Nemtsov portrait on Nemtsov most

Un homme libre.

« Un homme libre, peut-être un peu trop ».  C’est le titre du film documentaire sur Boris Nemtsov où ses amis et ses collègues le décrivent comme une personne pleine de vie, d’humilité et de volonté dans la poursuite de ses objectifs.

Ses convictions lui ont coûté la vie. Dans la nuit du 28 Février 2015, il a été abattu près de la Place Rouge à Moscou. Une belle mort pour un bon vivant qu’il était. Probablement le plus vivant des hommes politiques russes, il le reste paradoxalement même après sa mort. Tous ceux qui l’ont croisé, gardent un souvenir lumineux de Boris Nemtsov : entouré des habitants de la ville de Nijni Novgorod, où il a été gouverneur ; au milieu d’une manifestation d’opposition en plein centre de Moscou ; retenu par les agents de police ; souriant à une conférence de presse. Il  était l’incarnation d’un homme politique que la Russie aurait pu avoir : grand, extrêmement intelligent (il était diplômé en sciences physiques, l’auteur de plus de 60 publications sur la physique quantique, thermodynamique et acoustique), simple, drôle et débordant de projets. Réformateur, tout au long de sa carrière, il a cherché à faire évoluer ce pays vers la liberté.

Réformes, évolution et liberté ne sont pas à l’honneur en Russie d’aujourd’hui. Sous promesse de stabilité et de prospérité, manipule le peuple russe, déforme son histoire et enferme ceux qui tentent d’ouvrir les yeux à la population.

A quel moment Boris Nemtsov a attiré les foudres du Kremlin ? Etait-ce quand il a parcouru la Russie pour rassembler un million des signatures contre la guerre en Tchétchénie ? Probablement le jour où il a prononcé son discours au parlement des Etats-Unis avec la proposition d’adopter la liste de Magnitski visant personnellement les fonctionnaires haut placés, responsables de violations des droits de l’Homme en Russie ?  Etait-ce quand il a soutenu le mouvement libératoire en Ukraine et s’est opposé ouvertement à la guerre du Donbass ? Ou bien, quand il a publié son rapport « Poutine et la guerre » en ouvrant les yeux du monde entier sur la nouvelle guerre « glorieuse » dans le Donbass, avec l’implication des forces russes, et sur l’annexion de Crimée violant 3 traitées internationaux ? Cela pourrait être enfin son rapport sur les jeux olympiques de Sotchi qui étaient selon lui une des plus grandes sources de corruption dans l’histoire de la Russie ?

Nous ne le saurons vraisemblablement jamais, car l’enquête judiciaire ouverte après son assassinat piétine, les « coupables » ou plutôt les exécutants sont condamnés à 20 ans d’emprisonnement alors que les noms des commanditaires n’ont jamais été révélés.

Le tribunal militaire du district de Moscou et la Cour suprême, qui se sont prononcés sur cette affaire, ont refusé de donner à ce crime la qualification d’assassinat à motivation politique, ont également refusé d’entendre le supposé organisateur du meurtre Rouslan Géremeev, les frères Delimkhanov, le président de Tchétchénie Ramzan Kadyrov et le chef de la Garde russe, le général Zolotov ainsi que d’autres personnes impliquées.

Pardessus tout, le service fédéral de sécurité a refusé de fournir les enregistrements vidéo du moment du meurtre des nombreuses caméras présentes sur le pont. En effet, d’après la réponse officielle de ce service spécial, il n’y aurait pas de caméras vidéo autour de la Place Rouge, ce qui est difficile à croire.

Selon Sergei Sokolov, journaliste à Novaya Gazeta, l’enquête sur le meurtre de Boris Nemtsov entrera un jour dans les manuels de criminologie comme une triste illustration de l’impuissance professionnelle des forces de l’ordre dans un pays qui n’est pas régi par la loi, mais par l’«opportunisme politique».

Boris Nemtsov, quant à lui, est déjà entré dans l’histoire de son pays, un grand homme avec des grands espoirs et un sourire ravageur.

Pour savoir plus sur l’enquête du meurtre de Boris Nemtsov, nous vous invitons à lire le rapport de l’avocat Vadim Prokhorov ici :

http://nemtsovfund.org/2018/01/rassledovanie-ubijstva-borisa-nemtsova-kratkaya-spravka-ot-vadima-prohorova/