Paris se mobilise pour les droits des LGBT en Russie et contre toute discrimination
… Dorothée Delaunay (Amnesty International France, section LGBT), Konstantin Altounine, Roman Sorokine, Olga Nikolaeva (Russie-Libertés) et Maria Emanovskaya (traductrice). Photo par Christopher Haynes.
Le vendredi 6 septembre quand les regards du monde entier étaient tournés vers le G20 en Russie, l’association Russie-Libertés a organisé la soirée “OUI aux libertés en Russie” à la Maison d’Europe et d’Orient à Paris. Nous avons invité Konstantin Altounine, Roman Sorokine qui ne sont plus tolérés en Russie et ont dû quitter le pays pour se sauver, ainsi que l’avocat des droits des LGBT Maria Bast et Dorothée Delaunay d’Amnesty International pour parler de la situation des LGBT en Russie. C’est donc en soutien des mouvements LGBT en Russie que les associations françaises pour les droits des LGBT et l’association Russie-Libertés lancent un appel à se rassembler le soir du vendredi 13 septembre sur le Parvis des Droits de l’Homme au Trocadero pour une manifestation “Silence = Mort en Russie” . Le rassemblement commence à 18h.
Voici les témoignages portés par nos invités. Roman Sorokine est transsexuel. Il a dû quitter la Russie à cause des accusations fausses qui ont été portées contre lui : “J’ai tenté de prouver mon innocence, mais ensuite j’ai compris que c’était inutile, car le fait que je sois transgenre me rend à priori suspect pour la police et coupable pour la justice. Les représentants de la communauté LGBT en Russie sont dans une situation de non-droit, et rien ne les protège. Les gays et les transgenres sont confrontés aux moqueries et à la violence physique, et la police ne fait rien pour trouver les coupables de ces actes de violence, parce que personne ne juge nécessaire de s’en occuper. Les gays et les transgenres ont des difficultés à trouver du travail. L’Etat russe, au lieu d’apporter son aide et son soutien à la communauté LGBT adopte des lois qui interdisent aux minorités sexuelles de communiquer sur leur existence et leurs problèmes. Cela ne fait qu’une semaine seulement que je me trouve en France, mais même durant ce laps de temps j’ai pu me rendre compte de l’énorme différence qu’il y a entre la façon dont vivent les LGBT en France et en Russie”.
Voici son témoignage (en russe, sous-titré en français) :
L’avocat de Roman, défenseur des droits de l’homme célèbre, Evgueny Arkhipov (aujourd’hui Maria Bast) a déclaré que la situation de la communauté LGBT en Russie est comparable à la situation des juifs dans l’Allemagne nazie. Elle nous a appris que le milieu de la police est extrêmement hostile aux minorités sexuelles, et que le contexte actuel aggrave cette situation. Par exemple, si l’homosexualité en Russie n’est plus considérée comme un crime depuis 1993 et comme une maladie mentale depuis 1999, les autorités s’arrangent toutefois pour monter de toute pièce des accusations destinées à envoyer en prison des hommes et des femmes qui y subiront des sévices de nature à intimider durablement les minorités sexuelles. S’agissant des associations, les techniques sont variées pour les dissoudre : l’Association Transgenre, par exemple, a vu son loyer doubler, l’obligeant ainsi à abandonner son local. Pour les particuliers, les arrestations sont nombreuses, même au cours de manifestations qui ont été autorisées et enregistrées. La manifestation du 6 août devant le Ministère de l’Intérieur s’est terminée pour les participants au bureau de police, où les transsexuels ont été ordonnées de se dévêtir. Pour effrayer les activistes, les moyens mis en œuvre sont impressionnants : le FSB (service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie) prend le relais de la police et menace les manifestants de les expulser de Russie, au point parfois d’encercler l’immeuble où habite un activiste, comme c’est le cas actuellement de Maria, notre correspondante en ligne. Les familles des militants sont également inquiétées.
Voici son témoignage complet (en russe et en français) :
Finalement, le cas de Konstantin Altounine a montré que même les artistes qui osent présenter des travaux sur ces sujets sont poursuivis. Une exposition personnelle de Konstantin Altounine contenant les portraits ironiques des hommes politiques modernes et contemporains a ouvert ses portes le 15 août au Musée du Pouvoir à Saint-Pétersbourg. Deux œuvres ont déchaîné les foudres du Kremlin : la première représente Poutine en nuisette caressant distraitement les cheveux d’un Medvedev pourvu d’une taille de jeune fille et d’une généreuse poitrine étroitement serrée par un soutien-gorge ; sur la seconde, il figure le visage hargneux du député Milonov, l’auteur notoire de la loi promulguée en juin 2013 contre la « propagande de relations sexuelles non traditionnelles devant les mineurs », encadré du drapeau LGBT aux couleurs de l’arc-en-ciel.
La police s’est présentée au musée le 26 août vers 18h sans expliquer le but ou donner quelque raison officielle de leur visite. 20h30 Vitaliï Milonov s’est rendu à l’exposition et en est aussitôt parti en affirmant son dégoût. Après son départ la police a bloqué toutes les entrées du musée, établi une liste des œuvres, confisqué quatre tableaux et toutes les recettes de la vente des billets (sans présenter les papiers réglementaires), elle a arrêté le directeur et créateur du musée Alexandre Donskoï et la commissaire de l’exposition Tatiana Titova. Le motif invoqué par les policiers: une exposition qualifiée d’extrémiste, ce qui constitue une infraction passible de 8 ans d’emprisonnement. Le Musée du Pouvoir est jusqu’à présent sous scellés. Deux jours après sa fermeture un autre musée a été fermé, c’est le Musée de l’érotisme qui appartient également à Alexandre Donskoï.
Konstantin a pris l’avion pour Paris le lendemain de l’arrestation de ses collègues. Il attend toujours une réponse du consulat pour que sa femme et sa fille de deux ans puissent enfin quitter la Russie où elles se trouvent menacées. A son arrivée à Paris, l’artiste a été accompagné par des membres de l’association Russie-Libertés dans ses nombreuses démarches. Grâce à l’aide de la Maison d’Europe et d’Orient et de la Mairie de Paris qui a mis à sa disposition un logement à la Cité Internationale des Arts jusqu’au 27 septembre, Konstantin pour le moment ne s’inquiète que pour sa famille. Il s’apprête à demander le statut de réfugié politique en France.
Nous remercions tous nos traducteurs (Olga Bronnikova, Maria Emanovskaya et Anna Zaytseva) ainsi que Christopher Haynes Pierre Lefever et Maria N. Pane et Elena Colombo pour l’aide qui nous ont apporté.