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« Renversement des morales » (D. Satter) – « Redéfinition de l’identité russe » (C. Vaissié) – « Le plus grand crime est la dégénérescence de la société » (K. Larina)

« Renversement des morales » (D. Satter) – « Redéfinition de l’identité russe » (C. Vaissié) – « Le plus grand crime est la dégénérescence de la société » (K. Larina)

Le constat qui a été fait à l’occasion de la conférence du 9 décembre sur les «(R)ÉVOLUTIONS ET DROITS HUMAINS EN RUSSIE : 1917 – 2017», organisée à la Sorbonne par l’association Russie-Libertés et l’association des Droits de l’Homme de la Sorbonne, révèle que ces révolutions de 1917 ont laissé des séquelles qui n’ont de cesse de trouver leurs échos dans une société russe en quête de son identité nouvelle. Comme l’a justement souligné Cécile Vaissié : « en Russie il y a une guerre froide autour de la mémoire et de la redéfinition de l’identité russe. » Selon David Satter, la Russie n’a pas encore dépassé l’héritage du bolchevisme. Ainsi, alors que la dépouille de Lénine repose toujours au mausolée, la commémoration de 1917 n’est plus ce qu’elle était et les événements de 1917 sont qualifiés comme événements les plus contradictoires de l’histoire du pays.

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De toute évidence, la notion de révolution n’est pas ce que l’État souhaite commémorer aujourd’hui. La crainte du Kremlin vis-à-vis de la notion révolutionnaire réside dans le danger des conséquences d’une contestation quelconque. « La seule chose que craint le pouvoir russe est que toute la lumière soit faite », constate Ksenia Larina. Et pour cela, l’action des ONGs, des militants, des artistes et toute autre voix de résistance est extrêmement importante. « Toute réaction, surtout non anonyme, et même si celle-ci provient de l’étranger, pourra aider considérablement », ajoutait Gregoriy Shvedov.cof

Le recul des droits se constate dans toutes les sphères de la vie des citoyens russes. Ainsi, les artistes se voient privés de leur liberté artistique. Les écologistes privés de leurs actions pour l’environnement. Et les citoyens poussés vers une indifférence généralisée.

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« Hier, à l’avant-première du ballet « Noureev » au théâtre Bolchoï, toute l’élite était présente : les fonctionnaires, les ministres, même le ministre de la Culture ! Quel niveau de cynisme faut-il atteindre pour d’une main applaudir et d’une autre enfermer le metteur en scène du ballet ? », s’exclamait Ksenia Larina sur la situation de Kirill Serebrennikov assigné à résidence depuis le 23 août 2017.   

Une dissidence artistique est née en Russie, comme à l’époque Stalinienne. Des artistes sont pourchassés, des théâtres fermés et des films interdits.

La situation avec les écologistes est la même. Comme en témoignent Nadezhda Kutepova et Evguenia Tchirikova. Mais de plus en plus de mouvements citoyens naissent en Russie et les revendications sont multiples. Ces mouvements sont faibles et ont besoin de soutien. Le soutien de l’Europe est important et sans une pression extérieure sur le Kremlin, les choses ne pourront avancer.

Evguenia Tchirikova met en garde sur les dangers du projet Nord Stream 2 : « C’est un nouveau pacte Molotov-Ribbentrop entre la Russie et l’Allemagne ! Il permettra à Poutine de sécuriser ses exportations de gaz, lui donnera des moyens de pression supplémentaires sur l’Europe et la possibilité d’enclencher de nouvelles campagnes militaires dans les pays limitrophes. […] En achetant le gaz à Poutine, l’Europe finance sa propagande, les répressions contre son peuple et l’influence du régime poutinien sur l’Europe même. J’appelle donc les européens à ne pas acheter le pétrole et le gaz à Poutine ! »

Nous l’aurons compris – la détresse de ceux qui résistent en Russie est grande, mais l’espoir et le courage de changer les choses l’est encore plus.

Les révolutions de 1917 n’ont peut-être pas libéré le peuple russe à l’instar de la révolution française, mais la volonté de vivre dans un pays plus juste est toujours là et les braises ardentes de la liberté peuvent encore donner des flammes !

 

Conférence du 9 décembre 2017, à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, organisée par Russie-Libertés en partenariat avec l’Association des Droits de l’Homme de la Sorbonne.

Intervenants :

  1. DROITS AUX ÉLECTIONS LIBRES ET À LA PLURALITÉ POLITIQUE :
    Dominique Bromberger (journaliste français et auteur de « C’est ça, la Russie »), Yves Cohen (Directeur d’études à l’EHESS), Philippe Comte (maître de conférences de langue et civilisation russes contemporaines à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne), David Satter (journaliste américain, auteur de « The less you know, the better you sleep »), Cécile Vaissié (professeur en études russes et soviétiques à l’université Rennes 2, auteur de « Les réseaux du Kremlin en France ») ;
  2. LIBERTÉ D’EXPRESSION ET LIBERTÉ ARTISTIQUE : Yulia Berezovskaya (journaliste russe et fondatrice du média indépendant Graniru.org), Galia Ackerman (docteure en histoire et journaliste, spécialiste de la Russie), Jean-Pierre Thibaudat (journaliste, écrivain, conseiller artistique), Ksenia Larina (journaliste russe à la radio EKHO de Moscou et critique théâtrale, membre du comité de soutien à Kirill Serebrennikov), Grigoriy Shvedov (rédacteur en chef de l’agence de presse Caucasian Knot Kavkaz-uzel.eu) ;

3. LIBERTÉ DE RASSEMBLEMENT ET DE MANIFESTATION : Evguenia Tchirikova (militante écologiste russe, fondatrice du projet Activatica.org), Nadezhda Kutepova (sociologue, défenseur des droits de l’Homme et fondatrice de l’ONG russe « Planète des Espoirs »), Véronika Dorman (journaliste à Libération, spécialité Russie-espace post soviétique, auteur de « Amnésie russe, 1917-2017 »).