750 euros d’amende pour avoir dénoncé des fraudes électorales

Tatiana Ivanova, une enseignante de littérature russe de Saint-Pétersbourg, écope d’une amende de 30 000 roubles (750 euros) pour avoir dénoncé des fraudes lors des élections législatives de décembre 2011.

Dans une interview au journal Novaya Gazeta en janvier 2012, Тatiana Ivanova relate qu’en sa qualité de chef de bureau de vote, elle a fait l’objet de pressions de la part des autorités pour falsifier les résultats du scrutin. Elle indique même la source de ces pressions: Natalia Nazarova, une fonctionnaire responsable de l’organisme territorial de l’enseignement. Cette dernière a porté plainte contre Tatiana Ivanova et Novaya Gazeta pour préjudice moral et atteinte à sa réputation.

En Russie les bureaux de vote sont souvent situés dans les écoles secondaires et les enseignants participent à l’organisation du scrutin. Les chefs de bureaux reçoivent un salaire allant de 250 à 350 euros, l’équivalent du salaire mensuel d’un enseignant. En acceptant la proposition de travail dans les bureaux de vote, les enseignants se retrouvent complices, voire participants actifs de la falsification des résultats. Selon Tatiana Ivanova, les enseignants ont reçu comme consignes de placer les observateurs près de l’entrée, à bonne distance des urnes, d’organiser leur bourrage, et de fermer les yeux sur les fameux « carrousels » d’électeurs allant par groupe organisés de bureau en bureau, et votant à chaque étape.

Tatiana Ivanova a refusé de participer à ces falsifications et a fait tout son possible pour les empêcher. Qui plus est, cette femme courageuse est une des rares enseignantes à avoir dénoncé les fraudes publiquement. Curieusement, son nom n’était pas mentionné dans l’interview, mais les personnes mentionnées dans l’article n’ont pas tardé à l’identifier. Elle a été contrainte à la démission et fait maintenant l’objet d’une véritable persécution judiciaire.

Depuis l’interview de janvier, l’affaire Ivanova a été largement reprise par les média et a suscité un vif intérêt public.  Plus d’une centaine de personnes sont venues la soutenir au tribunal, y compris ses anciens élèves. Formellement, elle a perdu le procès; cependant, la demande de la plaignante n’a été que partiellement satisfaite: 30 000 roubles au lieu des 100 000 demandés par la plaignante. Tatiana Ivanova compte faire appel à cette décision.

Russie-Libertés soutient le difficile combat de Tatiana Ivanova pour des élections honnêtes et espère qu’elle ne baissera pas les bras face à une justice qui n’assure plus les droits de la défense. Nous appelons tous les autres enseignants victimes de pressions lors des élections truquées de décembre 2011 et mars 2012 à ne plus avoir peur de dire la vérité. Nous appelons aussi les juges à ne pas se laisser manipuler par le régime en place et à exercer leurs fonctions en toute indépendance.

Interview (en russe) de Mme Ivanova dans le journal Novye Izvestia du 4 juin

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Version russe – русская версия

Татьяна Иванова, учительница русского языка и литературы из Санкт-Петербурга, оштрафована на 30 тысяч рублей за то, что рассказала в интервью о фальсификациях на думских выборах.

 

Татьяна Иванова работала председателем участковой избирательной комиссии на выборах в Госдуму в декабре 2011 года. По словам Ивановой, Наталья Назарова, начальник местного департамента образования, принуждала ее к фальсификациям и нарушениям: вбросу бюллетеней, отстранению от работы наблюдателей и т.п. Иванова отказалась следовать указаниям. В результате под давлением начальства она была вынуждена уволиться. После того, как Иванова рассказала «Новой газете» о произошедшем, Назарова подала на нее в суд за моральный ущерб. Дело Татьяны Ивановой нашло широкий отклик в прессе, поддержать ее на слушании пришло более ста человек, в том числе ее бывшие ученики. Процесс Иванова проиграла, однако иск был удовлетворен лишь частично: 30 тысяч рублей против запрошенных 100 тысяч.

 

Russie Libertés выражает поддержку борьбе Татьяны Ивановой за честные выборы. Мы призываем других учителей, ставших жертвами давления во время выборов в декабре 2011 года и в марте 2012-го, не бояться рассказать, что происходило на самом деле. Мы также призываем судей выносить независимые решения и не давать властям собой манипулировать.

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