Pussy Riot: Merci pour ce Miracle . La lettre de Nadia la veille du verdict.
Lettre de Nadezhda Tolokonnikova. Le 16 août 2012, depuis la maison d’arrêt.
Le fait que je sois en prison ne suscite en moi aucune colère. Je ne ressens pas de colère. Je n’ai pas de colère personnelle. La colère qui m’habite est politique. Notre emprisonnement est un signe clair et limpide que tout le pays est dépossédé de sa liberté. Et c’est cette menace d’anéantissement de toutes les forces de liberté et d’émancipation qui me met en colère.
Derrière l’arbre, il faut voir la forêt, derrière le signe, la tendance et derrière le cas particulier, l’état d’un pays.
Les féministes de la deuxième génération disaient : « Le personnel, c’est déjà politique ». C’est la vérité. L’affaire Pussy Riot a montré comment les problèmes privés de trois personnes accusées de “hooliganisme” peuvent donner vie à un mouvement politique. La pression et la répression qu’ont subies trois personnes ayant osé prendre la parole face à un régime autoritaire ont fait réagir le monde entier. Activistes, punks, pop stars, membres des gouvernements, humoristes, écologistes, féministes et masculanistes, théologiens musulmans et chrétiens – des personnes de tout horizon prient pour Pussy Riot.
L’affaire Pussy Riot a soulevé des forces si nombreuses et diverses que j’ai du mal à croire que je ne rêve pas.
Il se produit aujourd’hui quelque chose d’improbable dans le contexte de la vie politique russe : la société civile exerce sur le pouvoir une pression exigente, obstinée et sensée.
Je remercie tous ceux qui ont clamé : « Liberté pour les Pussy Riot ! ». Tous ensemble nous sommes en train d’organiser un évènement grand et important. Le système mis en place par Poutine a de plus en plus de mal à le maîtriser. Peu importe le verdict, nous avons déjà gagné. Car nous avons appris à nous mettre en colère et à parler de politique.
Les Pussy Riot sont heureuses d’avoir été à l’origine d’un vrai mouvement collectif, et que votre passion politique soit si forte qu’elle ait traversé les frontières des langues, des cultures, des mondes, des statuts économiques et politiques. Kant aurait pu dire qu’il ne voyait à ce Miracle d’autre raison que le fondement de la moralité qui réside dans l’homme.
Merci pour ce Miracle. Nadezhda Tolokonnikova Source: https://mark-feygin.livejournal.com/96072.html
Traduction: Olga Kokorina