Une scientifique poursuivie pour avoir contesté une expertise d’instruction

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Olga Zélénina, chercheuse au Laboratoire agronomique de Penza, à 600 km au sud-est de Moscou, est accusée de complicité dans une affaire de trafic de drogue. Ses conclusions, dans le cadre d’une expertise scientifique d’un lot de pavot pâtissier contenant soi-disant de la drogue, contredisent en effet les conclusions de l’instruction.

Le procès commence aujourd’hui à Moscou, et une manifestation de soutien est prévue devant le tribunal.

Chaque lot de pavot contient inévitablement une faible portion de contaminant qui, à son tour, peut contenir des stupéfiants. En Russie, d’après le normes d’État, le pavot ne peut contenir aucune portion de contaminant, sinon il est considéré comme un mélange avec de la matière étrangère, c’est à dire de la drogue, même si le dégagement complet des graines de pavot et l’extraction de stupéfiants sont extrêmement difficiles, voire impossible. Ceci rend la production domestique de pavot problématique, c’est pourquoi il est toujours importé.

En 2010, un entrepreneur moscovite M. Shilov a importé 42 tonnes de pavot pâtissier d’Italie. Il a été inculpé pour trafic de drogue à grande échelle. Des experts du service de contrôle du trafic de drogues ont calculé (sans même prendre de mesure) que ce lot de pavot contiendrait 504 grammes de stupéfiants. Appelée comme experte par la défense, la chercheuse Olga Zélénina a remis en question le fondement scientifique de l’expertise de l’instruction et démontré que le contaminant, d’origine naturelle, n’a pas été ajouté artificiellement, et qu’il n’est pas possible d’extraire ces centaines de grammes sans détruire tout le lot.

Mme Zélénina est souvent intervenue comme experte dans des affaires semblables dites « d’épiciers » au sujet du pavot pâtissier. Elle a aussi travaillé à l’introduction d’amendements aux normes étatiques prévoyant un seuil de tolérance raisonnable de contaminants sans que cela devienne une astuce pour les producteurs de drogue. Par ailleurs, cette lacune dans la réglementation semble avoir un grand intérêt pour l’office de contrôle des drogues : il permet en effet de fabriquer des affaires de trafic de drogue pour obtenir des « résultats » dans le cadre de quotas imposés par la hierachie. Ceci amène l’avocat de Mme Zélénina à la supposition que sa persécution était préméditée.

L’arrestation musclée de Mme Zélénina a eu lieu le 15 août à son domicile de Penza. Pendant 24 heures sa famille ne connaissait pas son lieu de détention; le lendemain ils ont appris par les médias qu’elle se trouvait dans un hôpital après une crise cardiaque. Elle en a eu encore cinq pendant sa détention. Malgré ses problèmes de santé, le juge a décidé que Mme Zélénina devait être  maintenue en détention durant toute la période d’enquête.

L’ombudsman fédéral aux droits de l’homme M. Loukine s’est personnellement porté garant de Mme Zélénina. L’Union russe de solidarité avec les prisonniers politiques a reconnu Mme Zélénina comme prisonnière politique. De son côté, l’Union de chercheurs collecte des signatures sous une lettre qui a reçu le soutien de la Chambre publique auprès du Président.

Russie-Liberté dénonce cette pratique de pression sur les experts indépendants et exige la libération immédiate d’Olga Zélénina.

Russie-Libertés

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