl Saakachvili.
https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=3xkLMzS-mSg
Леонид Развозжаев/Léonid Razvozzhaev: Расскажите, что меня пытали! Dites qu’ils m’ont torturé ! //Обещали убить! Ils ont promis de me tuer !// #00:03-00
# Женский голос-Voix féminine: //Сколько дней? Pendant combien des jours ?// #00:05-00# Леонид Развозжаев/Léonid Razvozzhaev: Два, двое суток меня пытали, выкрали на Украине. Deux, pendant deux journées ils m’ont torturé, ils m’ont kidnappé en Ukraine. #00:07-00#
Razvozhaev figure parmi les personnes accusées par le Comité d’Investigation d’avoir participé ou organisé les « troubles de masse ». Il s’agit y compris de la manifestation pacifique du 6 mai 2012 sur la place Bolotnaïa à Moscou qui s’est terminée par des affrontements entre la police et des « manifestants »,accusés d’être des provocateurs liés au pouvoir.
L’affaire a connu une nouvelle ampleur après la sortie du soi-disant documentaire sur la chaine officielle NTV «L’anatomie de la contestation -2 » le 4 octobre 2012 dernier. Dans ce film des personnes ressemblant aux membres du Front de gauche russe, dont Léonid Razvozzhaev, Sergueï Oudaltsov et certaines autres personnes, seraient allés à Minsk pour négocier avec Guivi Targamadzé le financement de l’opposition et le planning d’actions, y compris « la prise du pouvoir par la force » dans certaines régions de la Russie. Ce film est devenu la nouvelle base d’accusation lorsque l’expertise commandée par le Comité d’Investigation a prouvé son supposée authenticité. Cependant, deux cadres identiques de ce film sont sous-titrés différemment, ce qui est déjà une bonne preuve d’un montage grotesque

Le 17 octobre M. Razvozzhaev est parti à Kiev pour demander le refuge politique. Le 19 octobre Il s’est adressé à l’ONG HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society), partenaire du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Ukraine. Il est sorti de l’immeuble pour une pause, laissant ses affaires, et n’est pas revenu. D’après de nombreuses sources, dont l’avocate de M. Razvozzhaev Violetta Volkova et Ilya Ponomarev, il aurait été kidnappé par les services secrets russes et amené à Moscou. Le 21 octobre le tribunal à huit clos, auquel même l’avocate du prévenu n’a pu assister, l’a condamné à deux mois d’arrestation. La vidéo publiée par un journaliste montre Razvozzhaev à la sortie du tribunal. Il crie : « Pendant deux jours ils m’ont torturé, ils m’ont kidnappé en Ukraine ». Le même jour le Comité d’Investigation a publié l’information selon laquelle Razvozzhaev aurait déposé une autodénonciation et reconnu toutes les inculpations. On comprend vite dans quelles conditions il aurait écrit ce document…
Le bilan des répressions s’alourdit tous les jours en Russie. Il ne s’agit plus d’un assujettissement des médias et de la justice par le pouvoir. La propagande officielle, menteuse et cynique, cesse d’être le porte-voix du pouvoir et commence à créer son propre ordre de jour. Des autodénonciations précédées par la torture sont utilisées pour confirmer cet ordre de jour. Un article dans la « Pravda » – arrestation – tortures – autodénonciation : ce cycle a déjà malheureusement prouvé son efficacité aux 20ème siècle. Aujourd’hui le silence égale la complicité parce qu’il est le signe de l’impunité du pouvoir russe. L’association Russie-Libertés dénonce cette nouvelle vague de répressions en Russie et demande une mobilisation, y compris internationale, pour faire cesser ce retour vers un passé peu glorieux et peu respectueux des citoyens russes.
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