By ruslibinfo

La journaliste Natalia Estemirova a été assassinée il y a dix an, jour pour jour, dans le Caucase russe.

Ten years ago, I was walking on a boulevard in central Moscow when my phone rang.

It was a glorious summer day. The day before, I had returned from a week-long trip to Chechnya, which was grueling but productive. After melting in a stifling car from morning to dusk in different villages, interviewing local residents about torture, killings, and house-burnings, and then typing it all up until 3 a.m. every night, everything was ready to make these harrowing abuses public.

There were practically no loose ends to tie up before I could finally take a week of vacation. Squinting at the sun, I lazily thought about how my favorite sundress was frayed at the seams. Some shopping was in order. I was mentally working on a shopping list when I pulled out the buzzing phone from my bag.

“Natasha’s disappeared,” the voice of a Chechen friend said, sounding almost uncertain and apologetic. I stopped dead in my tracks. In ordinary conversations, “she disappeared” is often no different from “she stood me up.” In Chechnya however, it can mean something else – like that security officials had dragged her off. It can mean torture and possibly death. “Tell me all you know,” I replied.

The truth slowly came together. Natasha Estemirova, a star human rights defender in Chechnya and a close friend, was murdered on July 15, 2009. Security officers dragged Natasha into a car as she left her apartment building in Grozny in the early morning and sped away.

Neighbors saw it from their apartment windows. Some even heard her calling out, « I’m being kidnapped! » but given the level of repression in Chechnya, people chose to mind their own business. Reporting a crime by local law enforcement agents could make you their next victim.

Security officers dragged Natasha into a car as she left her apartment building in Grozny in the early morning and sped away.

Natasha in a mountain village of Chechnya’s Nozhai-Yurt district, 2008.Tanya Lokshina, 2008

At first, Natasha’s colleagues at Memorial, Russia’s leading human rights organization — which has worked in Chechnya since the early 1990s when the armed conflict in the region began — weren’t too worried when she missed a couple of meetings that morning. Natasha tended to cram so much into her schedule that at times she showed up late or totally forgot about an appointment. But when she failed to pick up her 15-year-old daughter as scheduled at 2:30 p.m., everyone got worried and began looking for her.

Ten years later, Natasha’s daughter, Lana, would describe that horrific day in a book she’s writing about Natasha: “No one can reach my mum, both of her phones are unavailable. Something happened. She’s probably at some official’s office, unable to charge her phones.  Or maybe she’s been detained… These kinds of things happen to mum from time to time, I can imagine that she’ll return with a good story. The clock is ticking: 3 p.m., 4 p.m., 5 p.m. Mum is not there… I get reassured by everyone  nothing bad has happened to your mum, she’s going to be fine… Of course, she’s going to be fine, she’s my mum! Whatever ordeal life throws at her, mum comes back in one piece. I just hope she comes back today.” She did not.

Natasha’s bullet-riddled body was found later the same day… [She] died like many people whose stories she documented — living her life for them and at the end, becoming one of them.

Natasha’s bullet-riddled body was found later the same day. For many years, Natasha had reported on forced disappearances and extrajudicial executions in Chechnya, first by Russia’s federal military and security personnel and later by Chechen law enforcement officials. Those forces operated under the de facto control of Ramzan Kadyrov, chosen by the Kremlin to run the turbulent region and given a free rein to ruthlessly eradicate all forms of dissent. Natasha died like many people whose stories she documented — living her life for them and at the end, becoming one of them.

Russian authorities have made little attempt to ensure accountability for Natasha’s murder. The threats against Natasha and Memorial by Chechen authorities pointed to possible official involvement in her killing. Yet one year later, the investigation had its eyes firmly on one theory only: Natasha had been shot by an insurgent, who conveniently disappeared soon after, and her murder was supposedly intended to discredit Chechnya’s leadership and the Kremlin.

“The version about the insurgent perpetrator came about in the first half of 2010 and since then, officials have been doing nothing but shuffling papers and repeatedly suspending and re-opening the investigation,” said Kirill Koroteev, a human rights lawyer who has been working on Natasha’s case at the European Court of Human Rights. The complaint about the authorities’ failure to conduct an effective investigation into her murder was lodged by Natasha’s family in 2011.

I know that history will be on Natasha’s side. Justice may take years. But one day it will come.

The views expressed in opinion pieces do not necessarily reflect the position of The Moscow Times.
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe

Les citoyens russes doivent continuer à bénéficier de la protection de la CEDH, mais pas à n’importe quel prix.

La session d’été de ­l’Assemblée parlementaire du Conseil (APCE), qui aura lieu le lundi 24 juin, examinera la possibilité de lever les sanctions à l’encontre du Kremlin. Ces sanctions ont été décidées en 2014 suite à l’annexion illégale de la Crimée et les actions du Kremlin dans la guerre dans l’Est de l’Ukraine. Ces sanctions sont justifiées et n’ont pas de composante économique. A ce stade, le Kremlin n’a fait aucune avancée suffisante dans la résolution de la crise en Ukraine. Les autorités russes continuent les violations des droits humains sur le territoire de la Russie et en dehors. Dans le même temps, la menace de quitter le Conseil de l’Europe, portée par le Kremlin, représente un risque majeur pour des millions de citoyens russes pour qui la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est une importante protection.

Nous saluons les efforts réalisés par différents pays et organisations afin d’éviter un départ de la Russie du Conseil de l’Europe et soulignons l’importance que représente la protection de la CEDH pour la société civile russe et des millions de citoyens de la Fédération de Russie. Nous soulignons que les autorités russes seraient les seuls responsables d’un éventuel départ de la Russie du Conseil de l’Europe. Dans le cadre de la session de l’APCE qui s’ouvre le 24 juin, nous appelons l’ensemble des participants à trouver un compromis garantissant la pleine protection des citoyens russes par la CEDH, et donc le maintien de la Russie dans le Conseil de l’Europe, tout en poursuivant une pression sur le Kremlin afin de conduire les dirigeants russes à cesser leur politique agressive en Ukraine et les violations des droits humains.

RL Devant L'ambassade

Libérez Golunov: Nous appelons à manifester demain dimanche 9 juin 2019 à 14h devant l’ambassade de Russie à Paris.

Arrestation du journaliste d’investigation Ivan Golunov
Russie-Libertés dénonce le caractère abusif et les conditions de l’arrestation, ainsi que de détention, du journaliste d’investigation russe Ivan Golunov.
Nous exigeons que ses droits, ainsi que ceux de tous les journalistes russes, soient respectés !

Nous appelons à manifester demain dimanche 9 juin 2019 à 14h devant l’ambassade de Russie à Paris ( à signer la pétition pour sa libération :


RL devant L'ambassade Russe

Libérez Golunov!

Ivan Golounov, un journaliste d’investigation russe arrêté à Moscou pour détention de drogue (aprés Le Monde avec AFP)

La direction de « Meduza », le média indépendant pour lequel il travaille, signale que le journaliste avait « reçu des menaces » en raison d’une enquête sur laquelle il travaillait.

La police russe a annoncé, vendredi 7 juin, avoir arrêté Ivan Golounov – un journaliste d’investigation, reconnu pour son travail d’enquête, notamment sur la mairie de Moscou – pour détention de drogue.

Il a été interpellé jeudi dans le centre de Moscou en possession de près de 4 grammes de méphédrone, une drogue de synthèse, trouvés dans son sac à dos, a affirmé un porte-parole de la police.

Selon la même source, les policiers ont ensuite trouvé lors d’une perquisition à son domicile d’autres sachets avec des stupéfiants et une balance. La branche locale du ministère de l’intérieur a diffusé des photographies de ce qu’elle présente comme des appareils artisanaux servant à fabriquer de la drogue de synthèse. Le journaliste est soupçonné de « trafic de drogue » et encourt jusqu’à quinze ans de prison.

Coup monté

Ivan Golounov, âgé de 36 ans, dément les accusations portées contre lui. Selon son avocat, Dmitri Djoulaï, son client a été frappé à deux reprises lors de sa détention par les policiers, qui ont longtemps refusé qu’il ait accès à sa défense. « De nombreux éléments laissent à penser que les drogues ont été placées à son insu », a indiqué M. Djoulaï, évoquant de nombreuses violations dans le travail de la police dans cette affaire.

« Nous sommes convaincus qu’Ivan Golounov est innocent. De plus, nous avons des raisons de croire que Golounov est poursuivi en raison de son activité journalistique », a indiqué dans un communiqué la direction de Meduza, ajoutant que le journaliste avait « reçu des menaces ces derniers mois » en raison d’une enquête sur laquelle il travaillait. C’est aussi la certitude de ses collègues travaillant pour les médias indépendants en Russie, qui citent des menaces récurrentes.

Ivan Golounov, que son média décrit comme « l’un des journalistes d’investigation les plus connus de Russie », a notamment publié des enquêtes sur les escroqueries menées par les entreprises de microcrédits, sur la crise des déchets à Moscou, sur le partage mafieux du business des cimetières et d’autres affaires de corruption et de détournement de fonds.

« La réputation professionnelle d’Ivan Golounov est sans faille. C’est un journaliste méticuleux, honnête et impartial », a ajouté la direction de Meduza, média basé à Riga, en Lettonie, pour échapper au contrôle des autorités russes.

Un manifestant arrêté devant des locaux du ministère de l’intérieur, à Moscou, le 7 juin 2019.
Un manifestant arrêté devant des locaux du ministère de l’intérieur, à Moscou, le 7 juin 2019. ALEXANDER NEMENOV / AFP

Le syndicat des journalistes russes a appelé à manifester individuellement vendredi soir, les rassemblements étant interdits. L’organisation Reporters sans frontières (RSF) s’est pour sa part dite « très inquiète » de l’arrestation d’Ivan Golounov et du « comportement très suspect de la police », qui suggère, selon l’ONG, « des accusations montées de toutes pièces pour faire taire un journaliste d’investigation connu pour ses reportages percutants ».

L’affaire, si elle s’avère être montée de toutes pièces, « marquerait une escalade significative dans la persécution du journalisme indépendant en Russie », a déclaré le responsable de l’Europe de l’Est pour RSF, Johann Bihr. La Russie figure à la 149place du classement de la liberté de la presse de RSF en 2019, sur un total de 180 pays.

Chambre 17

L’ONG Russie-Libertés œuvre pour la défense de la liberté d’expression.

Les éditions Les petits matins sont la cible d’une attaque en diffamation pour le livre de l’universitaire spécialiste de la Russie Cécile Vaissié, « Les Réseaux du Kremlin en France », paru en mars 2016. Le procès a lieu les 14 et 15 mars devant la 17e chambre du Tribunal de Paris.

Russie-Libertés apporte son soutien amical à l’éditeur de notre livre « Les autres visages de la Russie » et à Cécile Vaissié.

Chambre 17
Chambre 17
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Centre Panthéon, 12 place du Panthéon, amphithéâtre III, « Le Kremlin et la vague réactionnaire en Europe », le 15 décembre à La Sorbonne.

Russie-Libertés, en partenariat avec Ukraine Action et l’Association des Droits de l’Homme de la Sorbonne, vous convie à la conférence sur le thème « Le Kremlin et la vague réactionnaire en Europe », le 15 décembre à La Sorbonne, (Centre Panthéon, 12 place du Panthéon, amphithéâtre III). Pour plus de précisions, cet amphithéâtre se trouve dans l’aîle dite « Soufflot » du bâtiment.

Plusieurs pays européens connaissent aujourd’hui une nouvelle montée des mouvements nationalistes et eurosceptiques. Là où ces mouvements ont pu arriver au pouvoir, comme en Hongrie ou en Italie, il est souvent possible de noter une forte proximité avec le Kremlin et ses idées. Sans être la seule cause de cette « vague réactionnaire », le Kremlin est souvent présent, par des liens directs ou indirects, pour soutenir et alimenter cette vague.

A l’approche des élections européennes qui s’annoncent déjà cruciales pour l’avenir de l’Europe, il est donc intéressant de s’interroger sur les méthodes qui permettent à Vladimir Poutine de soutenir les forces réactionnaires. Il est également important d’analyser comment et pourquoi le Kremlin tente de déstabiliser les institutions démocratiques, propager la défiance, désinformer et promouvoir des formes de gouvernements autoritaires.

Russie-Libertés, Ukraine Action et l’Association des Droits de l’Homme de la Sorbonne vous invitent à échanger autour de ce thème d’actualité avec des experts, militants, journalistes, écrivains et responsables politiques européens.

Introduction : Mael Cheref (ADHS) et Alexis Prokopiev (Russie-Libertés).

Comment le régime de Poutine joue contre l’Union européenne via des liens directs ou indirects avec des forces politiques réactionnaires ?

Animation : Olga Nikolaeva (Russie-Libertés)
Intervenants :
Lyudmyla Kozlovska, présidente de Open Dialogue Foundation
Anya Stroganova, journaliste RFI
Anton Shekhovtsov, chercheur associé, Institute for Euro-Atlantic Cooperation

Le Kremlin n’est sans doute pas le seul facteur des menaces qui pèsent sur l’État de Droit en Europe, toutefois, comment le régime de Poutine tente de déstabiliser les institutions démocratiques, propager la défiance, désinformer et promouvoir des formes de gouvernements autoritaires ?

Intervenants :
Anna Garmash, Ukraine-Action
André Gattolin, sénateur LaREM, Vice-Président de la commission des affaires européennes
Ioulia Berezovskaya, directrice générale du site

MOT DE FIN : Comment l’Europe peut se réformer pour stopper la vague réactionnaire et agir contre cette influence ?

Autres intervenants à confirmer.


l’inscription est obligatoire

Des lectures des derniers écrits de la militante russe, par la compagnie théâtrale W, ont animé la cérémonie d’hier, marquée par l’allumage de douze bougies en sa mémoire. Une vingtaine de personnes était présente

Au Havre, vers d’autres formes d’hommages pour la journaliste Anna Politkovskaïa. par Arnaud ROUXEL

Depuis 2014, il fait campagne en citoyen pour honorer au Havre la mémoire d’Anna Politkovskaïa. Dominique Rougeventre a organisé hier, à 18 h, un nouveau rassemblement, quartier de l’Eure, rue des Chargeurs réunis, dans la plaine de jeux qui porte le nom de la journaliste russe abattue le 7 octobre 2006. Après avoir obtenu qu’y soit installée une plaque en son hommage, inaugurée en juin dernier, le militant souhaite donner d’autres formes à ses témoignages d’estime envers celle qui dénonçait les excès du pouvoir russe, des guerres en Tchétchénie, la corruption et surtout les privations de liberté.

Souhaitez-vous organiser un rassemblement chaque année, à la date anniversaire de sa mort ?

« En 2016, nous l’avions fait pour faire un peu pression afin qu’un espace public porte son nom. Maintenant, la plaque est là. C’est une première chose. Cet espace vit, mais il faut que les gens sachent pourquoi il s’appelle ainsi. J’ai d’autres projets, pour que l’hommage prenne des formes différentes. J’aimerais qu’un travail ait lieu avec les élèves du tout proche lycée Saint-Vincent-de-Paul. Que l’on trouve des partenaires. Pourquoi ne pas monter aussi une expo, une pièce de théâtre la concernant ? »

Pourquoi avez-vous tant d’admiration pour cette femme ?

« C’était une personnalité exceptionnelle. Au charisme indéniable. Elle osait risquer sa vie. Je ne suis plus engagé à Amnesty international mais je m’intéresse à toutes les violations des droits humains. Anna est l’incarnation de la défense de ces droits, qui nous concernent tous. Elle est une icône du combat pour la liberté d’expression. D’autres le poursuivent à leur manière. Nous avons la chance de recevoir ce soir (hier soir) l’un des fondateurs de l’association Russie-libertés, Nicolaï Kobliakov (qui devait s’exprimer durant la cérémonie d’hier, puis, plus tard dans la soirée, après la projection du film Lettre à Anna, au Studio, NDLR). »

Parlez-nous de ce film documentaire – « Lettre à Anna » – de 2008.

« Elle y témoigne. Il traite de son parcours, de son travail, de la situation de l’époque. Qui reste terrible aujourd’hui en Russie. »

L’allumage de douze bougies en mémoire d'Anna.
L’allumage de douze bougies en mémoire d’Anna.
FIFA President Gianni Infantino and President of Russian Federation Vladimir Putin stay on the stage with a Trophy during FIFA World Cup Trophy Tour at Luzhniki stadium on September 9, 2017 in Moscow, Russia. (Oleg Nikishin/FIFA/Getty Images)

Coupe du Monde de football : faisons entendre les autres voix de la Russie !

Coupe du Monde de football : faisons entendre les autres voix de la Russie !

La Coupe du Monde de football 2018 débute le 14 juin prochain en Russie. Cette grande fête du sport, qui sera suivie par des millions de personnes à travers le monde, ne doit pas faire oublier la situation désastreuse de l’Etat de droit en Russie. Cet événement peut être l’occasion de faire entendre les voix russes que certains essayent de faire taire.

32 équipes, 12 stades, des milliers de supporters venant du monde entier… La Coupe du Monde de football 2018 est aussi un événement important pour beaucoup de Russes, passionnés (ou pas) par le ballon rond.

L’actualité nous le rappelle tous les jours, ce moment festif et fraternel ne doit pas faire oublier la dégradation de l’Etat de droit en Russie et les violations des principes fondamentaux du respect des droits humains. Depuis les grandes manifestations pour des élections justes, en 2011-2012, de nombreuses lois sont venues réduire les droits et les libertés des Russes comme la loi limitant le droit de manifester, la loi des « agents de l’étranger » qui vise les ONG, la loi « contre la propagande de l’homosexualité auprès des mineurs » qui vise les personnes LGBT, etc… Ces lois ont été accompagnées de pressions sur la société civile, arrestations et jugements arbitraires, multiplication du nombre de prisonniers politiques… Certains militants ont été poussés à l’exil, d’autres réduits au silence. L’odieux assassinat de l’opposant Boris Nemtsov a résonné comme un choc. Les conflits en Ukraine et en Syrie ont eu un impact important à l’extérieur, comme à l’intérieur du pays.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Coupe du Monde, nous appelons la communauté internationale qui sera présente en Russie à ne pas oublier cette situation et à se mobiliser pour faire entendre les autres voix de la Russie, comme les voix de la société civile et des minorités qui subissent des discriminations. Comme la voix du metteur en scène Kirill Serebrennikov, assigné à résidence, et celle d’Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien en grève de la faim dans une prison russe, et également celle d’Oyoub Titiev, militant pour les droits humains emprisonné en Tchétchénie.

Le monde entier aura les yeux rivés sur les stades de la Russie, nous appelons les membres des délégations internationales, les journalistes mais aussi les sportifs et les supporters (dans le cadre du règlement de la FIFA) à exiger la libération de Serebrennikov, Sentsov et Titiev. Pendant la Coupe du Monde, faisons entendre les autres voix de la Russie !



Après Saint-Pétersbourg, les messages et les attentes

La rencontre entre les présidents français et russe, qui s’est déroulée le 24 et 25 mai, a permis de soulever plusieurs sujets importants liés à la défense des droits humains. Désormais nous attendons encore plus d’avancées.

La rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg s’est déroulée dans un contexte particulier avec l’affaire d’Oleg Sentsov, cinéaste ukrainien condamné en 2015 à 20 ans de prison, qui est, depuis maintenant 13 jours, en grève de la faim avec pour exigence la libération des prisonniers politiques ukrainiens en Russie; l’affaire du « Studio 7 » et de Kirill Serebrennikov, le réalisateur russe assigné à la résidence pour une affaire de “corruption” sans preuves réelles; enfin l’arrestation depuis plusieurs mois d’Oyub Titiev, directeur de l’organisation russe de défense des droits humains Memorial à Grozny.

Pour nous, et pour la société civile russe, les attentes étaient donc nombreuses. Il était donc d’autant plus important pour nous tous d’entendre le Président de la République française, lors de la conférence de presse commune avec Vladimir Poutine, de prononcer les noms d’Oleg Sentsov, Kirill Serebrennikov, et de mentionner les défenseurs des droits humains en Russie.

Les rencontres avec le directeur de l’ONG Memorial, Alexandre Tcherkassov, et Natalia Soljenitsyne, la veuve de l’écrivain Alexandre Soljenitsyne, ont donc constitué non seulement des moments symboliques mais aussi des messages importants adressés à la société civile russe. D’après l’ONG Memorial, lors de cette réunion, l’une des principales questions a été la libération d’Oyub Titiev et d’Oleg Sentsov. La journaliste Zoya Svetova a également évoqué ces questions avec Emmanuel Macron.

Après ces rencontres et les messages importants, nous espérons que la France continuera à jouer un rôle important, notamment à l’occasion de la Coupe du Monde de football en Russie, afin d’exiger la libération des prisonniers politiques et de défendre les droits humains en Russie. Nous demandons également aux autorités russes d’entendre ces messages, et ceux de la société civile, de libérer les prisonniers politiques injustement condamnés ou poursuivis.

Photo: Victoria Odissonova, Novaya gazeta


« Il n’est pas notre Tsar ». C’est le nom de la manifestation qui s’est déroulée le 5 mai dernier à Moscou et dans plus de 90 villes de Russie. L’action a réuni les sympathisants d’Alexei Navalny, l’un des opposants du Kremlin le plus populaire. Elle a été organisée deux jours avant l’investiture de Vladimir Poutine au poste de président de Russie. Navalny a appelé les gens à venir manifester partout dans les rues pour le « droit de chacun d’être citoyen de son pays ».

La majorité des opposants s’est rassemblée autour du monument de Pouchkine. L’action s’est soldée une fois de plus par des arrestations : 712 personnes arrêtées à Moscou et plus de 1 600 à travers le pays. Comme le 26 mars 2017 lors de la manifestation contre la corruption, les participants sont jeunes, souvent adolescents, lycéens et collégiens. Leur leader Alexei Navalny a été également arrêté et relâché le lendemain.

Une différence notable a démarqué les événements de ce 5 mai : la jeunesse russe s’est retrouvée face à non seulement aux agents de forces de la police spéciale, mais aussi face aux activistes du NOD (mouvement nationaliste) et des Cosaques. Agressions physiques, insultes, coups de fouet, coups de matraque à l’intérieur même des fourgons de police : voici la réponse du régime aux opposants.

Le média The Bell nous révèle que l’ « Armée Centrale Cosaque » a été financée par la Mairie de Moscou. Le soutien aux cosaques est ouvertement confirmé sur le site officiel de la Mairie. Selon les données communiquées par The Bell, en 2016-2018 « l’Armée Centrale Cosaque » a signé trois contrats du Département de la Politique Nationale et des Relations Interrégionales du Gouvernement de Moscou pour 15,9 millions de roubles. Le but de ces contrats est « de former et de consolider les connaissances et compétences nécessaires pour mener des activités visant à protéger l’ordre public et à assurer la sécurité lors des manifestations publiques et de masse dans la ville de Moscou ».

Il y a 6 ans, le 6 mai 2012 à la place Bolotnaïa la manifestation a marqué un moment tournant dans l’histoire du régime actuel : l’Etat a dressé les forces de police et le système judiciaire contre des manifestants et opposants pacifiques. Ce 5 mai 2018, nous constatons que le régime a donné le feu vert aux militants nationalistes, Cosaques et autres partisans de mouvements ultras pour agresser ces manifestants.

Les mêmes méthodes agressives employées contre les manifestants ont été signalées à Saint-Pétersbourg, Iakutsk et d’autres villes russes. Les côtes cassées, des brulures provoquées par taser électrique, le refus des soins médicaux aux victimes – un bilan déplorable de cette journée de mobilisation citoyenne.

De plus, le gérant de l’association juridique de défense des droits de l’homme « Agora » Pavel Chikov a rapporté sur sa chaîne Telegram que « le service de police de Moscou avait annoncé le plan « Forteresse » – une convocation urgente du personnel pour empêcher l’accès aux installations particulièrement importantes. Ce qui implique un accès limité aux avocats ». Autrement dit, le droit à la protection juridique des personnes interpellées et détenues aux postes de police risque d’être limitée ou bafouée. Alors que l’affaire de Bolotnaïa vient d’être close après l’expiration du délai de prescription, des nouvelles affaires judiciaires s’ouvrent suite aux interpellations du 5 mai 2018. Ainsi l’habitant de Saint Petesrbourg Mikhail Tsakounov est accusé d’agression sur l’agent de police lors de la manifestation du 5 mai. Selon Mikhail, il a été arrêté par la police dans la rue, en dehors du lieu de manifestation, tabassé dans le fourgon de police et ce n’est que lendemain qu’il a appris qu’il est accusé d’agression d’un policier. Les enquêteurs n’ont aucune pièce à conviction ni enregistrement vidéo prouvant cette agression, l’accusation se base uniquement sur le témoignage du policier. Des affaires similaires montées de toutes pièces ont servi à condamner les manifestants de Bolotnaïa pour des peines de 2 à 3 ans de prison. Nous déplorons que le système judiciaire se serve des mêmes techniques dans cette nouvelle affaire.

Dans cette ambiance se déroulera l’investiture du président Poutine, le président qui proclame une « Russie forte, unie, ferme ».

Nous soutenons l’aspiration du peuple russe de vivre dans un pays ouvert, sous un régime démocratique, qui respecte sa volonté.

Nous exigeons la libération immédiate de tous les manifestants pacifiques et l’arrêt de toutes actions juridiques infondées contre de simples citoyens qui osent élever leurs voix.

Photo: Victoria Odissonova, Novaya gazeta