Un grand procès politique: Ils encourent jusqu’à vingt ans de prison pour la manifestation du 6 mai 2012.

La manifestation d’opposition du 6 mai 2012 s’est terminée par des heurts entre policiers et manifestants. Les poursuites pénales pour «troubles de masse» initiées par le Comité d’investigation comptent pour le moment 19 prévenus, dont 13 sont en détention provisoirement. Certains d’entre eux encourent jusqu’à vingt ans de prison.

L’un des protagonistes, Maxime Louzianine, vient d’écoper de quatre ans et demi de camp. L’affaire du 6 mai 2012 est devenu un procès politique pour l’exemple afin d’effrayer les activistes de l’opposition. 

Russie-Libertés exige la libération immédiate de tous les prévenus, ainsi qu’un nouvel examen approfondi et sans parti pris de l’affaire pour rétablir la vérité.

Le 29 octobre 2012, la détention de Vladimir Akimenkov, un des protagonistes  de l’affaire des «troubles de masse» sur la place Bolotnaïa  le 6 mai dernier, a été prolongée jusqu’en mars 2013. Les conditions de détention sont telles que Vladimir, atteint de colobome de l’iris, perd rapidement la vue et risque de devenir aveugle. Le 2 novembre, un autre prévenu dans cette affaire, Mikhaïl Kosenko, qui souffre d’héboïdophrénie et ne recevait pas de traitement approprié dans son lieu de détention provisoire, a été transféré dans la section psychiatrique de la prison Boutyrka pour subir un traitement psychiatrique forcé. Selon le juge ces deux hommes représenteraient un «danger» pour la société et ne peuvent donc pas être libérés sous conditionnelle.

La Marche des Millions  du 6 mai 2012 devait passer par la rue Bolchaïa Yakimanka en traversant la Moskova pour finir par une manifestation sur la place Bolotnaïa. Cette manifestation avait été autorisée par  les pouvoirs publics, comme le prouve ce document http://petrovka38.ru/news/38875/. Pourtant, une grande partie du pont Bolchoï Kamenny par lequel la manifestation devait passer, a été bloquée par les  militaires, créant un goulot d’étranglement à l’origine de l’engorgement qui a provoqué des affrontements entre forces spéciales et manifestants. Ces derniers auraient été catalysés par l’intervention de provocateurs. Le Comité d’Investigation affirme que ce scénario aurait été prémédité par les organisateurs de la manifestation durant laquelle plus de 450 personnes ont été interpellées. Selon les sources officielles, 30 policiers et 47 civils auraient été blessés. Aucune enquête sur les victimes  civiles n’a jamais été diligentée.

En plus des 13 prisonniers de 6 mai, on compte  une personne assignée à résidence et quatre autres  en résidence surveillée. Une dernière personne  fait l’objet d’une mise en examen par les services fédéraux. Si la plupart des prévenus sont des activistes politiques, un certain nombre d’entre eux sont de simples citoyens faisant preuve de civisme, à l’instar de Fedor Bakhov, un agronome qui a été observateur pendant les élections législatives et présidentielles. Tous les prévenus sont inculpés pour  «violences à l’encontre de représentants d’État » et leur participation aux «troubles de masse». Ils risquent par conséquent plusieurs années de colonie pénitentiaire. Cependant, pour la majorité d’entre eux, les enquêteurs ne disposent pas de preuves convaincantes. Pour d’autres l’accusation se base sur des données contradictoires. Le policier qui aurait reconnu l’un des prévenus, Dénis Loutskevitch, dit dans une interview à la revue Esquire en novembre 2012 ne peut pas se souvenir du physique de son agresseur. Oleg Arkhipenkov, lui, n’a même pas participé à la manifestation, ayant été interpellé à 2,5 km de la place Bolotnaïa.

La plupart des prévenus nient leur culpabilité. Cependant, Maxime Louzianine ayant plaidé coupable pour tous les chefs d’inculpation, son cas a été examinée séparément. Il a proposé d’indemniser les policiers des dommages physiques et moraux subits. L’un d’entre eux, dont il aurait endommagé l’email dentaire, a déjà reçu 15 mille roubles (environ 400 euros) d’indemnisation. Reste à savoir si l’aveu de M. Louzianine n’est pas le résultat de pressions de la part des juges d’instruction, voire de tortures. Le 9 novembre, il a été condamné à quatre ans et demi de camp. Les défenseurs des droits humains et les avocats des autres prévenus craignent que l’affaire de M. Louzianine ne constitue un dangereux précédent qui permettra à l’accusation de se prévaloir des «troubles de masse» comme d’un fait avéré.

L’affaire du 6 mai 2012 est devenu un procès politique pour l’exemple afin d’effrayer les activistes de l’opposition. Étant donnée l’inexistence des faits incriminés, Russie-Libertés exige la clôture de l’enquête sur l’affaire  des «troubles massifs à l’ordre public», ainsi que la libération immédiate de tous les prévenus.

Nous exigeons également l’ouverture rapide d’une enquête sur les violences policières à l’encontre des civils. De nombreux faits et témoignages indiquent que les agissements des manifestants accusés de violence contre les forces de l’ordre étaient dictés par la nécessité de se défendre contre les violences policières.  C’est pourquoi un examen approfondi et sans parti pris s’impose pour rétablir la vérité sur le 6 mai 2012.

Russie-Libertés

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