Pussy Riot : “le procès infernal” JOUR 6. (Extrait en français)

Nous publions un extrait de l’article de Novaya Gazeta sur le déroulement du procès sur Pussy Riot. Dès le début, leur procès a été marqué par des altercations entre les avocats des Pussy Riot et la présidente du tribunal, Marina Syrova. L’extrait que nous présentons donne une bonne illustration de ces alteractions, les arguments des avocats et du comportement de la présidente du tribunal.

Citations des jours précédents: Jours 1 et 2 ; Jour 3 ; Jour 4 ; Jour 5 .

Association Russie-Libertés.

L’avocate Volkova critique la troisième expertise qui sert de base pour l’accusation et demande d’appeler au tribunal l’un des auteurs de l’expertise, M. Ponkine.

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Avocate Volkova: « Les règles intérieures de l’église ne peuvent pas être objets du procès criminel. Qui plus est, le ouvreur de la Cathédrale du Christ Sauveur, dont les paroles sont citées dans l’expertise comme un avis autorisé, n’invoque aucun document. Il affirme nudis verbis que les femmes n’ont pas le droit de se situer sur la soléa. J’ai testé cela ce week-end en visitant le monastère Donskoy. Les femmes s’approchent des icônes sans aucun soucis en passant par la soléa et l’ambon, certaines n’avaient pas les têtes couvertes. Et personne ne leur fait même un reproche! » 11
Avocate Volkova : « D’après ce qu’on affirme [ dans l’expertise ], il l’entrée au CCS est interdite pour les femmes qui ont les épaules et les bras ouverts. Je suis entrée dans le monastère Donskoy avec mes bras ouverts et je ne me suis pas faite objet de l’ostracisme. En plus, l’expertise laisse imprécis ce qui est entendu par l’épaule – la notion anatomique ou celle qui est la plus employée [ en russe, l ‘épaule anatomique ( анатомическое плечо) est une partie du bras au-dessus du coude, tandis que le mot ‘плечо’ le plus souvent veut dire l’épaule ]. Si vous me regardez, Votre Honneur, je vous montrerai! » La juge Syrova, en regardant la table devant elle : « Non, je ne vous regarderai pas. » Volkova : « D’accord, dans ce cas je montrerai à mes collègues ». 11
Volkova : « Dans le sens commun du terme ‘плечо’, l’épaule, les épaules des jeunes filles était couverts. La règle 44 du Concile de Trulle qui est cité par l’expert n’interdit pas de marcher sur la soléa et l’ambon, il est interdit d’entrer dans l’autel. En même temps la règle 9 du Concile interdit d’ordonner les prêtres avant l’âge de 30 ans, tandis que Patriarch Kirill a été ordonné à l’âge de 23 ans. Doit-il être jugé? La règle 11 interdit de communiquer avec les juifs, suivre un traitement chez eux, se laver avec eux… Pourquoi l’expert cite le Concile de Trulle mais pas d’autres documents de l’histoire de l’église? Le code du roi Hammurabi, par exemple? Ou la loi de l’année 1649 ?». 11
Volkova : « les experts considèrent que les paroles ‘срань’ [ merde ] et ‘сука ’ [ putain ] sont adressées aux prêtres de l’église orthodoxe russe. Il n’est pas claire d’où i ls déduisent ça. Le mot ’ сука ’ n’est employé que dans le quatrième couplet – et les experts le mentionnent! - tandis que les jeunes filles ont chanté seulement le tout premier couplet ». (…) Volkova cite : « un persiflage dépréciatif et sophistiqué des sentiments des croyants orthodoxes… Il n’est pas claire pourquoi les croyants orthodoxes sont réuni dans un groupe. Il y a beaucoup de groupes parmi les orthodoxes, et ils ne sont pas tous respectueux les uns aux autres. Par exemple, l’église orthodoxe russe et les Fedoseevtsy [ un des mouvements des vieux croyants ] . Les uns et les autres sont des orthodoxes… Je voudrais retourner au mot ‘срань’ qui est répété beaucoup de fois dans l’expertise… 11
La juge Syrova : «Je déclare 5 minutes de pause pour que l’avocate puisse concentrer et émettre la requête brièvement ». 11
Volkova : « Je n’ai pas besoin de pause ! » Juge : « Nous sommes en train d’émettre les requêtes mais pas de présenter les preuves! » Volkova : « C’est justement ce que je fais : j’émets une requête! » La juge se lève et sort de la salle. Pause. 11
Avocate Volkova : « Hier nos requêtes ont été rejetées sous pretexte que’elles étaient « motivée insuffisamment ». Nous sommes obligés d’entrer dans les détails des circonstances parce que je suppose que la requête sera encore rejetée ». Juge Syrova : « Vous analyser les preuves! Vous le ferez pendant les débats! ». Volkova : « Mais je motive… » Syrova : « Ne contestez pas! ». 11
Volkova : « Vous n’avez pas le droit de m’interrompre pendant l’émission de la requête ». Syrova : « Si. Et la loi m’oblige de le faire! » 11
Volkova : « Les experts écrivent que la phrase : « La mère du dieu, deviens féministe » a un impacte négatif, choquant. Dans ce cas il y a une contradiction. La Constitution affirme que sur le territoire de notre pays les femmes ont les mêmes droits que les hommes. On peut déduire de l’expertise que l’EOR ne soutient pas les rapports constitutionnels entre les gens! 11
Volkova : « Il n’est pas claire quelles méthodes étaient utilisées par les experts, quand ils ont reçu les matériels et quels matériels ont été reçus, quelle est la partie du texte dont chacun des experts est responsable? Il n’y a aucun information sur ce sujet. Cette expertise est la seule preuve de l’accusation. Juriste Ponkine doit être interrogé! » 12
Deuxième avocat de Pussy Riot Mark Feyguine: « Je soutiens la requête. J’ai quelque chose à ajouter pour faire appeler Ponkine. Expert Ponkine a un rapport avec un certain Kouznetsov M.N. qui représente les intérêts de Potankine – victime des actions du groupe punk. Il y a une preuve pour cela. Ponkine a soutenu sa thèse de doctorat de sciences juridiques, il avait comme consultant M . Kouznetsov.La thèse est intitulée : Un état laïque moderne. La recherche constitutionnelle et juridique . En plus, ces deux personnes ont écrit des livres en collaboration : La discussion déshonnête sur l’enseignement religieux dans une école laïque la mensonge, la substitution, la xénophobie agressive et Sur le droit de la qualification critique de l’homosexualité . Voici l’illustration sur la couverture ». Juge : « Ne montrez pas la couverture au publique, ils ne participent pas au procès! ». 12
Feyguine lit la lettre ouverte des collègues de Ponkine, des juristes : « Ayant pris en considération tous ces faits, c’est la honte pour nous qu’un représentant de la communauté scientifique oublie la loi et l’éthique scientifique »… Il continue : « Comment un docteur des sciences juridiques a pu participer à une expertise linguistique et psychologique? Ce qui plus est, les questions qui ont été posées à l’expert, ont un caractère purement juridique et n’ont aucun rapport avec la psychologie et la linguistique ». Feyguine demande de joindre au dossier les couvertures des livres, l’attestation sur la thèse et la lettre des chercheurs. 12
Avocat des victimes Taratoukhine: « Je proteste contre la requête. Les avocats citent les articles qui concernent la récusation de l’expert mais pas son appel au tribunal pour l’interrogation. Il faut qu’il s’agisse des contradictions. (…) Et je suis contre la jonction au dossier de ces deux photocopies. Les pages de la thèse datent de 2002, l’expertise a eu lieu en 2012. Ponkine et Kouznetsov ont bien pu se mettre en bagarre depuis! Les couvertures de livres ne portent pas de timbre. En plus, l’opinion de Ponkine n’influence pas l’opinion de mes mandants sur ce qui s’est passé dans la cathédrale. 12
Pavlova : le livre sur les questions de la religion dans l’enseignement n’a aucun rapport avec l’affaire. La couverture Sur le droit de la qualification critique de l’homosexualité ne porte pas le nom d’auteur. Mais si c’était bien Ponkine qui a écrit ce livre, ça veut dire qu’il comprend quelque chose sur l’homosexualité, le féminisme et peut faire des conclusions. La photocopie de la lettre ouverte – peut-être ce n’étaient pas eux qui ont écrit cette lettre, peut-être c’est du montage? 12
Pavlova: «Volkova dit que cette expertise est la seule preuve. Mais dans le dossier les preuves de la culpabilité occupent 20 pages… On écoute (l’analyse de) l’expertise pendant 5 heures déjà. La conclusion de l’accusation n’en cite que 15 lignes. Mais si l’expertise n’est pas d’une bonne qualité, il fallait l’affirmer à l’étape de l’inspection, essayer de l’exclure des preuves, corriger les questions. (…) 12
Avocat Lyaline : « Je suis contre la jonction des documents, ils ne sont pas authentifiés correctement. Et toutes ces questions… On peut chicaner chaque mot! Par exemple, l’expert fait partie d’une communauté scientifique… On peut se demander : qu’est-ce que ça veut dire « partie »? « La science »? « Faire partie »? « Communauté »? Comment on peut « faire sa partie »? Etc. On ne fait que traîner le procès! 12
Procureur : « Les fondements de jonctions de documents des documents qui ne sont pas revêtu d’une manière appropriée sont insuffisants. Les fondements de l’appel de l’expert sont insuffisants. Je demande de refuser!

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J uge : (les requêtes) sont refusées. La source des documents n’est pas claire. Les œuvres scientifiques de l’expert n’ont aucun rapport avec l’affaire. Il n’y a pas de fondement pour la clarification ou complémentation de l’expertise. 12
Juge : « On passe à la discussion de l’ordre de l’investigation des preuves… » Volkova : « Mais nous n’avons pas encore terminé avec les requêtes! » Juge : « C’est moi qui dirige le procès! On constitue l’ordre de l’investigation de preuves… » 12
Volkova : « Nous ne pouvons pas émettre presque aucune requête pendant ce procès. D’abord vous faites appel au stade « pas encore », après vous direz : « le temps est passé ». Après avoir émis les requêtes nous comprendrons quelles preuves nous pourrons fournir ». Juge : « Est-ce que je comprends bien que vous n’avez rien à fournir? Alors nous pouvons passer à l’interrogation des accusés». Tolokonnikova : « Acceptez nos requêtes! » Juge : « Le stade des requêtes est passé! Vous avez eu la possibilité d’émettre les requêtes!» Alekhina : « Mais vous n’avez examiné que les requêtes de nos avocats! » Juge : « Vos avocats dérogent l’ordre de la session! » 13
Polozov : «Votre honneur! » Juge : « Je déclare la pause de diner! Une demi-heure. Pour que la défense puisse préciser les choses ».