La loi perverse qui légalise l’homophobie

Alors que la majorité des français fête l’adoption en première lecture de la loi ouvrant le mariage aux couples du même sexe, la Russie est en train de faire un grand pas dans la diréction opposée: adopter une loi fédérale contre la « propagande homosexuelle ». … Des activistes de l’extrême-droite attaquent des manifestants contre la loi homophobe Le projet de loi contre la propagande homosexuelle a été adopté en première lecture le 25 janvier dernier. Le vote définitif aura lieu à la fin du printemps. Depuis 2011, des lois semblables ont déjà été adoptées dans plusieurs villes russes, notamment à Saint-Pétersbourg où la loi traite la propagande de l’homosexualité de la même manière que celle de la pédophilie, c’est-à-dire, comme une activité criminelle, ce qu’elle a d’ailleurs été jusqu’en 1993. La loi a été sévèrement critiquée par le Parlement Européen, Amnesty International et bien d’autres organisations et personnalités politiques et humanitaires. La loi n’explicite point le terme de « propagande », mais la notice explicative indique clairement qu’il faudrait interdire la propagande de l’homosexualité « comme une norme de comportement ». Ceci veut dire qu’en pratique, la loi risque provoquer des violations régulières de la liberté d’expression, de l’interdiction de discrimination et d’autres droits humains. Le plus inquiétant est le fait que la loi rend les homosexuels, notamment les activistes de la communauté LGBT, extrêmemant vulnérables. Les activistes qui organisent des actions contre ces projets de loi, dont notamment la série d’actions « le jour des baisers » devant la Douma à Moscou, fontt régulièrement l’objet de violences de la part des radicaux orthodoxes et de l’extrême-droite. La police reste relativement passive.

Des cas inquiétants d’application de cette loi ont eu lieu récemment. C’est d’abord un enseignant au collège de Moscou, Ilya Kolmanovsky , d’ailleurs hétérosexuel, marié, ayant deux enfants, qui a participé à une des actions contre l’adoption de la loi fédérale qui a failli être licencié et l’aurait finalement été sans une forte pression sociale. Anton Krasovskiy , présentateur télé, a fait son coming-out pendant son émission le 25 janvier et a été viré le lendemain. Les sondages d’opinion organisés par le centre sociologique Levada en juillet 2010 montrent que la population russe reste extrêmement homophobe. 38% des sondés considèrent l’homosexualité comme une perversion ou une mauvaise habitude, 36% comme une maladie ou un résultat d’un traumatisme psychique, et seulement 15% comme une orientation sexuelle qui a le même droit d’exister que l’hétérosexualité. Seulement 25% des sondés pensent qu’il faut laisser les homosexuels en paix, alors que 24% croient qu’il faut leur apporter de l’aide psychologique, les soigner, pour 21%, les isoler de la société, pour 18%, et même les supprimer, pour 4%. 41% croient qu’il faut limiter les droits des homosexuels, soit une grosse minorité opposée à 55% de sondés d’avis contraire. 41% considéreraient normal de pouvoir à nouveau procéder à des discriminations sur la base de l’orientation sexuelle des personnes. Le taux d’attitudes homophobes ne cesse d’augmenter, par rapport aux sondages en 1998 et 2005. Le projet de loi reflète parfaitement les attentes de la majorité de la population. Ainsi, la version du pouvoir « démocrate » à la russe consiste à soutenir la majorité (sans être d’ailleurs élu légalement par cette majorité), tout en reprimant les libertés basiques de la minorité. Ce que, en XXI siècle, on peut facilement appeler une perversion de la démocratie. Russie-Libertés condamne cette concéption de la démocratie, demande le retrait de ce projet de loi honteux et en appelle au soutien international des hommes et des femmes sensibles à la cause des droits humains, aux activistes LGBT, ainsi qu’aux politiques.