Tollé en Russie après l’adoption d’une loi anti-manifestation

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Des activistes qui manifestent contre la loi anti-manifestation votée par Moscou, brandissent des pancartes où on peut voir le président Poutine côtoyer notamment Hitler et Mussolini, qualifiant la nouvelle loi de fasciste.

Laetitia Peron - Agence France-Presse - Moscou

L’adoption mercredi d’une loi instaurant des amendes considérables pour punir les participants et organisateurs d’actions de protestation en cas de troubles a provoqué un tollé en Russie, l’opposition dénonçant un tour de vis du régime de Vladimir Poutine.

Ce projet de loi, qui n’est pas sans rappeler la loi 78 qui fait controverse au Québec, « enfreint grossièrement une série de principes liés à l’État de droit et le droit constitutionnel des citoyens à organiser des rassemblements pacifiques », a déclaré l’influent Alexeï Koudrine, ex-ministre des Finances, à l’antenne de la radio Écho de Moscou.

Le texte « bafoue les principes du droit », a déclaré la présidente du groupe Helsinki de Moscou, Lioudmila Alexeeva, citée par Interfax, alors que Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant soviétique, se disait « sûr » que la société russe ne l’accepterait pas.

Les amendes prévues en cas de rassemblement non autorisé ou en cas de troubles à l’ordre public lors de manifestations ayant reçu l’aval des autorités peuvent aller jusqu’à 300 000 roubles (9400 $) pour les personnes physiques, soit une multiplication par 60.

Pour les personnes morales – les organisations politiques par exemple -, l’amende peut atteindre un million de roubles (plus de 32 000 $).

Tentative d’obstruction parlementaire

La chambre basse du Parlement russe a adopté le texte dans la nuit de mardi à mercredi après une séance-marathon de onze heures, les partis communiste et Russie juste (centre-gauche) ayant tenté d’y faire obstruction en déposant des centaines d’amendements.

Mais dès mercredi matin, le Conseil de la Fédération (chambre haute) a approuvé le texte à son tour et la loi entrera en vigueur dès sa promulgation par M. Poutine.

Le parti au pouvoir, Russie unie, à l’origine du texte, s’était promis de le faire adopter avant le prochain grand rassemblement d’opposition, prévu le 12 juin.

Cet empressement a suscité des états d’âme jusque parmi les sénateurs.

« Nous n’avons même pas eu le texte de cette loi en main. Pourquoi tant de précipitation? », a lancé la sénatrice Lioudmila Naroussova.

À la Douma, les députés de Russie juste ont annoncé leur intention de déposer un recours devant la Cour constitutionnelle.

Une dizaine de manifestants du parti libéral Iabloko ont été interpellés mercredi soir dans le centre de Moscou après avoir refusé de retirer des T-shirts portant l’inscription « La loi sur les manifestations mène à un État fasciste », a indiqué leur leader Sergueï Mitrokhine à Interfax.

Appel à Poutine

Le président du conseil consultatif des droits de l’homme auprès du président russe Mikhaïl Fedotov a pour sa part indiqué qu’il demanderait à M. Poutine de mettre son veto à ce texte.

Le groupe Helsinki a fait la même demande, invoquant le respect de la Constitution.

Le porte-parole du président, Dmitri Peskov, a cependant souligné que M. Poutine ne refuserait le texte que s’il était « en contradiction avec des pratiques acceptées de manière universelle et appliquées dans d’autres pays ».

Réélu pour un troisième mandat présidentiel après ceux effectués de 2000 à 2008 et un intermède de quatre ans comme premier ministre, M. Poutine est confronté à une contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir.

C’est la victoire de Russie unie aux législatives de décembre, obtenue selon l’opposition et des observateurs au prix de fraudes massives, qui a déclenché cette vague de protestation.

Selon des observateurs, la nouvelle loi vise à resserrer la vis autour du mouvement.

« C’est une loi d’État policier », a déclaré à l’AFP le blogueur et rédacteur en chef du site d’information Rousski Journal, Alexandre Morozov.

Le durcissement du régime conduira à une « catastrophe sociale », a-t-il ajouté.

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