Le rédacteur en chef adjoint de Novaïa Gazeta aurait été menacé de mort par le chef de la police judiciaire russe

Dmitri Mouratov, rédacteur-en-chef du quotidien russe Novaïa Gazeta a publié aujourd’hui une lettre ouverte au chef du comité d’enquête russe (une sorte de police judiciaire), le général Alexandre Bastrykine, dans laquelle il accuse ce dernier d’avoir séquestré et menacé de mort le rédacteur en chef adjoint de ce journal, Sergueï Sokolov.

Sergeï Sokolov (AP/Novaïa Gazeta)

Sergeï Sokolov (AP/Novaïa Gazeta) Dernières nouvelles (14 juin à 16h) : Le général Bastrykine aurait présenté ses excuses à Dmitri Mouratov et Sergeï Sokolov: « Je n’avais pas le droit de perdre mon sang froid, mais je l’ai perdu. Je vous exprime mes excuses » aurait-il dit lors d’une rencontre avec Dmitri Mouratov. https://www.novayagazeta.ru/news/57466.html

Sokolov a publié le 4 juin dernier un article intitulé « Tarif officiel de l’Etat: Dix mille et quelques roubles pour une vie » dans lequel il critique la légèreté de la condamnation de Sergeï Tsepovyaz, accusé d’avoir camouflé une violente tuerie de 12 personnes, dont un nourrisson et un adolescent de quatorze ans, et qui n’a écopé que d’une simple amende de 3 700 euros. Sokolov s’est indigné de cette situation et a qualifié les hauts fonctionnaires russes, dont Bastrykine, de « servants » de criminels.

Le générak Bastrykine n’a pas tardé à demander des excuses. Lors d’une réunion des forces de l’ordre au Caucase à laquelle Bastrykine a invité des journalistes, Sokolov se serait excusé du ton de l’article, mais aurait aussi posé des questions sur les détails de l’affaire Tsepovyaz. Finalement, le général n’aurait pas accepté ses excuses et l’aurait publiquement dénigré avec des menaces à peine voilées. Mouratov rapporte qu’à leur retour à Moscou la garde du général aurait fait asseoir Sokolov dans une voiture et l’aurait emmené dans une forêt de banlieue où Bastrykine l’aurait menacé de mort et aurait aussi “plaisanté” qu’il se chargerait lui-même de l’enquête après sa mort. Le 13 juin plusieurs journalistes parmi les plus connus du pays, dont le rédacteur en chef adjoint de la radio Echo de Moscou, ont organisé un “piquet” devant le siège du comité d’enquête. Ils ont été interpellés. Pour sa part, le parquet russe s’est refusé à tout commentaire. En attendant, Sergeï Sokolov a été obligé de se mettre à l’abri à l’étranger. Russie-Libertés exprime son inquiétude et son indignation face à cette situation, et exige des autorités russes qu’elles assurent la sécurité des journalistes et enquêtent sur les faits ennoncés par Dmitri Mouratov. Nous manifestons également notre soutien à Sergeï Sokolov et aux journalistes de Novaïa Gazeta, le journal où travaillait jusqu’à sa mort Anna Politkovskaïa. Enfin, nous demandons à tous de diffuser cette information le plus largement possible.